(Par Laurent Desforêts
DPE 2027 – Le changement concerne avant tout les logements chauffés à l’électricité. Il ne repose pas sur des travaux réalisés dans les habitations, mais sur une révision du coefficient utilisé pour convertir l’électricité consommée en énergie primaire dans l’évaluation du DPE.
L’enjeu est majeur pour les propriétaires, les locataires et le marché locatif, alors que les restrictions de location se renforcent progressivement pour les logements les moins bien notés.
Un coefficient électrique abaissé à 1,7
L’arrêté du 19 août, publié au Journal officiel le 26 août, prévoit d’abaisser de 1,9 à 1,7 le facteur de conversion appliqué à l’électricité dans le calcul du DPE et des audits énergétiques. La mesure entrera en vigueur le 1er janvier 2027.
Concrètement, le DPE prendra désormais en compte 1,7 kilowattheure d’énergie primaire pour 1 kilowattheure d’électricité finale consommée dans un logement, contre 1,9 aujourd’hui. L’énergie primaire correspond à l’énergie nécessaire à la production et à l’acheminement de l’énergie utilisée par l’occupant.
Cette évolution prolonge une première révision entrée en vigueur le 1er janvier 2026, qui avait déjà fait passer ce coefficient de 2,3 à 1,9. Le gouvernement entend ainsi réduire l’écart historique de traitement entre les logements électriques et ceux alimentés au gaz ou au fioul, selon Les Échos.
Jusqu’à 125.000 logements locatifs concernés
Selon l’étude d’impact citée par les médias ayant eu accès au texte, la réforme fera sortir environ 300.000 résidences principales des classes F et G. Parmi elles, près de 125.000 logements appartiennent au parc locatif privé.
Pour les propriétaires bailleurs, le reclassement peut avoir des effets réglementaires directs. Depuis le 1er janvier 2025, les logements classés G sont considérés comme non décents et ne peuvent plus être proposés à la relocation. Les logements classés F doivent, eux, être concernés par cette interdiction à partir de 2028.
Les logements qui bénéficieront du nouveau calcul pourront donc, selon leur nouvelle étiquette, échapper à certaines contraintes attachées aux catégories F et G, notamment au gel des loyers. Toutefois, cette révision ne modifie ni l’isolation du bien, ni ses équipements, ni ses besoins réels de chauffage, selon Franceinfo.
Une mesure saluée pour l’électrification
Les partisans de la réforme y voient une correction méthodologique. Le précédent coefficient appliqué à l’électricité était jugé pénalisant pour certains logements électriques, y compris lorsqu’ils affichaient une consommation finale comparable à celle d’un logement chauffé au gaz.
La Fédération des industries électriques et numériques considère ainsi cette évolution comme une « avancée positive ». L’argument est également climatique et énergétique : une meilleure prise en compte de l’électricité pourrait faciliter le remplacement d’équipements fossiles par des solutions électriques, notamment les pompes à chaleur.
Pour le gouvernement, la mesure participe d’un objectif de « soutenir l’électrification des usages ». Elle s’inscrit dans une politique visant à diminuer le recours direct aux énergies fossiles dans les bâtiments, secteur central dans les émissions liées au logement.
Des réserves sur la qualité réelle des logements
La réforme suscite néanmoins des réserves chez des associations et des professionnels de la rénovation énergétique. Leur principale inquiétude porte sur l’écart possible entre l’amélioration administrative d’une note et les conditions réelles d’habitat.
Le collectif Rénovons estime que le changement de coefficient risque de réduire l’incitation à engager des travaux dans des logements qui restent insuffisamment isolés. Son coordinateur, Damien Barbosa, critique une réforme qui, selon lui, ne rend pas automatiquement les logements plus confortables ni moins coûteux à chauffer.
D’autres acteurs défendent une position plus nuancée. Ils reconnaissent l’intérêt de corriger le désavantage du chauffage électrique dans le DPE, tout en appelant à préserver les exigences de rénovation. La question du confort d’été, de la qualité de l’isolation et de la maîtrise des factures demeure ainsi au cœur des débats sur l’évolution future du diagnostic.