Par Etienne Lombard dans BV du 24/9/26)
Cet été a été fatal à des géants des parcs solaires, … sauf en France, où ils sont prioritaires et subventionnés.
Paradoxalement, l’été 2026, très ensoleillé, aura été fatal aux géants de l’énergie solaire. Autre surprise : les défaillances d’entreprises ont eu lieu dans des pays où les parcs photovoltaïques sont nombreux et encore en développement.
Alerte en Suède, au Portugal et en Allemagne
Le 10 août, PV Installation Services, filiale à 100 % de la société suédoise de panneaux solaires Svea Solar (détenue à 36 % par le financier Harald Mix d’Altor), a déposé le bilan. L’entreprise, qui développe, vend et installe des parcs photovoltaïques en Suède, avait à son actif la livraison de 18 parcs d’une capacité totale de 60 MWc (mégawatt-crête). En 2024, l’entreprise affichait déjà une perte de 15 millions de couronnes suédoises (1,3 million d’euros), pour un chiffre d’affaires de 400 millions de SEK.
Au même moment, on apprenait que l’exploitant photovoltaïque britannique Welink Energy Portugal 2 UK Ltd, qui contrôle la plus vaste exploitation solaire du Portugal, s’était déclaré insolvable. Située à Alcoutim, dans la région d’Algarve, la ferme géante Solara4, mise en service en 2021, comprend 661.500 panneaux pour un potentiel de puissance de 220 mégawatts.
Et en Allemagne, c’est Enerparc, propriétaire et exploitant de parcs solaires, l’un des plus grands d’Europe et numéro un en Europe du Nord, qui s’est déclaré en insolvabilité, en Allemagne. La société, basée à Hambourg, exploite plus de 500 parcs solaires et dispose d’environ 5,5 gigawatts (GW) de capacité solaire installée, dont 3,8 connectés au réseau. Enerparc AG aurait accumulé de l’ordre de 3 milliards d’euros de dettes, selon le syndic de faillite Stefan Denkhaus. Et l’insolvabilité d’Enerparc a déclenché une réaction en chaîne. Peu après qu’elle a engagé la procédure, on apprenait en effet la demande d’insolvabilité déposée à son tour par sa société sœur, le constructeur de centrales photovoltaïques et de systèmes de stockage par batteries Pvwerk.
Prix du marché en chute et coûts en hausse
Si ces trois situations faillitaires ont aussi des causes propres (problèmes techniques, mauvais choix stratégiques ou gestion défaillante), elles ont surtout des causes communes qui en disent long sur la réalité du marché de l’énergie solaire en Europe. Toutes ont en effet dû faire face à une hausse de leurs coûts logistiques, à la hausse du prix des composants et à un renchérissement des conditions de financement provoqué par une hausse des taux d’intérêt depuis 2021.
Mais la cause principale des difficultés qu’ont rencontrées PV Installation Services, Welink Energy Portugal 2 UK Ltd, Enerparc AG et Pvwerk vient des marchés sur lesquels ils sont implantés. Comme l’a constaté l’Institut de l’économie allemande (IW) de Cologne dans le cas d’Enerparc, les acteurs du solaire subissent de plein fouet une baisse des prix de marché, due à la fois à une forte expansion du photovoltaïque (donc une augmentation de sa part dans la production électrique totale) et, d’autre part, à la multiplication des périodes de prix négatifs (vente à perte) pendant lesquelles on constate une forte augmentation de la part de la production photovoltaïque.
Le solaire français épargné, pour de mauvaises raisons
Ces exemples suédois, anglo-portugais et allemands montrent bien que, contrairement à ce que l’on pourrait croire, le solaire est économiquement en danger quand les conditions semblent lui être favorables : marché en expansion et grand ensoleillement. Auprès de BV, le spécialiste de l’énergie Fabien Bouglé constate que
« trop de solaire tue le solaire ».
Sur des marchés libres, les mécanismes concurrentiels ne tardent pas, on le voit, à éroder dangereusement les marges, prenant les acteurs en étau entre des hausses de coûts et des baisses des prix de vente.
A contrario, ces mêmes acteurs semblent à l’abri sur le marché français, soumis à des règles fort différentes.
« Chez nous, tout a été fait pour favoriser et protéger les acteurs EnR » (énergies renouvelables, NDLR), rappelle Fabien Bouglé.
« Les exploitants de parcs solaires, comme ceux d’éoliennes, sont prioritaires sur le réseau et les prix sont subventionnés. »
La France, c’est donc
« un paradis pour eux, et un enfer pour les autres, que ce soient le nucléaire, qui subit cette concurrence faussée, ou les particuliers et de nombreuses entreprises, qui paient ce système inutile et absurde ».
Pour Fabien Bouglé,
« cette exception française est juste insupportable. Il est grand temps de supprimer les subventions aux éoliennes et aux panneaux solaires, et de mettre ainsi leurs exploitants face au réel des prix de marché. »
Encore faut-il que la question des énergies renouvelables s’invite dans la campagne présidentielle, avec des engagements forts.
2 réponses
Oui ! Comme le dit monsieur Fabien Bouglé, il est tant de supprimer toutes les subventions sur les énergies renouvelables.
Dans tous les cas, l’argent donné sans raison devra être récupérer… Sur le dos des politicards véreux !
« Les exploitants de parcs solaires, comme ceux d’éoliennes, sont prioritaires sur le réseau … »
C’était vrai, mais c’est en train de changer ! Voir cet excellent article de JP Riou: https://lemontchampot.blogspot.com/2026/06/lecretement-des-enr-en-questions.html. L’article donne un aperçu de l’évolution règlementaire concernant l’accès au réseau (dans le bon sens mais insuffisant) et également indique à qui profite l’écrêtement (pas à vous !), ainsi qu’une comparaison avec l’Allemagne.
Enfin une petite vidéo écolo qui « démontre » que l’écrêtement des ENRs, c’est super (j’admire l’efficacité de la propagande financée par les investisseurs ENRs):
https://www.youtube.com/watch?v=1yJAXFOXaqM