A la parution du Baromètre de l’économie Odoxa(1), les commentateurs se sont empressés de tirer la conclusion que « L’écologie est reléguée derrière le ticket de caisse »(2) : une interprétation biaisée qui montre à quel point c’est l’idéologie verte qui domine la politique énergétique. Il est donc temps de se débarrasser de certaines croyances pour revenir à la réalité et arrêter de faire culpabiliser les Français.
Dans une étude réalisée sur un échantillon de 1005 Français, le sondeur, d’une part retient comme principal résultat que « 6 Français sur 10 pensent qu’avec la crise, il faut mettre en pause les politiques environnementales » ; d’autre part, il souligne que les Français sont encore plus « pro-nucléaires » (toujours 1er avec 50% de citations, le nucléaire s’impose).
L‘interprétation générale du sondage étant que l’écologie est « reléguée derrière le ticket de caisse », ou pour reprendre l’expression consacrée : que le consommateur « fait passer la fin du mois avant la fin du monde ». On apprend également que « l’éolien a du plomb dans l’aile », car il n’arrive qu’en « 3ème position des énergies à privilégier » ; et cette solution souffre toujours du réflexe « NIMBY » (« not in may backyard », pas dans ma cour) : une majorité de Français ne veulent pas qu’une éolienne soit installée à côté de chez eux.
Si tout indique donc que les Français s’orientent vers des choix de politiques énergétiques à l’opposé de l’écologisme (nom qualifiant l’écologie politique), peut-on en déduire pour autant qu’ils sacrifient l’environnement pour garantir leurs intérêts économiques ?
Le nucléaire préserve l’environnement ET garantit la souveraineté économique
Après la transition énergétique française de la production électrique réalisée de 1976 à 1999 par des femmes et des hommes politiques qui avaient une certaine idée de l’intérêt général, le parc nucléaire français a assuré au public un service de l’électricité sans black-out. Les Anglais et les Espagnols ne peuvent pas en dire autant, ayant connu de spectaculaires pannes, respectivement le 9 août 2019 et le 28 avril 2025.
Depuis 45 ans, le parc nucléaire français a fourni plus de 70 % d’une électricité sûre, très bas-carbone (il n’y a pas plus bas), pilotable, économiquement rentable, tout en garantissant un développement durable avec une espérance de vie de 60 ans. Il a été construit par emprunt d’État remboursé sur le prix de l’électricité, toujours sous la moyenne européenne et deux fois moindre que celui de l’Allemagne.
En 2025, EDF a encore battu son record d’exportation d’électricité très bas carbone avec 92 TWh fournis à nos voisins, aux Allemands notamment.
Aujourd’hui, avec la guerre en Iran, on s’interroge sur nos stocks de 3 mois de gaz pour l’hiver et de carburant à court terme. Notre stock d’uranium enrichi pour faire tourner nos centrales nucléaires françaises garantit deux ans de fonctionnement. Le nucléaire assure la souveraineté énergétique à long terme.
A contrario, on constate que les ENRi ont un impact environnemental considérable, pour un coût faramineux et un rendement dérisoire. Il suffit de se pencher sur le cas de l’éolien offshore qui impose des arrêtés préfectoraux et des autorisations au regard des espèces protégées d’oiseaux et de mammifères marins (3), des dérogations à l’interdiction de leur éventuelle destruction.
Et d’après la Commission européenne (4), le tarif de rachat de l’électricité de tous les parcs éoliens offshore français (131 et 155€/MWh) dépasse celui de l’EPR de Flamanville 3 (110 et 120€/MWh).
Ceux qui ne seraient pas convaincus devraient se pencher sur l’Energiewende – la transition énergétique allemande. Aujourd’hui, avec 3,5 fois plus d’ENRi installés que la France et après avoir arrêté son nucléaire, elle émet toujours 10 fois plus de CO2 que la France. En 2025 elle a importé 11 TWh d’électricité française très bas carbone, l’équivalent de 1,4 réacteur nucléaire français. La seule solution qui lui reste consisterait à remplacer ses centrales à charbon à 1050g CO2/kWh par des centrales au gaz à 418g CO2/kWh. Au regard de la crise du gaz de 2022 lors du début de la guerre en Ukraine et aujourd’hui avec la guerre en Iran, l’Allemagne est dans l’impasse… Tout cela pour une facture multipliée par trois.
Abandonner l’écologisme pour privilégier une véritable politique scientifique
C’est sans aucun doute la réalité économique (la facture d’électricité) qui a fini par avoir raison de l’influence de l’idéologie écologiste sur les Français. Celle-ci manipule la politique énergétique depuis de nombreuses années et a embrouillé l’opinion des citoyens, ainsi que celle des décideurs.
Une bonne politique scientifique aurait permis d’éviter tous ces allers-retours avec des élus de gauche, de droite, des extrêmes et du centre qui n’ont eu pour seule boussole que l’idéologie verte et ses injonctions accusatrices menant le pays à la décroissance.
C’est ainsi que l’on a vu un président de la République, adepte de la version marketing politique du « en même temps », commencer son mandat en étant « contre » le nucléaire, et le finir en étant « pour ». Au passage, ce moment d’hésitation a eu pour conséquence catastrophique la fermeture de Fessenheim, une centrale sûre et en parfait état de marche. S’il n’avait pas été sous l’influence de l’idéologie verte décroissante, il aurait pu faire un usage rationaliste du en « même temps » en rappelant que le nucléaire est une solution vertueuse pour l’environnement ET pour l’humanité. Il est donc impératif de se débarrasser de l’idéologie pour servir l’intérêt général au lieu de se plier au diktat de l’idéologie allemande (5).
Concrètement, lorsqu’il s’agit de choisir entre deux sources d’énergie, la question n’est pas de déterminer laquelle est la plus naturelle ou la plus innovante, mais laquelle optimise notre « libre responsabilité ». Or il apparait clairement que si l’on compare le nucléaire et les ENRi (éolien et solaire photovoltaïque), par exemple, on se rend compte que le premier nous rend davantage libre et responsable que le second (6).
Il est donc insensé de déduire que les Français se soucient moins de l’environnement quand ils préfèrent le nucléaire à l’éolien. Aussi, il pourrait être utile, pour marquer les esprits une bonne fois pour toutes, de faire le procès de ceux qui – issus de tous les bords politiques – ont voulu mettre à terre ce joyau qu’est notre filière nucléaire… On pourrait rappeler notamment que le favori des sondages, Edouard Philippe, s’est félicité d’avoir fermé Fessenheim et que, dans un débat récent avec David Lisnard, il a tenu des propos à faire pâlir un militant EELV (7)… Et si l’on jouait cartes sur table lors d’un Fessenheim de l’écologisme ?
(1) https://www.odoxa.fr/wp-content/uploads/2026/05/Odoxa-Barometre-de-leconomie-Mai-2026.pdf
(3) Page 12 paragraphe 2.2 de l’arrêté préfectoral du parc éolien offshore de Dunkerque https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-45700-arrete-prefectoral-14-fevrier-2025.pdf
(4) Page 6/25 de la version publique du rapport référencé « C(2019) 5498 final » de la commission européenne du 26/07/2019 https://ec.europa.eu/competition/state_aid/cases1/201933/269222_2088484_174_2.pdf
(5) Christian Semperes, « Le mea-culpa allemand sur le nucléaire vient quand le mal est fait » https://www.europeanscientist.com/fr/opinion/le-mea-culpa-allemand-sur-le-nucleaire-vient-quand-le-mal-est-fait-c-semperes-entretien/
(6) Jean-Paul Oury, De Gaïa à l’IA (VA éditions, 2024)