Tête de série des surgénérateurs de la classe Superphénix, le PFBR ouvre aux Indiens l’avenir énergétique jadis promis aux Français

(Initialement publié dans Contrepoints du3/5/26)

L’élève aura mis du temps, mais, à force de persévérance, aura fini par dépasser le maître.

À la fin du siècle dernier, ce maître était la communauté scientifique et technicienne à laquelle la France doit un parc électronucléaire alors envié du monde entier, l’élève son homologue indienne ne jurant que par EDF-CEA-Framatome et s’essayant aux projets industriels français au pays de Gandhi. Nous étions à l’époque où la construction de surgénérateurs refroidis au sodium liquide, de type Superphénix et Phénix, tentait nombre de pays du monde développé – le BN-600 en Russie, le Monju au Japon, le LMFBR en Inde… – de même que celle des pilotes expérimentaux en Angleterre, en RFA ou en Italie.

Hélas, en quelques années, la vague verte Die Grünen emporta l’effervescence technoscientifique sur son passage, allant jusqu’à stopper le démarrage d’un prototype allemand de 300 MW tout juste achevé, le démanteler et le remplacer par un parc d’attractions ! Bien qu’interloquée, une Inde soudainement abandonnée en rase campagne pédagogique ne renonça pas pour autant à poursuivre le développement de son dernier Prototype Fast Breeder Reactor (PFBR) de 500 MW, un Réacteur à Neutrons Rapides (RNR) largement inspiré de Superphénix, tandis qu’une Russie et une Chine trop heureuses de se constituer une avance technologique irrattrapable sans coup férir mirent respectivement les bouchées doubles sur le BN-800 MW et le CEFR 25 MW, les États-Unis ne tardant pas à les imiter.

C’est donc ce PFBR de 500 MW électriques, un RNR surgénérateur d’un plutonium combustible – certains RNR ne sont qu’isogénérateurs, c’est-à-dire ne renouvelant que le plutonium consommé – que les exploitants indiens viennent d’amener à l’état critique, l’état de la chaudière nucléaire précédant sa montée en puissance (1).

Avant de développer toute considération sur la désastreuse politique énergétique française, il convient d’exposer les raisons pour lesquelles rien n’arrêtera plus les Indiens à amener ce surgénérateur à son exploitation industrielle à pleine puissance, quelles que puissent être les difficultés à surmonter. Ces raisons figurent clairement dans les quatre tableaux ci-après montrant les éléments de comparaison technico-économiques les plus cruciaux, entre les réacteurs PWR en circuit ouvert, la majorité des réacteurs actuellement en exploitation, les réacteurs PWR « moxés », les mêmes que les précédents également présents dans le parc national, mais dont le combustible uranium est enrichi en plutonium, et les RNR.

Les ressources raisonnablement assurées (Reasonably Assured Resources), ou RAR, dont il est question ci-dessus représentent 60 % des ressources en uranium exploitables identifiées de la planète, les 40 % restants étant des ressources supposées. Ce référentiel apparaît de la plus haute importance quand on prend conscience que, avec son considérable stock d’uranium appauvri en uranium 235, la France dispose déjà de ressources plus que raisonnablement assurées, c’est-à-dire directement exploitable par une filière RNR capable de donner au pays au moins un millénaire d’autonomie électrique (Cf tableau Éléments de comparaison -1).

Observons que, en 2007, la CRE estima à 27 milliards d’euros le nécessaire soutien de l’État aux 12 GW d’éolien supposés amener la part de notre production renouvelable à 21 % du total, avant 20 ans. Vingt ans plus tard, nous en sommes à 19 GW d’éolien et à certainement plus que les 43 milliards d’euros de soutien tirés d’une simple règle de trois, les comptent en attestent ; disons 50 milliards.

Or, avec ces 50 milliards, nous aurions pu théoriquement construire 10 surgénérateurs de type Superphénix, à 5 milliards d’euros 2026 l’unité tout au plus – foi du secrétaire d’État Christian Pierret devant la commission parlementaire de mai 1998 ! –, produisant annuellement de 7 à 8 TWh d’électricité chacun.

Dans un développement idéal de la politique énergétique Messmer, la plus inquiétante crise pétrolière de ces 50 dernières années atteindrait infiniment moins la France que la quasi-totalité de ses voisins. Reste que ces 50 milliards d’euros assureraient sans conteste le financement de 4 des 6 EPR2 dont la construction est réputée programmée, produisant chacun annuellement de l’ordre de 12 TWh d’électricité.

À ce propos, les Français ne doivent moins que jamais se laisser prendre au leurre brandi en toutes occasions par les préposés à la réclame d’une PPE3 réputée résolument réorientée vers le développement électronucléaire. Le fait que des pouvoirs publics sous surveillance bruxelloise étroite en soient toujours à chercher désespérément le financement de ces 6 EPR2, quand plusieurs centaines de milliards d’euros publics sont en voie de contractualisation sur 20 ans pour ce qui est des dotations éolienne et photovoltaïque, trahit le fait que le noyau dur de l’État profond écolo-socialiste auquel nous devons la politique énergétique menée depuis 30 ans n’a pas lâché le moins du monde les manettes de cette dernière.

Le plus dramatique dans tout ça est que ces éminences grises ont toujours pu compter sur les idiots utiles du pouvoir politique pour sanctuariser un fond de commerce à la fois idéologique et financier, y compris dans les situations techniques, industrielles ou économiques intenables. Ces dernières amènent généralement ces idiots utiles à faire n’importe quoi, comme décider de recomposer à l’emporte pièce budgétaire et à marche administrée forcée un parc automobile français voulu à dominante électrique à (très) brève échéance.

L’idée que la mise à disposition en tout point du territoire de la puissance électrique nécessaire à une telle mutation puisse rester longtemps un leurre désastreux pour l’activité économique et sociale du pays ne les effleure pas (2), ni même que la probabilité de brutales et périodiques indisponibilités électronucléaires causées par des interventions de maintenance générique de sûreté soit loin d’être négligeable.

Non monsieur Lecornu, les choses de la science, de la technique, de la technologie et de l’industrie ne permettent pas de procéder du jour au lendemain au transfert modal des usages énergétiques d’un pays. Elles l’auraient permis dans une certaine mesure en faveur de l’électricité si les 30 dernières années avaient été mise à profit pour doter notre pays d’au moins deux surgénérateurs, faire vivre sa filière de réacteurs nucléaires de dernière génération en lieu et place des EPR et adapter en conséquence sa distribution d’énergie électrique nationale ; cela, bien entendu, avec l’argent que les éoliennes n’auraient pas eu et avec celui des milliers de kilomètres de lignes électriques qu’il n’aurait pas été nécessaire de construire.


(1)  https://www.teamfrance-export.fr/infos-sectorielles/40579/40579-nucleaire-le-reacteur-a-neutrons-rapides-de-kalpakkam-en-inde-franchit-une-etape-cle

(2)  https://www.europeanscientist.com/fr/opinion/mobilite-electrique-des-lions-menes-par-des-anes/

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