La Chine : pas si vertueuse qu’on le prétend

La Chine est souvent présentée comme la vitrine mondiale de l’électrification, la preuve que « c’est possible » de sortir des fossiles. Mais cette lecture se révèle trompeuse tant cette électrification repose surtout sur ce que nous sommes censés abandonner: le charbon.

Entre 2010 et 2024, la part de l’électricité dans la demande de charbon chinoise est passée de 45 % à 65 %. C’est simple: plus la Chine électrifie son économie, + elle brûle du charbon pour produire cette électricité.

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En Chine, électrifier ne signifie pas décarboner. Cela signifie déplacer la combustion. Le charbon n’est plus brûlé dans une multitude de sites industriels : il est concentré dans des centrales géantes, puis redistribué sous forme d’électrons. Le carbone n’a pas disparu : il a changé d’adresse.

On obtient des usines « électrifiées », mais sur une base énergétique toujours massivement fossile. La Chine n’a pas remplacé les fossiles par l’électricité ; elle a utilisé l’électricité pour mieux exploiter les fossiles.

Les secteurs les plus électrifiés ( acier, ciment, chimie, data centers, réseaux eux-mêmes ) demandent une électricité massive, continue et pilotable. Et aujourd’hui, le charbon est le seul moyen de garantir cette stabilité à grande échelle en Chine.

Il assure l’inertie du système, sécurise les pics de demande, compense l’intermittence et soutient l’industrialisation à marche forcée. Plus l’économie s’électrifie, et plus, paradoxalement, le charbon devient structurel…

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À chaque nouveau record d’installations solaires ou éoliennes, une partie des médias et du public occidental s’émerveille, la Chine montre que c’est possible ! Le charbon plafonne, le pic est atteint… L’histoire est belle, simple, rassurante. On parle d’ajouts de capacités renouvelables, jamais du socle sur lequel elles reposent. On célèbre les mégawatts verts, en taisant les térawattheures charbon.

Pour que l’histoire tienne, il faut tronquer la réalité : présenter un plateau du charbon comme un déclin, confondre électrification et décarbonation, et traiter la croissance explosive de la demande énergétique comme un détail secondaire. L’éléphant dans la pièce — King Coal — reste là, massif, central, indispensable, mais relégué hors champ.

Lorsque l’Europe cite la Chine comme preuve qu’une électrification rapide est possible, elle importe un modèle amputé de sa base réelle. La Chine électrifie vite parce qu’elle accepte le charbon, et admet la priorité industrielle sur l’orthodoxie climatique.

La baisse relative de la part du charbon en pourcentage donne l’illusion d’un recul. En volume absolu, c’est l’inverse : la consommation de charbon continue d’augmenter pour soutenir l’industrialisation, l’urbanisation et… l’électrification elle-même.

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Le taux d’électrification se définit comme la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie par rapport à l’énergie provenant des combustibles fossiles. Mais il ne dit rien de la source, du coût systémique, de son intensité carbone réelle, ni de la dépendance matérielle qu’elle implique. La Chine ne démontre pas que l’électrification permet de sortir des fossiles. Elle démontre, au contraire, qu’à grande échelle industrielle, l’électrification peut renforcer leur centralité.

Ignorer cette base matérielle, c’est confondre trajectoire énergétique et communication politique. Et tant que cette réalité ne sera pas regardée en face et comprise, le débat européen sur l’électrification restera incomplet, trompeur et dangereusement naïf…

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