(Initialement publié dans Epoch Times)
La hausse des prix du carburant continue de frapper durement le pouvoir d’achat des citoyens européens. Le contexte géopolitique au Moyen-Orient et à l’Est de l’Europe est souvent pointé du doigt pour expliquer cette flambée des prix du carburant. Mais pour le professeur de géopolitique de l’énergie et ancien haut fonctionnaire à la Direction générale de l’énergie de la Commission européenne, d’autres causes plus profondes sont à l’origine de la crise que nous traversons.
L’abandon progressif d’une politique européenne favorable aux énergies fossiles a exposé davantage le Vieux Continent aux conséquences énergétiques des tensions internationales.
Epoch Times – Quelles sont les causes profondes de cette hausse du prix du carburant ?
Samuel Furfari – Les tensions au Moyen-Orient ainsi que la guerre en Ukraine sont des causes réelles de l’explosion du prix du carburant. Le nier serait absurde.
Cependant, il y a également des causes plus lointaines que nos dirigeants se gardent bien d’évoquer. À commencer par la diabolisation depuis au moins une vingtaine d’années du pétrole et des infrastructures permettant sa transformation en carburant comme les raffineries.
Sous la pression de mouvements écologistes radicaux, l’UE a progressivement développé une détestation politique du pétrole. Ce rejet de cette énergie nous a, par définition, empêchés d’investir et donc de dépendre le moins possible des conséquences énergétiques des tensions internationales.
Les écologistes haïssent le pétrole parce qu’elle est l’énergie qui nous a permis d’entrer dans l’ère de l’industrie moderne, de la consommation et dans la liberté de nous mouvoir. En somme, le pétrole nous a apporté le progrès et la liberté. Ce que ne supportent pas les écologistes puisque la finalité de leur engagement est de nous faire entrer dans une société dite décroissante.
Par ailleurs, ils sont exactement dans la même logique vis-à-vis du nucléaire. Le nucléaire étant une énergie infinie, elle contredit le récit décroissant des écologistes.
Pour autant, pour revenir au sujet qui nous intéresse, l’Union européenne n’a pas toujours négligé l’importance du pétrole. Lors des chocs pétroliers des années 1970, la Commission européenne a immédiatement réagi en lançant des projets de démonstration afin d’être en mesure de produire du pétrole et du gaz en mer du Nord.
Une politique audacieuse et pragmatique nommée Oil and Gas Demonstration Program qui nous a permis de résister au contre-choc pétrolier des années 1980.
Malheureusement, le Parlement européen a commencé à mettre à mal ce programme au profit des énergies renouvelables. Le programme THERMIE de 1990 continua a financer la démonstration de technologies d’exploration et de production innovantes, mais excluait explicitement le raffinage. La Commission a cessé, à partir de 2002, de financer ce secteur, au profit d’une orientation exclusivement centrée sur les renouvelables et l’efficacité énergétique.
Aujourd’hui, l’UE paye-t-elle l’addition d’une transition énergétique trop dogmatique ?
La notion de transition énergétique est très récente et est née sous l’ère d’Ursula von der Leyen ; c’est en fait la transposition de l’EnergieWende allemande dans l’Union. La diabolisation du pétrole et finalement des énergies fossiles remonte à plus loin. Il n’y a pas eu besoin de la transition énergétique pour saper la souveraineté énergétique de l’UE …
Le gouvernement a annoncé le prolongement des aides ciblées visant les secteurs les plus en difficulté. Au fond, ce sont des aides d’urgence cachant des failles structurelles ?
Ce ne sont pas quelques centimes envoyés par-ci, par-là qui régleront le problème. L’UE a besoin d’une politique énergétique visionnaire et de long terme, débarrassée de tout dogmatisme.
Mais malheureusement, les erreurs en matière de politique énergétique se paient très cher et très longtemps. Construire des raffineries demande énormément d’argent et de temps.
La semaine dernière, la présidente de la Commission européenne a prononcé son discours sur l’état de l’UE à Strasbourg. Pour « diminuer la facture d’importations de combustibles fossiles de quelque 60 milliards d’euros par an », elle a appelé à « doubler la part de l’électricité d’ici à 2040 ». « Faisons de l’électrique l’avenir de l’Europe », a-t-elle ajouté. Quelle est votre réaction ?
Madame von der Leyen n’a apparemment pas appris de ses erreurs. Elle est toujours dans le déni de la réalité énergétique et reste farouchement hostile aux énergies fossiles, tout comme dans les faits à l’énergie nucléaire.
Pourtant, le pétrole est et restera une énergie incontournable : plus de 90 % de l’énergie consommée dans les transports provient des produits pétroliers. La pétrochimie, si liée à l’industrie du raffinage, en constitue également un débouché majeur, puisqu’elle représente environ 14 % de la demande mondiale de pétrole. Sans raffineries, il n’y aurait tout simplement pas de plastiques.
Cette évidence contraste avec la volonté de certains mouvements écologistes de s’opposer radicalement à l’emploi des matières plastiques, alors qu’elles sont devenues indispensables à la vie quotidienne et, plus encore, aux services essentiels. Qu’il suffise d’essayer d’imaginer un hôpital sans matières plastiques — autrement dit, sans produits issus des raffineries.
Ensuite, vouloir doubler la part d’électricité comme le propose la présidente de la Commission européenne est une idée aberrante que personne n’aurait osé proposer par le passé.
Aujourd’hui, l’électricité ne représente que 22-23 % de notre consommation d’énergie. Tout le reste, ce sont des flammes.
Vouloir remplacer tous les procédés thermiques par de l’électricité est impossible. Même lorsque la France construisait cinq réacteurs nucléaires par an, on ne pensait pas à « tout électrifier ».
Pour obtenir des températures très élevées dans n’importe quel processus industriel, rien n’est plus efficace que l’énergie thermique.
Je ne suis pas là pour vous faire un éloge politique de l’énergie thermique, mais pour vous rappeler une contrainte physique.
Mais la physique n’intéresse vraisemblablement plus nos leaders politiques.
Quelles mesures ou politiques permettraient aux citoyens européens de payer le carburant ou l’énergie de manière générale à des prix abordables ?
Dans l’état actuel des choses, il n’y a pas de solution.
Inverser la tendance demanderait encore une fois, du temps et de l’argent que nous n’avons plus. Il faut travailler sur le moyen terme, à commencer par une éducation à l’énergie de la population au lieu de simplement la bercer d’illusions vertes. Commençons par expliquer aux Européens ce qui se passe partout dans le monde, c’est-à-dire l’inverse de la transition énergétique. Depuis l’accord de Paris, c’est-à-dire sur les dix dernières années, l’UE a diminué sa consommation d’énergie primaire de 4,6 EJ (environ -1 % par an) tandis que le monde a augmenté la sienne de 76,5 EJ (+14,6 %) — et cette énergie mondiale reste fossile à 86 % en 2025, cette même énergie fossile ostracisée dans l’UE.
Cependant, je souhaiterais vous alerter sur un autre phénomène peu évoqué dans les médias : la hausse du prix du diesel. Jusqu’à présent, le prix du pétrole brut était plus élevé que celui du diesel. Aujourd’hui, c’est l’inverse.
Pour une raison simple : les Ukrainiens ont bombardé les raffineries russes, des raffineries en mesure de transformer le pétrole en diesel.
La grande majorité du diesel importé dans l’UE venait de Russie. D’ailleurs la Russie fournissait beaucoup de pays en gasoil. Celui-ci pratiquement disparu, il est normal que son prix s’envole. De tels bombardements créent donc mécaniquement une crise de ce carburant. Hélas, les réparations, comme celles nécessaires dans les infrastructures énergétiques dans les pays du Golfe persique, vont aussi demander du temps.
Je ne dis pas que l’Ukraine n’aurait pas dû agir de la sorte. Je peux comprendre qu’elle cherche à affaiblir son ennemi.
Mais j’estime que la Commission européenne aurait au moins dû alerter le président Zelensky sur les répercussions de ces attaques sur les Européens.
Après les chocs pétroliers des années 1970, on a fait croire à la population que le pétrole était sur le point de disparaître. Or il demeure très abondant et présent dans de nombreuses régions du monde. Pourtant, on a négligé la géopolitique de l’énergie et continué à considérer le pétrole comme une énergie du passé, appelée à être remplacée par les énergies renouvelables.
C’est oublier une réalité physique essentielle : l’éolien et le solaire produisent des électrons, c’est-à-dire de l’électricité, alors que le monde conserve un besoin incontournable de molécules, notamment pour les transports, l’industrie et la production de chaleur. L’UE ferait bien d’y réfléchir.
Il me semble qu’il faut profiter de la campagne présidentielle française pour rappeler une autre réalité : les énergies renouvelables ne remplaceront pas les énergies fossiles. Dans le système électrique français, elles risquent surtout de remplacer une partie de la production nucléaire. C’est un paradoxe, puisque l’énergie nucléaire présente de nombreux avantages par rapport à l’éolien et au solaire, dont le développement repose encore largement sur des mécanismes de soutien public et des prix garantis.
2 réponses
Il y a déjà eu des époques où le pétrole coûtait plus de 100$ /baril et où pourtant le prix des carburants n’atteignait pas les sommets actuels. Il y a des raisons à ça ! D’abord la fiscalité qui augmente, mais aussi la fermeture de presque toutes nos raffineries. Nous sommes obligés désormais d’acheter des produits finis au prix fort plutôt que du pétrole.
*
À ce sujet, faites attention aux mots. « Diesel » désigne un type de moteur à combustion interne. Inventé par Rudolf DIESEL, utiliser ce mot correctement, c’est rendre hommage à ce brillant ingénieur. Le produit fini que nous payons au prix fort en ce moment, c’est du fioul. Arrivé en France, une partie est teintée de rouge et réservé au chauffage : C’est le fioul domestique. Le reste, qui peut être utilisé comme carburant routier, a été renommé gazole, ou gas-oil.
Les usages du pétrole vont bien au delà de la production de carburants car c’est de la matière organique stockée et transormée au cours de millions d’années ( c’est en quelque sorte de l’énergie solaire utilisée par des organismes vivants et stockée après leur mort).
Le pétrole est à la base de la chimie organique qui produit toutes les molécules dont nous avons besoin!