L’industrie allemande qui est au cœur du modèle économique du pays se trouve dans une impasse. Elle doit surmonter des objectifs contradictoires qui consistent à retrouver une compétitivité perdue et dans le même temps décarboner ses processus de production.
La seule solution pour un certain nombre de filières qu’il n’est pas possible d’électrifier comme le ciment, l’acier, la chimie… passe par la capture et le stockage du carbone émis.
Le gouvernement allemand a doté le pays d’une nouvelle législation facilitant le développement et va consacrer 5 milliards d’euros pour compenser le déficit de compétitivité qu’elle va créer.
C’est une technologie tout à la fois décriée et considérée comme un outil essentiel pour décarboner les économies, y compris par le GIEC. Il s’agit de la capture du carbone… Elle est juée par ses nombreux opposants, surtout en Europe, à la fois comme une technologie inefficace, coûteuse et illusoire et plus encore comme un moyen pour les grands émetteurs industriels de gaz à effet de serre de ne pas faire les efforts et les mutations nécessaires. De l’autre côté, ingénieurs et industriels expliquent qu’il n’est tout simplement pas possible de produire à une échelle et à des coûts acceptables et sans émettre des gaz à effet de serre des matériaux aussi essentiels à l’humanité que le ciment ou l’acier.
La capture du CO2 recouvre en fait deux procédés de nature très différente, à savoir la capture et le stockage lors de processus industriels (CCS ou Carbon Capture and Storage) et la capture dite directe dans l’atmosphère (DAC ou Direct Air Capture). Le CCS comme son nom l’indique capte dans les usines (cimenteries, hauts fourneaux, raffineries, centrales…) le carbone émis par la combustion des énergies fossiles ou par les procédés industriels avant qu’il ne se répande dans l’atmosphère. Il existe également une variante du CCS dite CCUS (Carbon Capture, Utilisation and Storage) ; elle consiste à utiliser pour la fabrication de matériaux tout ou partie du carbone capturé lors des processus industriels.
Le DAC est d’une toute autre nature. Il consiste à extraire le CO2 déjà présent dans l’air via de « grands ventilateurs » et des procédés chimiques. Ce CO2 dans l’atmosphère est par nature très diffus – 430 parties par million, environ 0,04 % –, ce qui rend cette technique à la fois énergivore, coûteuse et aujourd’hui uniquement expérimentale.
L’Allemagne a fait un virage à 180 degrés en faveur de la capture du CO2
Même si le CCS en est à ses balbutiements c’est une technologie bien plus mature. D’ailleurs, l’Allemagne, berceau de l’idéologie écologiste contemporaine, qui a longtemps été un farouche adversaire de la capture du carbone et de sa séquestration à la suite de processus industriels, vient de se raviser très récemment. Comme elle l’a fait d’ailleurs sur l’énergie nucléaire qui n’est plus considérée à Berlin comme le mal absolu.
Pour en revenir à la capture du CO2, l’Allemagne a longtemps abordé la problématique comme tous les autres pays européens avec une extrême prudence… et en repoussant sans cesse les décisions. La capture du carbone est restée prisonnière de débats interminables sur la fiabilité et les dangers du stockage, les responsabilités, l’acceptabilité par le public, l’opposition des écologistes et sur le risque que le soutien à cette technologie puisse d’une façon ou d’une autre compromettre les ambitions climatiques.
Décarboner l’industrie lourde sans capture du CO2 est impossible
Pendant ce temps… la réalité industrielle ne s’est pas évaporée par magie. L’industrie lourde émet toujours d’énormes quantités de CO₂. Les aciéries ont toujours besoin de hauts fourneaux fonctionnant avec du coke. Les cimenteries rejétent toujours des émissions massives inévitables car résultant du procédé même de cristallisation du matériau. Et les industries chimiques dépendent toujours de processus de production à forte intensité carbone.
L’industrie allemande a tout de même fini par se poser la question incontournable : comment décarboner sans capture du carbone ? Et la réponse est : cela est aujourd’hui impossible.
L’Allemagne vient donc de lancer une initiative susceptible de redéfinir en profondeur la décarbonation industrielle en …