Un mot supprimé, une idéologie inchangée et un continent toujours dépendant des énergies qu’il condamne.
Faut-il exploiter de nouveaux gisements de pétrole et de gaz dans l’Arctique ? Cette question a donné lieu à un remarquable exercice de diplomatie entre l’Union européenne et la Norvège. Dans sa communication du 20 octobre, « Le voisinage septentrional de l’Europe : une nouvelle stratégie pour l’Arctique » , Bruxelles a renoncé à appeler explicitement à un « moratoire » sur les nouvelles explorations. La Norvège s’en est félicitée. La Commission a insisté sur le fait que son opposition restait intacte.
Le document final réaffirme l’objectif de maintenir le pétrole, le charbon et le gaz sous terre, y compris dans les régions arctiques. Il promet également d’empêcher toute exploitation d’hydrocarbures susceptible de menacer l’écosystème arctique. La Norvège peut se féliciter de la disparition du « moratoire » ; Bruxelles, quant à elle, peut constater l’opposition qui lui survit. Un document, deux interprétations, et une autosatisfaction générale.
C’est une maternelle avec des interprètes.
Le commissaire à l’énergie, Dan Jørgensen, insiste sur le fait que les combustibles fossiles arctiques doivent rester sous terre. Son collègue, Jozef Síkela, affirme que la Commission respecte la décision de la Norvège d’explorer de nouvelles possibilités de forage. Apparemment, les commissaires peuvent se contredire tout en restant fermement unis derrière une même stratégie.
Le ministre norvégien des Affaires étrangères, Espen Barth Eide, a clairement indiqué les conséquences pratiques : la position de l’UE ne changera rien à la manière dont la Norvège utilise ses ressources, et Oslo continuera d’approvisionner l’Union en pétrole et en gaz. Bruxelles peut conserver ses déclarations ; la Norvège continuera de produire l’énergie dont les Européens ont encore besoin.
L’orientation générale demeure inchangée. L’UE poursuit sa transition vers un système énergétique décarboné, réduisant progressivement la part du pétrole et du gaz dans son approvisionnement énergétique primaire. La levée du moratoire ne remet pas en cause cette ambition ; elle simplifie simplement la présentation diplomatique.
Le vocabulaire employé est révélateur. Le mot « pétrole » apparaît cinq fois : une fois dans l’exigence qu’il reste sous terre, et quatre fois en référence à des marées noires. Le pétrole est présenté comme une substance à laisser enfouie ou à nettoyer. Son rôle essentiel dans le fonctionnement des transports, du commerce et de l’économie mondiale est à peine mentionné.
Le terme « climat » apparaît quant à lui 38 fois. Le titre promet une stratégie arctique ; le vocabulaire suggère une stratégie climatique habillée d’un costume arctique.
Parmi ses « actions phares », la communication promet un soutien ferme et continu aux énergies renouvelables. Quel soulagement ! Bruxelles sait quelles sources d’énergie méritent d’être soutenues et lesquelles doivent rester sous terre. La Norvège, quant à elle, continuera de fournir le pétrole et le gaz que les Européens achètent. Un partage des tâches bien pratique : Oslo fournit l’énergie ; Bruxelles, la supériorité morale.
Au-delà de ce cocon diplomatique, pays et entreprises continuent d’investir des sommes colossales dans le développement du pétrole et du gaz. L’Agence internationale de l’énergie prévoit une légère hausse des investissements mondiaux en amont en 2026. Quelles que soient les idées que Bruxelles se fait du monde quant à son abandon, les investisseurs continuent de financer ces activités.
La protection des écosystèmes arctiques vulnérables exige des mesures d’ingénierie rigoureuses, des règles claires et des garanties applicables. Mais ce exercice de formulation sert un autre objectif : permettre à Bruxelles de maintenir son opposition à l’exploitation des hydrocarbures tout en s’appuyant sur un voisin déterminé à la poursuivre.
La Norvège comprend que la sécurité énergétique passe par l’exploration, l’investissement et la production. Bruxelles a négocié un accord.
Le monde exploite les ressources. L’UE développe des formulations.
Pour en savoir plus sur la politique énergétique de l’UE, consultez l’article de l’auteur intitulé « Insécurité énergétique : la destruction organisée de la compétitivité de l’UE ».
Aussi disponible en anglais « Énergie, mensonges d’État. La destruction organisée de la compétitivité de l’UE »

Une réponse
tapez: pétrole russe en arctique
La Russie exploite et développe activement plusieurs gisements de pétrole majeurs dans l’Arctique pour soutenir sa production énergétique et ses exportations vers l’Asie :
Le pétrole russe en Arctique est devenu le pivot de la stratégie énergétique de Moscou
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Radio-Canada
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Gisement de Prirazlomnoïe : Situé en mer de Petchora (au sud de Novaïa Zemlia), c’est le premier projet pétrolier offshore commercial en exploitation dans l’Arctique russe, actif depuis 2013 via la plate-forme fixe Prirazlomnaïa.
Wikipédia
Projet Vostok Oil : Mené par Rosneft dans la péninsule de Taïmyr et en Sibérie du Nord, il regroupe 13 gisements avec des réserves estimées à 50 milliards de barils. Un oléoduc achemine le brut vers le nouveau terminal de Boukhta Sever sur la côte arctique, d’où les premières exportations ont débuté.
BFM
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La Péninsule de Yamal : Autre zone stratégique majeure exploitée par Gazprom-Neft pour les hydrocarbures (pétrole et gaz naturel liquéfié) transportés notamment via la Route maritime du Nord.
Observatoire de l’Arctique
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Et que va faire l’UE si Trump développe son projet de forer au Greenland