Boom à vide : l’énergie solaire produite en Europe a tellement augmenté qu’une partie n’est même pas utilisée

Portée par l’essor des panneaux photovoltaïques, la production solaire européenne atteint des niveaux inédits. Mais cette montée en puissance se heurte aux limites des réseaux électriques et des capacités de stockage, entraînant un gaspillage croissant d’électricité.
 

Atlantico : L’énergie solaire connaît un véritable boom sous l’impulsion des exportations chinoises de panneaux photovoltaïques notamment. Malgré ce succès, une partie croissante de l’électricité photovoltaïque est-elle tout simplement perdue faute d’infrastructures adaptées ? Et si oui, a-t-on une idée des volumes dilapidés ? Était-ce prévisible ?

Damien Ernst : On a investi énormément dans le solaire ces dernières années et il y aurait actuellement quelque 490 GW de panneaux photovoltaïques installés en Europe. Pour rappel, l’EPR de Flamanville, c’est environ 1,65 GW de puissance installée. Donc, à supposer que toute l’Europe soit ensoleillée, les panneaux photovoltaïques pourraient en théorie produire 490/1,65 = 296 fois plus d’électricité que le réacteur nucléaire le plus puissant.

Avec de tels chiffres, le problème saute aux yeux en l’absence d’un système de stockage massif et d’un réseau électrique adapté. On dit que, cette année, environ 40 TWh d’énergie photovoltaïque seront gaspillés en Europe. Mais je pense que c’est bien plus. À titre de comparaison, la Belgique consomme à elle seule 80 TWh d’électricité par an…

Tout cela était évidemment extrêmement prévisible. Personnellement, j’ai commencé à alerter sur ce problème il y a plus de 15 ans !

L’Europe a-t-elle commis une erreur stratégique en subventionnant massivement le solaire avant d’investir suffisamment dans les réseaux et le stockage ?

Oui, c’est une erreur colossale ! On n’aurait jamais dû subventionner le solaire. Cela nous a coûté une fortune et cela a créé des signaux de marché qui ont favorisé énormément de mauvais investissements.

On aurait plutôt dû investir cet argent dans les réseaux électriques. Pas seulement dans des lignes, des câbles, des transformateurs, mais aussi dans l’infrastructure IT, pour mieux les gérer afin de réaliser l’indispensable révolution « smart grids » dont on parle depuis longtemps. Malheureusement, cette révolution se fait attendre parce qu’il y a un manque de compétence et d’efficacité au niveau de la couche politique et régulatrice. Et sans elle, il est impossible d’avancer suffisamment vite.

Le phénomène de « prix négatifs » et de « curtailment » ne montre-t-il pas les limites physiques d’un système électrique dominé par des renouvelables intermittents ?

Pour moi, il montre surtout le danger de distordre les marchés avec des subsides.

Vous savez, si je subsidie chaque salade produite par un agriculteur à hauteur de 2 euros, vous aurez rapidement une surproduction, et la valeur de marché des innombrables salades invendues deviendra négative. On a vu ce phénomène avec des patates vendues zéro euro à la criée en Belgique et qui pourtant ne trouvaient pas preneur !

Arrêtons donc déjà de subsidier totalement le renouvelable et les choses iront mieux. Et mettons l’argent ainsi économisé dans nos réseaux électriques. C’est la bonne stratégie !

Les consommateurs européens risquent-ils de payer deux fois la transition énergétique ? D’abord via les subventions aux panneaux solaires, puis via les compensations versées après demande aux producteurs qui devront couper leur production ?

On ne payera pas deux fois, mais bien trois fois, parce qu’en plus de ça, les consommateurs vont aussi acheter l’électricité produite par le renouvelable ! Je l’ai déjà dit. Il faut arrêter ces subsides.

Et il ne faut pas compenser les pertes des producteurs de renouvelable qui doivent couper leur production quand le réseau arrive à saturation. Ça fait partie de leur risque industriel, alors, laissons faire le marché !

Il faut aussi clarifier les règles d’accès au réseau pour le renouvelable. De nouvelles doctrines de gestion des réseaux commencent à se développer et elles sont beaucoup plus saines : elles responsabilisent beaucoup plus les producteurs de renouvelable et les propriétaires de gros systèmes de batteries par rapport aux problèmes causés sur le réseau. À cet égard, j’ai moi-même co-développé une nouvelle doctrine appelée Seculex, qui, je pense, jette les bases de ce qu’il faudrait faire pour éviter de nombreux problèmes sur les réseaux.

L’exemple espagnol avec les pannes et par ailleurs, les difficultés du réseau allemand remettent-ils en question l’objectif européen d’électrification massive via l’énergie solaire ?

Je ne pense pas. Le solaire est très bon marché à présent, et les batteries le deviennent aussi, notamment grâce aux nouvelles batteries développées par le géant chinois CATL, qui utilisent une chimie sodium-ion au lieu de la chimie classique lithium-ion. Comme le sodium est nettement moins cher que le lithium, la baisse du coût des batteries permettra de stocker l’électricité produite par les PV à faible coût. Cela offre d’immenses opportunités et permettra notamment d’éviter la plupart des problèmes causés par le renouvelable sur les réseaux électriques. Mais bien entendu, il faut manœuvrer de manière intelligente pour bien les exploiter !

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2 réponses

  1. L’électricité ne se stocke pas.
    Même avec des batteries machin sodium ions « pas chères », même avec des PV trucs nouveau style.
    Même en « manœuvrant de manière intelligente ».
    Et non, le solaire n’est pas bon marché avec son facteur de charge pourri, son injection obligatoire dans le réseau et ses contrats de production bidons facturés à 100 ou 200 € le MWh.
    « L’électrification massive par l’énergie solaire » ne marche pas et ne risque pas de marcher.
    Il faut arrêter d’urgence le plan renouvelable, c’est un désastre économique et social.

  2. Mais si … l’électricité, ça se stocke ! La preuve: https://www.revolution-energetique.com/breves/la-premiere-batterie-grid-forming-de-france-aidera-a-stabiliser-le-reseau-electrique/

    Une batterie de 183 MWh, elle occupe un terrain de 4 hectares, et elle coûte certainement très cher !

    Et si vous n’avez pas de place … ou pas beaucoup d’argent … il existe une alternative, prenez 1/2 camion de fuel de 30 tonnes, vous aurez à peu près la même capacité (183 MWh) !
    Bon en réalité non, si vous voulez 183 MWh d’électricité, il vous faudra le camion complet (cycle combiné à turbine à gaz de rendement 50%, ou même 1+1/3 avec une turbine simple). Un avantage … vous n’aurez pas à attendre que le soleil se lève ou que le vent souffle, pour recharger … un petit coup de fil au distributeur suffit !

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