(Par Philbert Carbon dans Contrepoints du 28/9/26)
Pour contrer la flambée des carburants, plusieurs candidats à l’élection présidentielle de 2027 – Bruno Retailleau, David Lisnard, Ségolène Royal, Fabien Roussel et même Bruno Le Maire (qui n’est pas encore candidat, mais qui a défendu le dispositif en son temps) – proposent de supprimer les certificats d’économie d’énergie (CEE).
Derrière ces mots presque anodins, il faut savoir que se cache en réalité une taxe. Le dispositif consiste à exiger des fournisseurs d’énergie qu’ils financent la mobilité électrique et la rénovation énergétique, sous peine de sanctions financières s’ils n’atteignent pas les objectifs fixés par l’État. C’est ainsi qu’EDF aide à s’équiper d’une pompe à chaleur ou qu’Engie subventionne l’isolation de vos combles.
Sur le papier, ces CEE ne coûtent rien aux consommateurs. Le gouvernement prétend qu’ils coûtent aux énergéticiens et qu’ils font baisser la facture énergétique des Français. Ce n’est pas l’avis de l’association UFC-Que Choisir qui dénonce
« un dispositif pesant toujours plus sur les factures énergétiques des ménages ».
L’association de défense des consommateurs estime que le dispositif coûtait, en octobre 2025, entre 124 et 244 € par an par ménage. La Cour des comptes, qui qualifie les CEE de « quasi-taxe », évalue leur coût moyen annuel à 164 € pour un ménage en 2023, soit 4,3% de sa facture d’énergie. Ils représenteraient de 15 à 17 centimes du prix du litre de carburant.
Le pire est sans doute que le dispositif est inefficace. L’UFC-Que Choisir affirme que
« Près de 40 % des CEE délivrés ne correspondent pas à des économies d’énergie réelles directes. Les fraudes sont massives, jusqu’à 50 % sur certaines opérations ! Les ménages paient ainsi pour un dispositif gangréné par la fraude et qui ne garantit que très partiellement les économies d’énergie promises. »
Sans compter que ces aides contribuent nécessairement à faire monter le prix des produits et services concernés.
La suppression des CEE serait donc une excellente nouvelle pour tout le monde… ou presque. Le Parisien, dans son édition de samedi dernier (26/09/2026), donne la parole à tous ceux qui profitent du système. Des artisans du bâtiment aux fabricants de pompes à chaleur, des constructeurs automobiles aux conseillers en rénovation, ils sont nombreux à s’opposer à la remise en cause des CEE. Certains n’hésitent à brandir le sempiternel chantage à l’emploi : supprimer les CEE menacerait au moins 75.000 emplois.
Nous avons là une illustration parfaite de ce « capitalisme de connivence » que nous dénonçons régulièrement. Le gouvernement crée une demande artificielle à coup de subventions qu’il ne peut plus ensuite remettre en cause de peur de mettre en difficulté les entreprises qui en vivent.
En attendant, ce sont toujours les mêmes qui paient : les contribuables ou, dans le cas présent, les consommateurs.
Le gouvernement feint l’ingénuité :
« On fait comment pour financer MaPrimRénov’, le leasing social ou le leasing sur les pompes à chaleur ? On augmente les impôts ? ».
Non, on arrête ces dispositifs qui n’ont absolument aucun effet sur la baisse des émissions mondiales de CO2, et qui appauvrissent les Français.