(Par Lorenzo Delpech dans Contrepoints du 23/6/26)
L’ampleur de la crise automobile allemande est majeure : selon les dernières estimations de l’Union de l’industrie automobile allemande (Verband der Automobilindustrie, VDA), le secteur pourrait perdre environ 225 000 emplois entre 2019 et 2035 (dont près de 100 000 emplois déjà disparus depuis 2019 et environ 125 000 supplémentaires menacés d’ici 2035 si les conditions actuelles persistent).
Cette baisse serait plus forte que prévue, avec environ 35 000 emplois détruits supplémentaires aux projections réalisées en 2024. La transition des voitures vers l’électrique coûte ainsi cher à l’emploi, ces véhicules nécessitant moins de composants et moins de main-d’œuvre qu’une voiture thermique. La structure industrielle se contracte mécaniquement, en particulier chez les fournisseurs et sous-traitants.
Cette transition n’est toutefois pas une évolution voulue par le marché. La VDA souligne l’effet direct des politiques européennes de réduction des émissions de CO2, notamment d’ici 2035. Selon l’organisation, cette mesure mettrait à elle seule environ 50 000 emplois en danger en Allemagne.
Dans un scénario plus flexible intégrant davantage de véhicules hybrides rechargeables, de prolongateurs d’autonomie et de moteurs à combustion interne au sein de la production allemande, environ 50 000 emplois pourraient être préservés, et la baisse totale limitée à environ 75 000 postes dans cette seule composante réglementaire.
Mais la VDA insiste également sur la compétitivité du tissu industriel allemand. L’organisation observe que les nouveaux emplois liés à la transformation numérique et énergétique ne sont plus suffisamment créés en Allemagne, mais de plus en plus à l’étranger. La présidente de la VDA, Hildegard Müller, explique :
« Cette tendance est préoccupante et montre que l’Allemagne fait face à une crise persistante et grave en tant que lieu d’implantation des entreprises. Les conditions de production en Allemagne se détériorent. Taxes et prélèvements élevés, énergie coûteuse, coûts de main-d’œuvre élevés, bureaucratie excessive – la liste des défis est longue. La conséquence est que, pour des raisons économiques, les entreprises sont malheureusement trop souvent contraintes de ne pas choisir l’Allemagne. »
Enfin, la VDA alerte sur les conséquences macroéconomiques de cette évolution, estimant qu’une telle contraction de l’industrie automobile pourrait affecter durablement la prospérité du pays. Elle appelle donc à une révision des cadres réglementaires européens et à une stratégie d’« ouverture technologique » afin de limiter l’ampleur de la transformation et de préserver une partie des emplois industriels en Allemagne.
Alors qu’elle vient à peine de sortir de deux années consécutives de récession, l’Allemagne a beaucoup de mal à surmonter ses difficultés économiques, notamment dans l’industrie automobile. Alors qu’elle était un exemple il y a seulement quelques années, elle semble aujourd’hui prise au piège de l’éco-socialisme.