(par Maaneli Derakhshani, Ph.D., conseillère scientifique principale de la CO2 Coalition)
El Niño et La Niña sont connus depuis longtemps pour influencer les saisons des ouragans dans les océans Atlantique et Pacifique. Avec les prochaines saisons des ouragans dans l’Atlantique et le Pacifique (la première du 1er juin au 30 novembre, la seconde du 15 mai au 30 novembre).
Face aux prévisions de certains climatologues annonçant un « super El Niño » imminent (potentiellement le plus puissant depuis 140 ans) durant la saison des ouragans, il est opportun de se demander : comment un super El Niño influencerait-il vraisemblablement les ouragans ? Existe-t-il un risque qu’un super El Niño intensifie considérablement les ouragans ?
Tout d’abord, quelques notions de base. El Niño (La Niña) est un réchauffement (refroidissement) périodique des eaux du Pacifique équatorial central et oriental, susceptible d’affecter les conditions météorologiques mondiales pendant des mois, voire des années. El Niño (La Niña) peut influencer directement l’activité cyclonique en provoquant des variations du cisaillement vertical du vent , c’est-à-dire des variations de la vitesse et de la direction du vent entre environ 1 500 et 10 500 mètres d’altitude. Un cisaillement vertical du vent plus fort peut désintégrer un ouragan en formation, voire empêcher sa formation. Un cisaillement vertical du vent plus faible favorise le développement des ouragans.
El Niño (La Niña) atténue (renforce) généralement l’activité cyclonique en raison d’un cisaillement vertical du vent plus fort (plus faible) dans le bassin atlantique, tandis qu’il la renforce (l’atténue) dans les bassins Pacifique central et oriental en raison d’un cisaillement vertical du vent plus faible (plus fort). Voir les figures 1 et 2.
Sur cette base, on s’attendrait à ce qu’un super El Niño réduise fortement l’activité cyclonique dans le bassin atlantique et l’amplifie fortement dans les bassins du Pacifique central et oriental.
Cependant, l’histoire ne s’arrête pas là et est souvent négligée.
El Niño réchauffe la planète, entraînant ainsi une hausse des températures mondiales. De plus, les courants atmosphériques ( transport méridien de chaleur ) font que les régions polaires, plus froides, reçoivent une plus grande part de la chaleur d’El Niño que les régions tropicales et équatoriales. L’écart de température entre les régions polaires et tropicales s’en trouve réduit. Quel est l’impact de ce phénomène sur les ouragans ? Comme le souligne notre collègue, le Dr Richard Lindzen :
« Si les modèles sont exacts, le réchauffement climatique réduit les écarts de température entre les pôles et l’équateur. Or, une moindre différence de température entraîne une diminution, et non une augmentation, de l’excitation des tempêtes extratropicales. De fait, les simulations numériques confirment cette conclusion. »
En d’autres termes, un réchauffement climatique supplémentaire dû à un super El Niño devrait réduire l’activité cyclonique dans les bassins atlantique et pacifique.
Espérons un super El Niño cette saison des ouragans.
Fig. 1
Fig. 2