Climatisation : les services publics à la ramasse

« C’est un véritable scandale » pour Olivier Terrien, secrétaire général CGT :

Seulement la moitié du futur CHU de Nantes, opérationnel dès 2028 et présenté comme ultramoderne, sera équipée en climatisation. Même constat pour Benjamin Rossi, chef du service de médecine interne à l’hôpital Robert-Ballanger (Villepinte) :

« L’été, des gens peuvent mourir de chaud à l’hôpital. C’est hallucinant ».

L’absence de climatisation dans de nombreux hôpitaux représente « une perte de chance pour les patients » témoigne Mathias Wargon, chef des urgences de l’hôpital Delafontaine (Saint-Denis).

S’il n’existe pas de recensement officiel du taux d’équipement en climatisation bâtiment par bâtiment, il est possible de trouver des chiffres à partir, notamment, de certaines propositions de loi.

Dans celle portant sur l’obligation de climatisation des espaces publics prioritaires par exemple, soutenue par le groupe UDR, on apprend que l’immense majorité des hôpitaux seraient dépourvus de climatisation dans les chambres des patients et les services de médecine générale. Entre 60 et 80 % des EHPAD n’en disposeraient pas non plus. Quant aux écoles, elles seraient 7 % à avoir une climatisation fonctionnelle. Des chiffres à prendre avec des pincettes, mais qui vont dans le sens des témoignages des professionnels et des données de la DREES, le service statistique du ministère de la Santé : 58,5 % des constructions des établissements de santé étaient considérés vétustes en 2023.

La situation est d’autant plus inquiétante que la France n’est pas un pays pauvre. Les prélèvements obligatoires figurent parmi les plus élevés du monde développé et les dépenses de santé atteignent 11,4 % du PIB. Pourtant, lors des épisodes de canicule, des patients sont hospitalisés dans des chambres surchauffées, des résidents d’EHPAD passent leurs journées dans des bâtiments mal adaptés et des élèves suivent leurs cours dans des salles où la température dépasse parfois les 30 degrés.

Dans le privé, un tel retard serait considéré comme un problème de gestion ; dans le public, il est presque perçu comme une fatalité.

La climatisation n’est ni un luxe, ni un caprice de consommateur. Dans les lieux accueillant des personnes âgées, des malades ou des enfants, elle relève de la sécurité élémentaire.

Les administrations sont capables de multiplier des normes, des rapports que personne ne lit et des plans d’action climat, mais peinent à assurer des conditions d’accueil acceptables pendant des périodes de vagues de chaleur prévisibles. Car lorsque des hôpitaux ultramodernes sont construits sans climatisation suffisante et que des établissements accueillant des personnes fragiles se transforment en étuves chaque été, on peut se demander si le problème relève vraiment des moyens financiers… ou de leur utilisation.

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