La trahison de la gauche

(Republié depuis Palingenesie du 5/8/23)

La production des biens et services dans une économie moderne repose sur les facteurs travail et capital. En démocratie, les intérêts de ces deux piliers économiques sont en principe représentés sur le plan politique, la gauche et la droite alternant au pouvoir en fonction des circonstances. La gauche américaine, fait valoir Robert Zubrin dans Merchants of Despair, a ainsi eu l’immense mérite d’avoir cherché à améliorer la condition humaine et d’avoir lutté pour l’indépendance et la constitution, contre l’esclavage et le travail des enfants, pour la journée des huit heures, pour le salaire minimum, pour la protection du travail dans les mines et les usines, pour l’école publique, pour l’électrification des campagnes, pour le droit de former un syndicat. Certes, elle n’est pas irréprochable, ajoute-t-il, son long et honteux aveuglement à l’égard du communisme soviétique et l’inadéquation de nombre de ses prescriptions en matière économique en font preuve.

Mais, s’il est un courant de pensée auquel la gauche américaine s’opposa farouchement, c’est le malthusianisme en ce qu’elle y voyait une doctrine raciste et réactionnaire s’inscrivant en déni des justes aspirations des travailleurs. Il en fut ainsi jusqu’à ce que Les Raisins de la colère, le roman de John Steinbeck publié en 1939, cessa d’être sa bible et fut remplacé en tant que telle par The Population Bomb, l’essai de Paul Ehrlich publié en 1969, financé et promu par le Sierra Club dont il fut déjà question ici. D’emblée, Ehrlich y déclara que la lutte pour nourrir l’humanité était perdue d’avance et prédit que des centaines de millions de personnes mourraient inévitablement de famine dans les années 1970 et 1980.

Démographie et environnement

La liberté ne serait plus de mise.

« Nos enfants hériteront d’un monde complètement différent dans lequel les normes, les politiques et les systèmes économiques de la dernière décennie sont révolus. »

Nous devons d’urgence mettre en place des mesures coercitives partout dans le monde, préconisait-il, pour limiter l’explosion démographique, et changer de mode de vie afin de réduire notre impact sur les ressources et l’environnement. Après le bannissement de l’usage du DDT en 1972, manquait à ce courant néo-malthusien une cible de ralliement capable de générer l’hystérie collective : ce fut l’industrie nucléaire civile. Dans un livre publié en 1971, How to be a survivor, Ehrlich et Richard Harriman écrivirent :

« Sauf circonstances particulières, toute construction d’installations de production d’électricité devrait cesser immédiatement. L’électricité est beaucoup trop bon marché. Il faudrait certainement la rendre plus chère et peut-être la rationner afin de réduire son utilisation frivole. »

Si vous doutiez encore du lien malthusien entre l’eugénisme et l’écologisme, il ne pourrait être mieux mis en évidence.

« L’énergie est la ressource physique la plus fondamentale, souligne Zubrin. Avec suffisamment d’énergie, on peut faire n’importe quoi. Sans elle, on ne peut rien faire. En plaidant pour des « limites à la croissance«  [le titre du rapport du Club de Rome, ndlr], les malthusiens finissent toujours inévitablement par pointer du doigt l’énergie. Il n’y a pas de place pour tout le monde, disent-ils, et il faut donc écraser les aspirations humaines. Peu importe que l’on manque d’énergie, proclament-ils, les habitants des pays avancés doivent accepter des niveaux de vie plus bas et les nations pauvres doivent rester pauvres pour toujours. »

Mais, comme le relève ce docteur en ingénierie nucléaire qu’est Zubrin, l’énergie nucléaire bouleverse la donne et invalide toute cette argumentation visant à brider l’humanité.

En 2010, les ressources fossiles étaient supposées pouvoir alimenter le globe en énergie pendant 80 ans à consommation constante. Ajoutez-y un demi-siècle avec la fission nucléaire à base d’uranium sans recyclage. Par contraste, nos réserves d’uranium et de thorium connues à l’époque permettaient d’envisager d’alimenter le globe en énergie pendant plus de 16.000 ans par la fission nucléaire avec recyclage. Cela autorisait à voir venir, en l’occurrence la fusion nucléaire qui, une fois maîtrisée, laisserait entrevoir d’alimenter le globe pendant plusieurs milliards d’années… plus longtemps que notre galaxie n’est, dans l’état actuel de nos connaissances, censée encore exister.

Sur la route de la servitude

A ceux qui persistent à parler de la finitude de nos ressources, Zubrin répond :

« Il ne doit pas y avoir de limites aux aspirations humaines, car, fondamentalement, nos moyens ne viennent pas de la Terre, mais de nous-mêmes. Nous sommes la ressource ultime. »

Nous l’affirmions dès le premier article de cette série : l’auteur de Merchants of Despair est l’antidote au mal qu’il décrit. Il insiste toutefois sur une condition sine qua non pour que la condition humaine continue à s’améliorer : que l’ingéniosité humaine ait libre cours et que le développement technologique se poursuive. Cela vaut tant pour l’énergie que, par exemple, pour les cultures génétiquement modifiées que les écologistes ont en sainte horreur mais qu’il faut bien considérer comme un bienfait pour l’humanité comparable aux antibiotiques et à l’électricité, en particulier en ce qui concerne les populations du tiers-monde.

C’est dans cette perspective qu’il faut voir dans le Vorsorgeprinzip (le principe de précaution) une idée antihumaniste pernicieuse, en ce qu’elle vise à rendre tout progrès technologique virtuellement impossible ou, en tout cas, à l’étouffer sous une bureaucratie tyrannique.

C’est aussi le contexte dans lequel il faut comprendre que ceux qui sont en faveur d’un rôle toujours plus important de l’État dans l’économie se sont emparés de la théorie du changement climatique d’origine humaine : réduire les émissions de gaz à effet de serre implique nécessairement une extension massive des pouvoirs des gouvernements et institutions supra-gouvernementales.

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(Cet article a paru dans l’hebdo satirique PAN n° 4098 du mercredi 26 juillet 2023.)

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