La révision de certains scénarios climatiques du GIEC relance le débat sur la place de la science, des modèles et de leur usage politique. Si le réchauffement demeure une réalité mesurable, plusieurs projections très alarmistes apparaissent désormais moins plausibles, posant la question de leur influence sur les politiques publiques.
Samuel Furfari,Rémy Prud’hommeetFrançois de Rugy
En 4 points :
- Le GIEC revoit certaines projections à la baisse, sans nier la réalité du réchauffement ni l’inertie liée à l’accumulation du CO₂.
- Le scénario RCP 8.5, longtemps utilisé dans le débat public, est désormais jugé improbable en raison d’hypothèses contestées sur le charbon, les renouvelables et la démographie.
- Les intervenants dénoncent un usage politique et médiatique des scénarios les plus alarmistes, accusé d’avoir nourri peur, éco-anxiété et discours décroissants.
- Les politiques climatiques européennes sont critiquées pour leurs effets industriels : énergie chère, perte de compétitivité, affaiblissement du nucléaire et dépendance accrue aux importations.
Atlantico : Le GIEC a récemment mis à jour ses projections climatiques. Que dit précisément cette nouvelle publication et en quoi se distingue-t-elle des précédents rapports et travaux du GIEC ?
François de Rugy : D’abord, cela constitue plutôt une nouvelle encourageante. Cela signifie que le GIEC, dont les travaux ont toujours visé à établir des projections au plus près de la réalité empirique, ne saurait prétendre à une certitude absolue quant aux trajectoires futures du climat. Ses membres se sont néanmoins constamment attachés à modéliser les évolutions du dérèglement climatique à partir de dynamiques complexes fondées sur des phénomènes rigoureusement observés et analysés.
Par ailleurs, le réchauffement climatique constitue d’ores et déjà une réalité objectivement mesurable appelée à se poursuivre, comme le confirme également le GIEC. Les émissions de CO₂ continuent en effet de s’accumuler dans l’atmosphère, alimentant durablement le phénomène. En tout état de cause, une forme d’inertie prolonge les effets du réchauffement climatique sur le long terme, indépendamment même des mesures correctrices susceptibles d’être engagées.
Si l’évolution future et les prévisions du GIEC sont un peu moins pessimistes au regard de cette étude, c’est une bonne nouvelle. Ce n’est pas une raison pour arrêter toute action pour lutter contre le réchauffement climatique, mais il est tout de même préférable d’entendre des annonces moins catastrophiques que des scénarios qui ne seraient plus évitables.
De ce point de vue, cela montre qu’il est important de suivre en permanence les données sur le climat, comme sur d’autres sujets écologiques d’ailleurs, d’un point de vue scientifique. Les connaissances scientifiques progressent, et les scientifiques font donc également évoluer leurs données, notamment lorsqu’il s’agit de prévisions et de modélisations.
Il est positif qu’il y ait cette amélioration des connaissances scientifiques, y compris concernant les prévisions futures.
Samuel Furfari : Les projections du GIEC sont toujours basées sur des scénarios que le grand public connaît peu. Un numéro ou un nom est souvent attribué pour ces projections. Elles constituent les bases fondamentales pour prévoir des évolutions à grande échelle sur le climat et le réchauffement climatique. Les scénarios sont fondés sur une série d’hypothèses, construites par le GIEC, qui consistent à anticiper ce qu’il va se passer et quel sera le résultat à un horizon précis vers 2030 – 2050 ou à des périodes bien plus lointaines. Comme il y a de nombreuses hypothèses, les scientifiques choisissent une projection pour chaque modèle, puis en déduisent des résultats.
Un premier problème intervient généralement dans les travaux du GIEC. Les modèles donnent des résultats différents selon les hypothèses retenues. L’augmentation de la température peut ainsi varier d’un degré à cinq degrés en fonction du modèle choisi. Le problème est que la gouvernance climatique actuelle et les dirigeants politiques ont pour objectif de susciter la peur sur les enjeux liés à l’environnement. Les modèles les plus alarmistes sont donc choisis depuis plusieurs années. Cela suscite des inquiétudes chez les citoyens et cela peut les pousser à adopter des mesures de réduction de la consommation.
Le GIEC vient donc d’écarter l’un des scénarios, appelé RCP 8.5, qui est désormais considéré comme improbable. Certains experts et scientifiques avaient tenté de mettre en garde et de dénoncer les excès et la dérive de ce scénario.
Mais en réalité, les médias se sont appuyés sur ce scénario catastrophique pendant des années, suscitant la peur au sein de la population en Occident. Aujourd’hui, le GIEC reconnaît que ce scénario n’est pas crédible et qu’il ne se réalisera pas. Certains affirment qu’il ne s’agissait que d’un modèle, d’un exercice intellectuel, auquel ils ne croyaient pas réellement. Néanmoins, des milliers, voire des dizaines de milliers d’articles ont été écrits sur cette base pendant de nombreuses années.
C’est pour cette raison que la peur persiste.
Ce modèle a suscité l’inquiétude autour de scénarios aujourd’hui reconnus comme hautement improbables, selon la mise à jour du GIEC. Jean Jouzel avait par exemple évoqué le scénario d’un réchauffement à cinq degrés, ce qui en réalité est excessif. Le GIEC considère déjà comme hautement improbable un scénario à trois degrés. Ce scénario présente une probabilité très faible, comme le montrent certains graphiques que j’ai publiés dans mes ouvrages. Pourtant, Jean Jouzel a évoqué un scénario à cinq degrés, ce qui a contribué à inquiéter le public. Aujourd’hui, le GIEC reconnaît que ce scénario n’est pas crédible.
Pendant des décennies, la population a été alarmée par des scénarios qui ne reposaient pas sur des probabilités réalistes. Il était souvent difficile par le passé d’exprimer une opinion critique à l’égard du GIEC sans être marginalisé.
Certains scénarios de réchauffement très élevés apparaissent désormais moins plausibles qu’auparavant. Comment les modèles du GIEC ont-ils évolué ces dernières années ?
François de Rugy : Après avoir interrogé des scientifiques comme François Gemenne, qui participe aux rapports du GIEC, ou encore récemment François-Marie Bréon, pour la chaîne YouTube que nous animons avec Laurent Lesage, “Et si l’économie sauvait l’écologie ?”, il apparaît clairement qu’il s’agit d’un travail d’une grande rigueur scientifique, mobilisant un très large collectif de chercheurs issus de disciplines complémentaires.
Même s’il peut exister différentes écoles de pensée chez les scientifiques, le travail du GIEC est véritablement pluridisciplinaire et international. Tous les pays y participent, du moins ceux qui ne s’en retirent pas, comme les États-Unis l’ont parfois envisagé. Les États envoient donc leurs scientifiques afin de construire un point de vue solide et consolidé.
L’évolution des modèles de prévision montre que les scientifiques mobilisés pour les rapports du GIEC ont aussi la capacité de faire évoluer leurs analyses dans le temps.
Comment les climatologues et les experts interprètent-ils cette évolution des projections ? S’agit-il d’un véritable changement de perspective scientifique ou d’un simple ajustement méthodologique de la part du GIEC ?
François de Rugy : J’interprète surtout cela comme le signe que les données scientifiques ne sont pas figées. Elles s’affinent avec le temps, se précisent et évoluent parfois. Cela est plutôt rassurant.
Il ne s’agit pas d’un dogme qui tomberait du ciel ou qui s’imposerait à tout le monde sans débat ni discussion. C’est quelque chose qui se construit à partir d’hypothèses susceptibles d’évoluer, dans le cadre de dynamiques complexes. Le climat n’est évidemment pas une équation à une seule inconnue ; c’est un sujet extrêmement complexe.
Il est donc plutôt rassurant de constater que ce travail scientifique d’amélioration des connaissances se poursuit dans le temps et gagne en précision. Les scientifiques font preuve d’honnêteté intellectuelle, dans la mesure où ces rapports permettent justement de constater que les choses évoluent.
Il ne saurait davantage être question d’un bouleversement radical. Les défis à relever demeurent considérables. Néanmoins, le simple fait de pouvoir en faire le constat constitue, une fois encore, un motif relatif d’encouragement.
Samuel Furfari : Le modèle RCP 8.5 repose sur des hypothèses très contestables : une absence d’augmentation significative des énergies renouvelables et un recours massif au charbon à l’échelle mondiale notamment.
Ces deux hypothèses montrent déjà que ce scénario ne tenait pas.
Un autre argument avancé dans ce scénario, dans ce modèle RCP 8.5 du GIEC était le fait que la population mondiale allait atteindre 13 milliards d’habitants. Or, une telle projection de population n’est pas réaliste et en phase avec les données scientifiques. Les projections démographiques sont toutes orientées à la baisse, car la prospérité qui se développe à l’échelle mondiale s’accompagne d’une dénatalité similaire à celle observée en Europe. Il faut constater que la dénatalité est un fait qui accompagne la prospérité économique. La stabilisation de la population constitue donc une perspective indéniable.
Or, les émissions de CO₂ dans le monde dépendent avant tout du nombre d’habitants. Ce sont les habitants qui consomment l’énergie. Le critère démographique est donc fondamental pour montrer que ces scénarios du GIEC étaient infondés. Il est donc heureux que cela soit enfin reconnu. Il était temps de comprendre qu’il n’était plus possible de continuer à induire les gens en erreur et de provoquer chez eux une forme d’éco-anxiété.
L’un des éléments souvent négligés dans les analyses climatiques est la démographie. Or, la diminution de la population mondiale pourrait mécaniquement conduire à une baisse des émissions de CO₂, sans nécessairement recourir à des politiques de décroissance énergétique. Les émissions de CO₂ peuvent être modélisées à l’aide de l’équation de Kaya, dont le premier facteur est la population. Ainsi, une baisse démographique remet en question certains scénarios fondés sur une croissance importante de la population, comme celui des 13 milliards d’habitants.
Avec cette évolution des scénarios du GIEC, le débat n’est pas clos. D’autres scénarios tout aussi contestables persistent. Ils seront probablement remis en question progressivement.
Les scénarios les plus alarmistes ont parfois fortement marqué le débat public. Selon vous, les discours politiques ou militants ont-ils parfois simplifié les conclusions scientifiques du GIEC ?
François de Rugy : Il y a toujours eu deux attitudes vis-à-vis du GIEC. D’un côté, certaines personnes contestent formellement ses travaux, estimant qu’elles ne partagent pas les hypothèses du GIEC ou qu’il existe des erreurs. Cela fait partie du débat. Toutefois, une contestation frontale et totale me paraît manquer d’arguments, dans la mesure où il ne s’agit pas d’un groupe limité de scientifiques travaillant de manière isolée, à huis clos. Ces travaux des scientifiques sont confrontés à d’autres analyses scientifiques et constamment réévalués, discutés et examinés par d’autres chercheurs.
En revanche, cela devrait inciter un certain nombre de responsables politiques à éviter d’instrumentaliser les rapports du GIEC, à simplifier ou à déformer ces questions complexes, et à les transformer en quelque chose de quasi magique, consistant à dire :
« Nous n’avons pas le choix, il faut agir de telle manière. »
Le GIEC établit un constat et présente des possibilités d’action, mais il ne donne pas des injonctions pour pousser à prendre des décisions précises. Ce n’est pas son rôle. Le GIEC ne se substitue ni aux décideurs politiques ni au débat démocratique qui existe dans chaque pays, ainsi qu’au niveau international lors des grandes conférences climatiques.
Samuel Furfari : Une telle influence est bien réelle. Elle remonte notamment au Club de Rome, dans les années 1970, qui prônait l’arrêt de la croissance avec le slogan « Halte à la croissance ! ».
Des millions d’exemplaires du rapport du Club de Rome ont été diffusés dans le monde, influençant toute une génération.
Cette mentalité persiste encore au sein du GIEC. Elle repose sur une approche marquée par la décroissance et une vision malthusienne qui pousse parfois la science vers des positions extrêmes. Cela recouvre également d’autres aspects. La climatologie s’intéresse notamment aux molécules de CO₂ piégées dans les glaces de l’Arctique et de l’Antarctique.
Le Club de Rome réunissait des scientifiques passionnés, mais auparavant peu visibles médiatiquement. Du jour au lendemain, en travaillant sur le climat, ils ont acquis une forte visibilité.
Cette reconnaissance peut être valorisante et s’accompagne aussi d’un accès accru aux financements de la recherche. Il est compréhensible que cette opportunité ne soit pas abandonnée. Il ne s’agit pas de remettre en cause leur travail scientifique, que je respecte, mais de souligner une dimension humaine. Ces recherches bénéficient désormais de moyens plus importants, alors qu’auparavant ces scientifiques devaient lutter pour exister dans leur domaine.
Cette situation convenait donc à de nombreux acteurs. Elle convenait également à certains responsables politiques, notamment à gauche, qui y voyaient un argument en faveur de politiques d’égalité visant à limiter les inégalités de consommation énergétique. La lutte contre le changement climatique s’inscrivait ainsi dans leur cadre idéologique.
Par ailleurs, après la chute du mur de Berlin, les responsables politiques ont dû redéfinir leurs priorités. L’Union européenne s’était affirmée face au bloc de l’Est, qui avait fini par la rejoindre. Dans ce contexte, il devenait nécessaire de trouver une nouvelle raison d’être politique, une nouvelle métaphore. La question du climat a alors émergé comme un nouvel enjeu structurant. Cette évolution a contribué à faire de la lutte contre le changement climatique un axe central, ce qui, selon certains, répondait aussi à un besoin de redéfinition politique.
Estimez-vous qu’il existe aujourd’hui un décalage entre les travaux scientifiques du GIEC et la manière dont ils sont relayés dans le débat public et médiatique ?
François de Rugy : Certains transforment les rapports du GIEC en dogmes et présentent une approche scientifique évolutive et discutable comme une vérité intangible. Or, dans des systèmes complexes comme le climat, si certaines hypothèses changent, les résultats évoluent également.
Il existe en effet des mouvements écologistes, politiques et associatifs, ainsi que certains médias, qui relaient ces points de vue de manière très catégorique, en détournant les conclusions du GIEC, sans toujours entrer dans les nuances ou les vérifications nécessaires. Les mouvements écologistes les plus politisés considèrent souvent que le catastrophisme constitue la seule lecture possible de la situation.
Il est frappant de constater qu’on entend très peu ces acteurs réagir aux nouvelles évolutions évoquées récemment. J’ai même vu des échanges sur les réseaux sociaux où certains journalistes relayant ces informations étaient immédiatement accusés de remettre en cause la gravité du sujet, alors qu’il s’agit simplement d’une hypothèse moins pessimiste que ce qui avait pu être envisagé il y a quelques années. Et cela constitue plutôt une bonne nouvelle.
Il est frappant de voir que certains semblent presque regretter la possibilité d’un scénario moins pessimiste. Le catastrophisme, l’alarmisme et une forme de discours permanent de l’urgence constituent parfois leur principal levier d’action. C’est ce que j’appelle les « marchands de peur ». Selon moi, certains mouvements écologistes politiques et certaines ONG fondent leur discours sur la peur : la peur de la catastrophe climatique ou d’un réchauffement destructeur. Cette peur sert ensuite à justifier des mesures radicales.
Or, ces mesures peuvent poser d’autres problèmes, notamment économiques et sociaux, et ne sont pas toujours adaptées d’un point de vue écologique. Plus les discours sont alarmistes, plus ils permettent de justifier des propositions radicales.
A cela s’ajoute souvent un discours anticapitaliste, puisque le fond de certains raisonnements consiste à considérer que le capitalisme serait responsable de tout, y compris du dérèglement climatique. Et même si l’évolution du climat devait être moins dramatique qu’annoncé, ces mouvements trouveraient probablement d’autres arguments pour défendre l’idée qu’il faut remettre en cause le capitalisme.
Cela est particulièrement visible chez certains partis écologistes, notamment en France, mais également dans d’autres pays. On retrouve aussi ce discours dans certaines ONG qui, selon moi, devraient se concentrer uniquement sur les enjeux écologiques plutôt que sur des positions économiques et politiques plus globales. Leur message apparaît parfois davantage anticapitaliste que réellement écologique ou climatique.
Cette évolution des modèles climatiques du GIEC peut-elle contribuer à ramener le débat sur le terrain de la science et de la rigueur scientifique, au-delà des oppositions idéologiques ?
François de Rugy : Il faut l’espérer. C’est en tout cas mon combat, modestement, à mon niveau. J’avais déjà essayé de promouvoir cette approche lorsque j’étais ministre, notamment en organisant des conférences scientifiques. L’écologie doit reposer sur une démarche scientifique. Les décisions politiques doivent, autant que possible, s’appuyer sur une analyse scientifique de la situation, puis faire l’objet d’un débat citoyen avant que des décisions soient prises. Je constate néanmoins que cela reste difficile.
Il existe une forme de prime au catastrophisme. Certains médias agissent comme des « marchands de peur » et ont fait de la peur et du catastrophisme leur principal fonds de commerce.
J’espère qu’à partir du moment où des rapports comme celui du GIEC, qui apportent une révision des modèles de prévision, seront publiés, il sera possible d’adopter une approche plus rationnelle et également plus raisonnable.
Quel est le regard des scientifiques et des experts du climat sur ce changement de perception et sur cette évolution concernant le modèle de prévision du GIEC ?
Rémy Prud’homme : Les travaux scientifiques du GIEC ne constituent pas l’essentiel de son activité. Le GIEC n’a pas été créé par des scientifiques, mais par des institutions des Nations unies, par des responsables politiques. Cette démarche n’est donc pas née directement du monde scientifique.
Le personnage le plus important a été Maurice Strong, l’un des membres fondateurs du GIEC créé en 1988. Après avoir connu un certain succès dans le domaine des mines au Canada, il a ensuite passé une grande partie de sa carrière aux Nations unies, qui n’ont jamais été un puits de science. Il faut bien comprendre que le GIEC a été lancé par des responsables politiques et qu’il est toujours dirigé par eux.
Le GIEC est une organisation intergouvernementale, comme l’indiquent ses initiales. Le rôle principal y est joué par les représentants des pays membres, c’est-à-dire par des diplomates, qui ont la haute main sur ce qui est écrit par le GIEC. L’objectif n’est pas de découvrir la vérité scientifique, mais de démontrer que le réchauffement est causé par l’homme.
Cela ne signifie pas que le GIEC ne fasse pas appel à de véritables scientifiques. Ce ne sont pas eux qui dirigent cette organisation intergouvernementale.
D’un point de vue sociologique, il est fascinant de constater l’ampleur du nombre de personnes qui ont été prises au piège du discours du GIEC et qui croient de bonne foi que le GIEC représente la science, sans chercher à distinguer ce qui est peut être faux, excessif ou orienté.
Les acteurs qui ont contribué, depuis des décennies, à l’élaboration de ces orientations au sein des instances liées au GIEC ont-ils pu entretenir des confusions ? N’y a-t-il pas eu un amalgame entre la crainte du progrès technique et une forme d’idéalisation du retour à la nature ?
Samuel Furfari : Cela repose sur un élément clé dans la réflexion : la question de la peur, de l’éco-anxiété. Les rapports du GIEC, les modèles et les recommandations sont parvenus à instiller la peur au sein de la population, d’abord avec le trou dans la couche d’ozone. Il ne s’agissait pas d’un « trou » à proprement parler, mais d’une diminution de la concentration d’ozone. Cependant, le terme employé et largement relayé par les médias a contribué à simplifier et dramatiser la situation.
De nos jours, de plus en plus de molécules chimiques sont présentées comme dangereuses pour la santé. Les tornades et les dérèglements climatiques sont récupérés et exploités pour tenter d’alerter sur d’éventuelles catastrophes climatiques imminentes. Il y a une forte mobilisation pour susciter la peur. Ainsi, un système de peur s’est progressivement construit, au point de marquer toute une génération à travers l’éco-anxiété. Ces peurs anxiogènes ont des effets considérables.
Par exemple, lorsque la question du nucléaire est évoquée, beaucoup réagissent immédiatement de manière négative en évoquant des catastrophes, des bombes, des radiations, des déchets ou encore des malformations. Ce phénomène se retrouve dans de nombreux domaines. L’éco-anxiété est ainsi devenue une construction particulièrement marquée en Europe.
Certains experts font croire qu’il n’y a plus d’eau dans le monde, faisant fi de la réalité du cycle de l’eau. Ce mécanisme est pourtant bien connu. L’eau de pluie rejoint la mer, s’évapore, forme des nuages, puis retombe. Un discours alarmiste affirme qu’il n’y a plus d’eau et que celle-ci est en train de disparaître. Ce type de rhétorique s’applique à de nombreux sujets.
Il serait nécessaire de prendre conscience qu’il faut mettre un terme à cette éco-anxiété, qui perturbe également l’économie. En effet, dès lors que l’on est capable de mesurer des traces infinitésimales d’une molécule pointée du doigt pour des questions environnementales, cela peut susciter une inquiétude.
Le nombre d’Avogadro, bien connu en chimie, témoigne du fait que dans une très petite quantité de matière, il existe un nombre extrêmement élevé de molécules. Il est donc toujours possible d’en détecter quelques-unes et de s’en servir pour inquiéter la population.
Cependant, cette approche est trompeuse, car tout dépend de la dose. Une molécule isolée n’est pas nécessairement nocive. C’est la quantité qui détermine le danger. Malgré cela, il est aujourd’hui possible de susciter la peur dans de nombreux domaines en s’appuyant sur ce type d’arguments.
Le recours à des discours alarmistes par certains militants écologistes et par des dirigeants européens a-t-il constitué un levier pour peser sur l’opinion publique au détriment de la culture scientifique du GIEC ? Les travaux scientifiques du GIEC n’ont-ils pas été dénaturés par des discours militants, en particulier en Europe ?
Samuel Furfari : Il est important de rappeler que les rapports du GIEC se composent de plusieurs documents. L’un d’eux, souvent désigné comme une annexe scientifique, est rédigé par des chercheurs et présente un caractère rigoureusement scientifique.
En revanche, d’autres documents produits ne relèvent plus directement de la science. Ils sont rédigés par des représentants gouvernementaux ou des administrations, qui interprètent les travaux scientifiques dans une perspective politique.
Il y a donc une introduction à un rapport fondamentalement scientifique, dans lequel les chercheurs expriment leurs conclusions avec prudence, en évoquant des probabilités et des hypothèses. Ils utilisent des formulations qui reflètent la nature même de la démarche scientifique.
En revanche, dans les documents dérivés, ces précautions de langage disparaissent au profit d’un discours plus affirmatif, voire d’un usage politique des conclusions. C’est en partie pour cette raison que certains considèrent que le GIEC a perdu en crédibilité dans certains milieux scientifiques, en raison de l’intervention d’acteurs politiques et administratifs.
Le résumé destiné aux décideurs, souvent appelé « executive summary », est rédigé par des représentants politiques et doit être approuvé par l’ensemble des gouvernements participants avant publication. Ce processus le distingue du travail scientifique initial.
Ainsi, bien que les bases du rapport soient scientifiques, leur présentation finale peut être influencée par des considérations politiques. Cela peut conduire à une perception différente du contenu auprès du grand public. Selon cette analyse, il existe donc un décalage entre le travail scientifique initial et sa diffusion, et ce mécanisme demeure aujourd’hui inchangé.
Au regard des décisions prises lors des conférences internationales sur le climat et de l’adoption des réglementations européennes en matière environnementale, y a-t-il un respect des recommandations des scientifiques et des rapports du GIEC ? Le climat est-il devenu un levier de transformation politique globale, au détriment de la réalité scientifique et de la qualité des rapports du GIEC ?
Samuel Furfari : Tout le problème est là. Toutes ces questions et ces enjeux sont devenus éminemment politiques et biaisés, ce qui a conduit à une série de politiques contestables. Par exemple, le chef de cabinet du commissaire européen Frans Timmermans, qui a contribué à la rédaction du Green Deal (Pacte vert), est membre de Greenpeace. Ces acteurs ont accédé à différents niveaux de pouvoir et ont pu orienter les décisions selon leurs convictions. Les responsables politiques ne s’en sont pas toujours rendu compte, ou ont pu s’en accommoder.
En Europe, cela a conduit à une forme de déformation globale de la question climatique, avec des conséquences importantes. Le débat sur les scénarios peut être intéressant sur le plan intellectuel, mais il convient surtout d’en examiner les effets concrets. Parmi ces conséquences figurent l’affaiblissement économique, la délocalisation de productions industrielles, la fermeture d’industries chimiques et de raffineries, ainsi qu’une dépendance accrue aux importations.
Ces évolutions sont présentées ici comme résultant de l’utilisation de scénarios jugés non plausibles, exploités à des fins politiques. Certains choix politiques auraient ainsi été guidés par ces scénarios, avec des répercussions directes pour les citoyens, qui en subissent les effets au quotidien.
Cette prise de conscience par les scientifiques du GIEC peut-elle être porteuse d’espoir pour l’avenir ? Peut-elle permettre un retour à davantage de rigueur scientifique, au-delà des débats partisans ?
Samuel Furfari : Je ne le pense pas. Le scénario aujourd’hui considéré comme improbable avait déjà été contesté depuis plusieurs années. Il a fallu un long délai pour que le GIEC le reconnaisse enfin, mais cela ne signifie pas que les autres scénarios seront remis en question. Chacun tend à défendre ses propres intérêts.
Les scientifiques ne cesseront pas d’alerter sur le changement climatique. L’enjeu principal réside dans les conséquences économiques des politiques climatiques. Les mauvais choix vont entraîner une perte de compétitivité industrielle, une hausse des prix de l’énergie en Europe, et une fragilisation globale de l’économie. Ces effets sont attribués à l’influence des scénarios du GIEC sur les décisions politiques.
Tant que les responsables politiques ne décideront pas de privilégier un accès à une énergie abondante et abordable pour les citoyens et l’industrie, ces dynamiques se poursuivront. Dans cette perspective, les scénarios continueront d’exister, mais leur impact dépendra des choix politiques.
Rémy Prud’homme : Non, ce ne sera pas le cas car le GIEC continue dans la même direction, parce qu’il reste contrôlé par des responsables politiques. Les scientifiques qui défendent d’autres positions sont marginalisés. Beaucoup de scientifiques sérieux qui ont participé à la rédaction des premiers rapports, puis exprimé des doutes, ont été écartés de la rédaction des rapports suivants. Eliminer les deux phrases suivantes : Pourtant, un grand nombre de scientifiques se sont exprimés. Les premiers rapports ont d’ailleurs été rédigés par des chercheurs sérieux.
Du point de vue économique, les analyses restent très faibles car presque personne ne veut reconnaître que la décarbonation de l’industrie représente un coût extrêmement élevé. Comparer, pour les différents pays européens, le taux de croissance de la productivité et le rythme de décarbonation est riche d’enseignements. Les pays dont la productivité progresse le plus rapidement, comme la Pologne, sont aussi ceux qui décarbonent le moins. À l’inverse, les pays qui décarbonent le plus vite, comme la Grande-Bretagne, affichent les taux de croissance de la productivité les plus faibles. Une corrélation ne constitue pas automatiquement une causalité. Mais, en l’occurrence, il existe de bonnes raisons de penser que ces relations traduisent bien un lien réel. Il y a une fascination idéologique, une attirance pour les discours catastrophistes. Cette fascination semble parfois plus forte que la raison elle-même.
Certaines évolutions ont néanmoins eu lieu ces trois dernières années, notamment sur la question du nucléaire. Un changement clair a pu être constaté en la matière en France au cours des trois dernières années. Il y a donc eu un véritable tournant sur la question du nucléaire.
Il existe aussi, chez certains, une forme de fascination pour la nouveauté. L’idée selon laquelle « tout ce qui est nouveau est forcément bon » reste très présente. Or, il est vrai que l’économie se développe grâce à l’innovation. Mais il existe aussi de nombreuses innovations qui échouent. Il faudrait distinguer les innovations réellement efficaces de celles qui ne fonctionnent pas. L’innovation est indispensable, mais cela ne signifie pas qu’il faille l’encourager à n’importe quel prix. Il faut accepter qu’une partie des innovations échoue, tout en restant rigoureux et en examinant sérieusement leurs chances raisonnables de succès. Or, cette analyse est souvent absente.
Les conclusions des rapports du GIEC n’ont-elles pas conduit les dirigeants politiques et certains économistes à tourner le dos au progrès et à l’innovation, au profit d’une idéologie fondée sur la peur, qui a finalement conduit notre industrie et notre économie à suivre les thèses décroissantes ?
Rémy Prud’homme : Il est difficile de déterminer avec certitude les motivations conscientes ou inconscientes des fondateurs du GIEC. Il reste toutefois notable que de nombreux experts tendent à ne pas remettre en question certaines affirmations dès lors qu’elles sont présentées comme relevant du domaine scientifique.
Il est possible de multiplier les démonstrations. Les appels au bon sens et les arguments suggérant que la hausse modérée des températures — environ un degré et demi en un siècle et demi — n’ont rien d’exceptionnel. Des variations comparables ont déjà été observées à d’autres périodes de l’histoire, alors même qu’aucune activité humaine susceptible d’émettre du CO₂ n’existait.
Il existe aussi d’autres éléments assez évidents en observant certains chiffres et des ordres de grandeur. En dehors de l’Europe, personne n’est réellement prêt à réduire ses émissions de CO₂ : ni les pays en développement, ce qui peut se comprendre puisqu’ils cherchent avant tout à nourrir leur population, ni les États-Unis, qui accordent relativement peu d’importance à cette question. Ainsi, seule l’Europe consent des efforts considérables pour réduire ses émissions. Or, les émissions annuelles de l’Europe représentent environ un milliard de tonnes de CO₂ par an, alors que le stock total de CO₂ dans l’atmosphère – qui est la seule donnée réellement importante – est d’environ 33 000 milliards de tonnes. Il y a donc une grande quantité en plus de CO₂ déjà présent dans l’atmosphère. Dès lors, l’idée de consentir d’immenses sacrifices pour ne pas ajouter une quantité infime à ce total semble dérisoire.
Quelle a été l’influence des rapports du GIEC sur les politiques économiques et industrielles ? Les politiques menées par les écologistes, notamment en Allemagne, ont-elles eu des effets particulièrement dévastateurs sur les plans économique et industriel ?
Rémy Prud’homme : Les conséquences ont été, et continuent d’être, absolument considérables, notamment en ce qui concerne les énergies fossiles. Même la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le chancelier allemand, Friedrich Merz, dont l’autocritique n’est pas leur qualité principale, ont commencé à infléchir légèrement leur position, notamment sur la question des objectifs climatiques et du nucléaire. Les conséquences deviennent tellement visibles qu’il devient difficile de les ignorer.
Depuis deux ans, des dirigeants européens remettent en cause les conclusions politiques qui sont tirées des modèles de prévision et des rapports du GIEC, et de la nécessité de faire de la réduction des émissions de CO₂ l’alpha et l’oméga de toutes les politiques publiques. Cela a particulièrement été le cas en France. Pendant une longue période, il n’y avait pratiquement plus de véritable ministère des Transports. Ce ministère était placé sous l’autorité du ministère de l’Environnement et était devenu, en pratique, un ministère de la décarbonation des transports. Il en allait de même pour l’agriculture qui était devenue essentiellement un ministère de la décarbonation de l’agriculture.
Ainsi, des dizaines, voire des centaines de milliards ont été gaspillés. Le point le plus problématique a sans doute été le ralentissement des politiques et des stratégies liées au nucléaire. Cela s’est observé dans de nombreux pays, y compris en France, où la politique énergétique visait encore, il y a environ cinquante ans, un développement massif de cette source d’énergie, avant que cette orientation ne soit progressivement remise en question.
Sébastien Lecornu a été secrétaire d’État auprès de Nicolas Hulot lors de son mandat ministériel. Il était alors un proche collaborateur de Hulot, qui a contribué à faire adopter la première programmation énergétique prévoyant la fermeture de 14 centrales nucléaires.
Les dégâts ont donc été absolument considérables. Aujourd’hui encore, certains continuent d’affirmer qu’il faut toujours mettre l’accent sur le développement des énergies renouvelables en parallèle des plans pour le nucléaire. Le problème désormais est que nous avons trop d’électricité et que nous ne savons plus quoi en faire.
Pendant des années, les experts ont alerté sur les risques des énergies renouvelables qui ne fonctionnaient qu’un nombre limité d’heures par an et qui pouvaient entraîner des pénuries et des ruptures d’approvisionnement. Désormais, on s’aperçoit que le véritable danger est peut-être inverse : avoir trop d’électricité peut fragiliser l’ensemble du système, comme cela s’est produit en Espagne et comme cela pourrait arriver ailleurs en Europe.
Ces réalités commencent malgré tout à apparaître publiquement, même s’il a longtemps été difficile de les évoquer. Mais des dépenses extravagantes ont été engagées dans le cadre de la transition énergétique, contribuant largement à l’affaiblissement de l’économie française et à l’aggravation de la dette publique.
Certaines évolutions sont visibles à cause de l’entrisme et de l’influence des militants écologistes, notamment issus de grandes ONG, qui se sont infiltrés dans ces structures. Beaucoup n’étaient ni scientifiques ni responsables politiques, mais développaient un discours de justification politique en s’appuyant sur la science. Cela continue d’ailleurs encore aujourd’hui. Plusieurs anciens dirigeants d’ONG ou de partis écologistes ont réussi à accéder au pouvoir ou à influencer fortement les décisions publiques. Dans ce contexte, le GIEC est devenu un argument politique plus qu’un véritable objet scientifique.
Dans ses productions, le GIEC produit généralement trois versions des rapports. Il ne s’agit pas de versions, mais de volumes ou de tomes. La première est essentiellement technique, et reprend les données et les éléments scientifiques, même si certaines affirmations restent discutables, ce qui est normal en science, puisque la discussion et le doute font partie de la démarche scientifique.
La deuxième version des rapports décrit les conséquences futures du changement climatique. Ces versions font basculer davantage dans la futurologie, avec des projections jusqu’en 2100. Or, en économie, personne ne considère sérieusement des prévisions à aussi long terme. Prévoir à dix ans est extrêmement difficile et entraîne déjà des erreurs fréquentes.
La troisième version des rapports du GIEC examine, secteur par secteur, les moyens de réduire les émissions de CO₂. Or, au regard de certains chapitres, il est possible de constater les faiblesses de certaines analyses dans la troisième version des rapports, suite à l’influence des politiques.
Une réponse
L’arnaque commence à apparaître au grand jour ! Toute la com politique des écolos, reprise par les médias, est basée sur ce scénario 8.5 que les scientifiques savent irréaliste depuis le début…