Programmation pluriannuelle de l’énergie : le choix de ne pas choisir le nucléaire

La PPE3 a été adoptée par décret, dessinant la trajectoire énergétique de la France jusqu’en 2035. Force est de constater qu’elle ne marque pas de rupture franche avec les orientations passées. Sous couvert d’ambitions affichées décarbonation et réindustrialisation , elle prolonge surtout des arbitrages contestés, qu’il s’agisse de la faible place du nucléaire ou du développement des énergies renouvelables.

Après de longs mois d’attente, le Gouvernement a publié le texte de la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie, censée détailler la stratégie énergétique et le mix électrique de la France jusqu’en 2035. Craignant l’opposition du RN, qui dénonçait les risques d’augmentation du prix de l’énergie pour les Français, le Gouvernement l’a fait passer par décret et non par la loi, imposant aux forceps une stratégie énergétique qui ne rompt qu’à moitié avec la précédente.

La PPE2 s’inscrivait déjà dans une longue série de renoncements industriels et de choix politiques à courte vue, sacrifiant peu à peu notre atout stratégique majeur : le nucléaire. Comme nous l’avions déjà mentionné, grâce au plan Messmer, la France avait construit un parc capable de produire plus de 400 TWh dès 2005, contre à peine plus de 100 TWh dans les années 1980. Pourtant, en 2022, la production était retombée à 279 TWh.

Au lieu de préparer son renouvellement, les gouvernements successifs ont laissé s’installer une forme d’immobilisme, parfois même assumé publiquement. La PPE2 a aggravé la situation en actant l’objectif de réduire la part du nucléaire à 50 % du mix électrique – un chiffre sorti d’un compromis politique entre les Verts et le PS.

Le texte de la PPE3 se contente d’évacuer diplomatiquement les échecs de la précédente PPE, notant simplement qu’en matière de développement du nucléaire, « les objectifs de la PPE2 ne sont plus d’actualité »…

Le développement du nucléaire n’est pas assumé

Le scénario central de la PPE est riche d’enseignements. Tout d’abord, il prévoit une baisse de la consommation finale d’énergie (c’est-à-dire l’utilisation par le consommateur) entre 2023 et 2035, de 1 510 à 1 100 TWh. Entre 2012 et 2023, elle avait en France déjà diminué de 14,1 %, au rythme de 22 TWh par an, rythme que la nouvelle PPE souhaite doubler en précisant que seuls 50 TWh seront affectés à nos objectifs de réindustrialisation.

La production d’électricité décarbonée (les deux dernières centrales à charbon de Saint-Avold et Cordemais, 0,13 % de la production, fermeront en 2027) doit monter en puissance et atteindre entre 650 et 693 TWh, soit 38% de notre consommation finale d’énergie, contre 27% aujourd’hui.

Sur la base de ce dernier chiffre, la part du nucléaire dans le mix électrique devrait baisser de 65 à 57 % et celle du photovoltaïque, doubler pour atteindre 10% contre à peine 5 % en 2023. De même pour la part de l’éolien (sans nouveau parc d’éoliennes terrestres, c’est l’éolien en mer qui sera privilégié) qui devrait également doubler pendant la même période, de 10 à 21 % ;  la part de l’hydroélectricité descendrait, elle, de 11 à 8%[1].

Le coût de l’énergie augmente sans cesse

Si la PPE 3 consacre l’objectif de construction de six EPR de deuxième génération, elle ne grave pas dans le marbre celle de la deuxième tranche de huit autres EPR2 (déjà mentionnée dans le fameux discours de Belfort d’Emmanuel Macron).

Les coûts de la PPE3 pour le contribuable font l’objet de toutes les spéculations et dépendront du prix de l’électricité à long terme. Selon le calcul d’André Merlin, ancien président de RTE (réseau de transport d’électricité), le prix du mégawattheure devrait doubler d’ici 2030 pour atteindre 400 €.

Alors que, comme nous l’avions signalé précédemment, l’État continue de subventionner des panneaux solaires dont 97 % sont fabriqués en Chine et que le haut-commissaire à l’énergie atomique avait donné l’alerte sur le caractère économiquement insoutenable à long terme de la programmation, le Gouvernement a choisi de passer en force pour transmettre la patate chaude au futur locataire de l’Élysée, une clause de revoyure étant prévue en 2027…

Contrairement aux attentes soulevées depuis le discours de Belfort, l’énergie nucléaire n’est pas rentrée en grâce dans les plus hautes sphères de l’État, qui préfère se priver d’une énergie fiable et bon marché plutôt que de déplaire aux lobbys. Notons également, même si l’idée de s’extraire de la dépendance aux énergies fossiles est séduisante, que la France possède 9 ans de réserve de pétrole et 77 ans de réserves de gaz… dont l’exploitation, par fracturation hydraulique, demeure interdite. Une proposition de loi du sénateur Georges Patient a été adoptée au Sénat pour lever les contraintes en outre-mer, mais le Gouvernement s’y déclare opposé.

 


[1] Le reste du mix électrique est constitué des bioénergies et énergies fossiles.

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