Il est rare qu’un fonctionnaire ayant passé de nombreuses années au sein des institutions de l’Union européenne critique ouvertement et avec autant de virulence l’UE. Pourtant, le professeur Samuele Furfari, qui enseigne désormais après avoir passé pas moins de 36 ans à la Commission européenne, le fait précisément.
Lors de sa conférence sur le marché du carbone en septembre, le groupe Viru Keemia a invité Samuele Furfari, aujourd’hui professeur de géopolitique de l’énergie et ancien haut fonctionnaire de la Commission européenne, à y présenter une communication. Il a longuement exposé les problèmes pratiques de la transition écologique de l’Union européenne. Au cours de son intervention, il a suggéré que cette transition avait été mise en œuvre alors même que chacun savait déjà, sous cette forme, qu’elle était absurde.
Comment se fait-il que tout le monde était au courant et que cela se soit quand même produit ? Dans cet entretien, Furfari explique pourquoi et expose ce qu’il estime nécessaire de faire pour réformer l’Union européenne.
Furfari se décrit comme un fervent défenseur de l’Europe. Il affirme n’avoir aucune opposition à l’Union européenne, au sein de laquelle il a passé une grande partie de sa vie professionnelle. Mais selon lui, sa direction actuelle ne nous mènera pas vers l’avenir. Se souvenant d’une époque plus faste, il souhaite simplement que l’Union européenne retrouve son succès.
Plusieurs raisons expliquent pourquoi la transition écologique — et notamment son volet énergétique, le passage aux énergies renouvelables — a été mise en œuvre de cette manière, même si les Bruxellois savaient déjà à l’époque que les choses ne fonctionnaient pas ainsi.
Furfari explique que la première raison est d’ordre humain : Ursula von der Leyen est tout simplement profondément convaincue qu’il s’agit de la bonne approche. Elle en est convaincue car ses conseillers lui assurent que cela fonctionnera. Sur le papier, l’idée est séduisante : réduire la dépendance aux énergies importées, les remplacer par une énergie supposément bon marché et agir pour le bien de la planète. Selon Furfari, les collaborateurs de la direction de l’énergie comprenaient parfaitement les problèmes et ont tenté de donner leur avis. Mais leurs supérieurs ont choisi qui écouter, et les collaborateurs ont dû se contenter d’obéir aux ordres reçus.
Furfari a expliqué que l’énergie renouvelable semble bon marché car son prix est en quelque sorte mesuré au niveau de l’unité de production, au moment où l’électricité est produite – et, bien sûr, le vent n’envoie pas de factures. Mais si l’on additionne les coûts totaux associés à une source d’énergie, y compris les investissements supplémentaires dans le réseau et la construction d’infrastructures parallèles pour garantir la disponibilité de l’électricité en l’absence de vent ou de soleil – des centrales à gaz sont construites à cet effet en Estonie –, la facture de l’électricité renouvelable apparaît également différente.
Selon Furfari, le problème ne réside pas nécessairement dans la volonté de nuire des membres de la Commission européenne. Il se peut plutôt qu’ils soient personnellement convaincus du bien-fondé de ces politiques. Le personnel de la Commission peut donner des conseils, mais ce sont les commissaires et les dirigeants comme Ursula von der Leyen qui prennent les décisions.
Furfari a cité l’exemple de la proposition « 20-20-20 » de la Commission européenne en 2009, qui comprenait un objectif de réduction des émissions de CO₂ de 20 % d’ici 2020.
« Ce n’était pas scientifique ! C’était un slogan », a fait remarquer Furfari.
La deuxième raison pour laquelle la transition écologique a été mise en œuvre de cette manière, et pourquoi elle n’est pas annulée, est que les responsables politiques de l’UE avaient besoin d’une nouvelle idée, selon Furfari.
Auparavant, l’idée était que l’UE apporterait liberté et prospérité économique aux pays d’Europe de l’Est. Selon Furfari, l’UE a effectivement atteint cet objectif, et avec succès. Mais elle s’est ensuite mise en quête d’une nouvelle approche.
« L’Union européenne a été créée pour générer de la prospérité et établir un marché commun, et nous y sommes parvenus. Mais quelle était la prochaine étape ? Il nous fallait un nouveau discours. Au départ, c’était le développement durable, mais personne ne comprenait vraiment ce concept, alors l’écologie et le changement climatique sont devenus les nouveaux maîtres-mots », a expliqué Furfari.
Et c’était un bon slogan : après tout, quel Européen accepterait la pollution environnementale ?
« Le changement climatique est ainsi devenu la raison d’être de l’Union européenne, et l’idée était que d’autres pays suivraient notre exemple », a déclaré Furfari.
La troisième raison est d’ordre financier.
« Dès le départ, nous savions que cette initiative ne serait pas gratuite et que nous devrions verser des subventions », explique Furfari.
Une loi a donc été adoptée pour instaurer une taxe carbone, et des fonds publics ont commencé à être débloqués.
« Dès qu’on a accès à des fonds publics, il y a toujours des gens prêts à les détourner », a fait remarquer Furfari.
Selon lui, la transition écologique, initialement portée par des personnes soucieuses de l’environnement, est désormais accaparée par des intérêts financiers. Furfari estime que les sommes investies dans les énergies vertes, et qui continuent de l’être, sont telles qu’elles sont devenues une simple source d’enrichissement pour certains.
Mais il existe une quatrième raison pour laquelle le cap de la transition écologique n’a pas été inversé, même s’il est devenu évident, au fil du temps, que les choses tournaient mal.
« C’est tout simplement scandaleux », s’indigne Furfari.
Selon lui, tout ce qui touche au changement climatique repose sur la science.
« Or, aujourd’hui, les scientifiques sont contraints de solliciter de nouvelles subventions pour mener à bien leurs recherches, et les financements sont accordés uniquement lorsqu’on travaille sur le changement climatique. Ils sont obligés de se plier aux exigences de Bruxelles. C’est scandaleux ! Les scientifiques devraient être honnêtes », lance Furfari avec véhémence.
Mais le pire, c’est que les conséquences pour nous sont dramatiques : elles détruisent notre propre économie. Nous avons bâti un système inefficace qui finira par s’effondrer, car il ne fait qu’augmenter les coûts pour nos citoyens et nos entreprises. Il n’est pas viable.
« Voilà le tableau. Mais le pire, c’est que les conséquences sont dramatiques : elles détruisent notre propre économie. Nous avons bâti un système inefficace qui finira par s’effondrer, car il ne fait qu’augmenter les coûts pour nos citoyens et nos entreprises. Il n’est pas viable », a déclaré Furfari.
Furfari est incapable de prédire quand le système actuel s’effondrera. Par exemple, il a été véritablement surpris par l’effondrement de l’Union soviétique.
« Nous savions tous que cela finirait par arriver, mais cela n’en finissait plus. Quand l’effondrement a finalement eu lieu, de façon si soudaine, j’étais heureux, mais aussi, honnêtement, surpris », a déclaré Furfari.
Mais :
« Il faudrait organiser un nouveau procès de Nuremberg [référence aux procès de Nuremberg – ndlr] sur la politique climatique. Car si l’on accuse uniquement la Commission européenne, c’est faux. Elle n’était pas la seule concernée : les États membres et le Parlement ont également pris des décisions », a affirmé Furfari.
« Ceux qui se réjouissent du SEQE [décrit ici comme une taxe carbone] sont ceux qui en tirent profit. »
Selon Furfari, deux mesures essentielles permettraient de réformer l’Union européenne actuelle.
- Premièrement, le nombre de députés européens devrait être réduit. Ils sont actuellement 720, et chacun cherche à justifier sa présence en proposant de nouvelles lois.
- Deuxièmement, le budget de l’Union européenne devrait être considérablement réduit.
Interrogé sur le caractère accidentel ou délibéré du fait que l’Union européenne soit devenue un lieu où tout doit fonctionner grâce aux subventions, Furfari a répondu que, dans le cas de la politique de décarbonation, il était clair que des subventions seraient nécessaires, car sinon personne ne le ferait.
Mais une autre conséquence a été la destruction de facto du marché du gaz. Furfari a expliqué que si une centrale à gaz conçue pour fonctionner 8 000 heures par an se voit désormais imposer une capacité de seulement 6 000 heures, elle doit être indemnisée. Les centrales nucléaires vont alors naturellement se demander comment rester compétitives dans ces conditions et devront elles aussi bénéficier d’un soutien.
« Tout est artificiel : il n’y a pas de marché, pas de libre marché ; toute l’énergie est subventionnée », a observé Furfari.
Et si l’on propose de supprimer les subventions aux énergies renouvelables, leurs exploitants feront remarquer que les centrales nucléaires, elles, en bénéficient toujours. Un schéma similaire se dessine dans d’autres domaines.
Une réponse
L’idée d’un procès sous la forme Nuremberg de nos dirigeants est une excellente idée. Je veux bien faire le bourreau car depuis plus de 50 ans, ils nous font ch… avec leur RC anthropogénique. Le fait de payer pour cette bouse, sous prétexte de sauver la terre, constitue un dol pour tous les citoyens de l’UE.
Nous devons les juger.