Le manque grandissant d’ingénieurs et de techniciens qualifiés rend presque impossible les objectifs de réindustrialisation et de rapatriement en France et en Europe des productions des équipements indispensables à la transition énergétique. Un problème qui ne peut que continuer à s’aggraver et explique, entre autres, les errements du chantier de l’EPR de Flamanville ou même la faillite de Northvolt, qui devait être le géant européen de la batterie.
Le projet le plus ambitieux pour créer en Europe un géant des batteries capable de lutter contre les groupes chinois, celui de la start-up suédoise Northvolt AB, a tourné à la catastrophe. Il s’est conclu en mars dernier par une faillite retentissante. On est très loin des rodomontades des politiques qui nous promettaient un Airbus de la batterie… La chute de Northvolt vient notamment du fait que l’entreprise a été incapable d’honorer ses contrats. Cela a conduit, par exemple, BMW à annuler une commande de 2 milliards d’euros. En difficultés croissantes, Northvolt a lancé des appels répétés à ses investisseurs pour obtenir plus de liquidités et a fini par faire fuir ses créanciers.
L’origine de l’effondrement de Northvolt est bien identifiée : l’impossibilité de produire suffisamment de batteries faute de pouvoir recruter en nombre suffisant les ingénieurs et les techniciens hautement qualifiés dont elle avait absolument besoin. Un épisode illustre parfaitement cette situation. L’an dernier un groupe important d’ingénieurs et de techniciens chinois s’est rendu dans la ville suédoise de Skellefteå installer des machines de production pour Northvolt. Comme l’avait alors déclaré un ingénieur de Northvolt au Financial Times,
« ils sont tout simplement meilleurs. Nous sommes en retard … ».
On connait la suite…
Les postes ne sont plus pourvus
Et ce n’est pas une question d’argent. Northvolt avait réussi à lever plus de 13 milliards de dollars de capitaux.
« Le fiasco de Northvolt est un exemple classique d’une idée géniale, mais qui échoue à cause de la disponibilité de la main-d’œuvre », explique à l’agence Bloomberg Bas Sudmeijer, directeur général du Boston Consulting Group.
Il s’agit bien d’un exemple extrême, mais il révèle une réalité inquiétante. La main-d’œuvre vieillissante en Europe n’est plus en mesure de répondre aux nécessités de la réindustrialisation du vieux continent et de la transition énergétique. C’est un problème qui affecte d’ailleurs l’ensemble des pays développés. Les États-Unis ne parviennent pas à pourvoir un tiers des 400.000 postes d’ingénieurs créés chaque année. Au Royaume-Uni, 20% des ingénieurs prendront leur retraite d’ici …
