« Nous sommes victimes de l’incompétence et aussi du mensonge »

Un entretien avec Xavier Moreno, ancien haut fonctionnaire au ministère des Finances ; il a ensuite été chez Sanofi et Suez avant d’être l’un des fondateurs de la société d’investissement Astorg. Il est le président du Cérémé (Cercle d’étude réalités écologiques et mix énergétique) qui est actionnaire de la société éditrice de Transitions & Énergies. Propos recueillis par Éric Leser. Article paru dans le numéro 30 du magazine Transitions & Energies.

–T&E : La politique énergétique menée par le pays depuis de nombreuses d’années est catastrophique. Elle est extrêmement coûteuse et se traduit par une envolée des prix de l’énergie et une perte de souveraineté. Nous privilégions les renouvelables intermittents lourdement subventionnés qui produisent une électricité dont nous n’avons nul besoin. Même les pays à l’origine de cette politique, à commencer par l’Allemagne, en reviennent. Mais nous persévérons. Comment expliquer le fait que la PPE3 (Programmation pluriannuelle de l’énergie version 3) soit passée en force et qu’il y ait une volonté de lancer coûte que coûte les appels d’offres sur les projets éoliens marins avant la présidentielle de 2027 ?

-X.M. : Cette politique énergétique est dictée par quatre forces toutes aussi néfastes les unes que les autres. La première, c’est l’incompétence jusqu’au plus haut niveau de l’État. Tous les Français savent que laisser la nuit toutes les lumières allumées augmente leur facture d’électricité. Que brancher un radiateur d’appoint en même temps que le four et la machine à laver, cela peut faire sauter les plombs. Mais nos dirigeants ne font pas la différence entre l’essentiel, empêcher que les plombs sautent à l’échelle du pays, et l’accessoire, c’est-à-dire la quantité totale d’électricité produite.

Il est évident pour tous les spécialistes que pour éviter la catastrophe d’un black-out, il faut équilibrer à chaque minute la puissance électrique produite et celle dont on a besoin. Ce qui est ignoré par nos dirigeants. C’est pourtant la seule chose dont ils devraient se préoccuper. À savoir que la France dispose de centrales électriques pilotables dont la production se commande indépendamment du vent et du soleil. Or, nos dirigeants ne parlent que de production annuelle. Pour prendre une image, ils regardent l’eau dans la baignoire alors que le sujet, c’est la pression qui sort du robinet.

Ils se glorifient de voir augmenter la quantité d’électricité produite par le vent ou par le soleil sans comprendre qu’elle ne sert à rien pour empêcher un black-out, qu’elle est inutile pour le climat et qu’elle ruine les Français.

Donc, le premier problème que j’ai constaté à de très hauts niveaux, c’est l’incompétence. Nous sommes victimes de l’incompétence et aussi du mensonge. Quand le président de la République dit pour tenter de justifier son arrêt que Fessenheim était une centrale qui était très vieille et ne pouvait plus fonctionner, c’est totalement faux.

Le second facteur, c’est l’idéologie. Le mouvement antinucléaire en est à l’origine. Il est devenu un marqueur de la bien-pensance écologique. Avec une myopie complète sur un changement majeur : le fait que le risque aujourd’hui pour la planète, c’est le réchauffement du climat et pas les risques liés au nucléaire civil qui sont de mieux en mieux contrôlés. Mais l’idéologie empêche de voir qu’en Allemagne, on a remplacé le nucléaire par le gaz et le charbon, temporairement relayés quand il y a du vent et du soleil par l’électricité de ces sources intermittentes. Einstein disait :

« Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé. »

Il avait amplement raison.

Le troisième facteur, essentiel, est l’intérêt financier de ceux qui s’enrichissent avec les énergies éoliennes et photovoltaïques. Ce sont des acteurs privés qui engrangent des sommes colossales prélevées sur le consommateur et le contribuable. C’est même plus compliqué que cela parce qu’il y a des retombées. Des agriculteurs qui ont des hangars subventionnés par des panneaux photovoltaïques et ne sont pas des gens très privilégiés en profitent aussi.

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