Le gisement de pétrole et de gaz de schiste de Vaca Muerta ou la revanche de Milei sur le kirchnérisme

Pendant que l’Union européenne enferme ses citoyens dans le carcan d’une transition planifiée, l’Argentine de Javier Milei démontre par les faits que la prospérité énergétique est fille de la liberté économique, non de la décarbonation par décret.

Il existe peu d’expériences contemporaines aussi riches d’enseignements pour le libéral que celle qui se déroule actuellement en Argentine. Sous le sol de la Patagonie, dans la province de Neuquén, dort un bassin géologique de 30 000 km² baptisé Vaca Muerta – la « Vache morte ». Selon l’U.S. Energy Information Administration, il s’agit de la deuxième réserve mondiale de gaz de schiste et de la quatrième réserve mondiale de pétrole de schiste. Découvert au début des années 2010, ce gisement aurait dû transformer l’Argentine en puissance énergétique. Il est resté largement sous-exploité pendant plus de dix ans. La raison n’est ni technique, ni géologique. Elle est institutionnelle.

Le coût d’une expropriation

En 2012, le gouvernement de Cristina Kirchner – celle-là même à qui la justice argentine vient de saisir 480 millions d’euros pour fraudes – nationalisait la compagnie YPF en expropriant son co-actionnaire espagnol Repsol. L’opération fut présentée comme un acte de « souveraineté énergétique ». Elle s’est révélée, comme toujours en pareil cas, un acte de spoliation des droits de propriété aux conséquences ruineuses : fuite des capitaux, méfiance des investisseurs internationaux, dégradation du cadre juridique, paralysie du secteur pendant plus d’une décennie. L’Argentine offrait l’illustration paradigmatique d’un pays riche en ressources et pauvre en institutions – exactement ce qui distingue les nations prospères des nations stagnantes, à savoir non pas la dotation en matières premières, mais la qualité du cadre institutionnel.

L’arme du contrat contre l’arbitraire

C’est précisément cette leçon que Javier Milei, économiste libertarien arrivé au pouvoir en décembre 2023, a faite sienne. Sa politique énergétique repose sur une conviction d’inspiration hayekienne : la richesse ne procède pas de la propriété étatique, mais de la libération des forces productives et de la coordination spontanée du marché. Dès son entrée en fonction, le président argentin a déréglementé le secteur, libéré les prix du brut, simplifié les autorisations administratives et rouvert le pays aux majors américaines – Halliburton, Chevron, ExxonMobil.

Mais l’innovation institutionnelle majeure se nomme RIGI (Régimen de Incentivo para Grandes Inversiones), adopté en 2024. Ce dispositif garantit à tout projet supérieur à 200 millions de dollars une stabilité fiscale, douanière et cambiaire pendant trente ans. Sa portée dépasse le seul secteur énergétique : il s’agit, pour un pays marqué par la mémoire des expropriations, d’un véritable acte fondateur. À la souveraineté par le contrôle se substitue la souveraineté par le contrat. À l’arbitraire administratif succède la prévisibilité juridique. C’est l’essence même de l’État de droit appliquée à l’investissement productif.

Les capitaux votent avec leurs pieds

Les capitaux affluent. Le 15 mai 2026, la compagnie YPF – qui fut l’instrument de la nationalisation de 2012 – a annoncé son adhésion au RIGI pour un projet géant baptisé LLL Oil : 25 milliards de dollars investis sur quinze ans pour creuser 1 152 puits dans Vaca Muerta. Selon son président et directeur général Horacio Marín, il s’agit du « programme d’exportation de pétrole le plus important de l’histoire argentine » et de la plus grande demande jamais déposée au titre du RIGI. L’objectif est ambitieux : atteindre un plateau de production de 240 000 barils par jour à partir de 2032, intégralement destinés à l’exportation via le nouvel oléoduc Vaca Muerta Oil Sur, pour environ 6 milliards de dollars de recettes annuelles – soit, sur la durée de vie du projet, plus de 100 milliards de dollars d’exportations cumulées et près de 6 000 emplois directs.

Parallèlement, Halliburton déploie pour la première fois hors des États-Unis son système ZEUS, première unité de fracturation entièrement électrique, pilotée en temps réel par la plateforme numérique OCTIV. La technologie suit toujours le capital, qui suit toujours la liberté contractuelle.

Les conséquences macroéconomiques sont déjà visibles. Longtemps importatrice nette de pétrole malgré ses ressources, l’Argentine est devenue exportatrice nette. Pour un pays étranglé depuis cinquante ans par le manque de devises et l’inflation chronique, ce flux structurel de dollars pétroliers constitue la condition même du retour à la stabilité monétaire et de la sortie du cycle inflationniste hérité du péronisme.

Le suicide énergétique européen

Cette réussite argentine devrait nous faire réfléchir. Car pendant que Buenos Aires renoue avec la prospérité par la liberté économique, l’Union européenne s’obstine dans la direction exactement inverse. La Commission européenne, qui pendant soixante-cinq ans avait fait de l’énergie abondante et bon marché la condition de l’élévation du niveau de vie, en est venue à organiser méthodiquement la pénurie. Le commissaire à l’Énergie Dan Jørgensen suggère désormais aux Européens de prendre les transports en commun pour résoudre la crise du détroit d’Ormuz. Jean-Marc Jancovici sillonne les plateaux pour annoncer un monde sans pétrole et sans avions. La planification climatique a remplacé la planification soviétique dans les esprits, sans en corriger les défauts.

Or le monde réel n’a cure de Bruxelles-Strasbourg. Les États-Unis battent record sur record de production d’hydrocarbures. La Chine ouvre une centrale à charbon chaque mois. L’Inde, l’Indonésie, l’Afrique entière augmentent leur consommation de charbon. Le Guyana et le Suriname deviennent les nouveaux eldorados pétroliers, tandis que la loi Hulot interdit l’exploration dans la voisine Guyane française. Les énergies fossiles représentent toujours 87 % de l’énergie primaire mondiale ; l’éolien et le solaire péniblement 3 %. Malgré une trentaine de COP successives, les émissions mondiales de CO₂ ont augmenté de 66 % depuis la première conférence climatique.

L’expérience argentine confirme ce que tous les libéraux savent depuis Bastiat : on ne crée pas la richesse par le décret, on la libère par le droit. On ne décarbone pas une économie en l’asphyxiant, on l’enrichit en l’ouvrant. Et l’on ne sauve pas une civilisation en la culpabilisant, on la sert en lui rendant l’énergie qu’on lui a confisquée.

Vaca Muerta ressuscite. Espérons que l’UE en fera autant – avant qu’elle ne mérite, elle aussi, son surnom de « vache morte ».

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