Fos-sur-Mer : le projet de giga-usine de panneaux solaires « made in France » abandonné

Giga-usine de panneaux solaires à Fos-sur-Mer – Le projet emblématique, qui devait incarner la réindustrialisation verte et la « préférence européenne » en matière de photovoltaïque, est aujourd’hui abandonné, faute de visibilité sur un marché largement dominé par les importations asiatiques à bas coûts.

Cette décision met un coup d’arrêt brutal à l’une des initiatives industrielles les plus ambitieuses de la filière solaire française, qui misait sur une production annuelle de plusieurs gigawatts de cellules et de modules et sur la création de plus de 3000 emplois directs dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Elle interroge aussi la capacité de l’Union européenne à traduire en actes ses objectifs de souveraineté énergétique, malgré les dispositifs annoncés comme le Net Zero Industry Act et les politiques de soutien au « made in EU ».

Un projet XXL au cœur de la transition énergétique

Imaginée par la société industrielle française Carbon, la giga-usine devait s’implanter sur la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer, sur une emprise d’environ 45 à 60 hectares, pour produire à grande échelle plaquettes de silicium, cellules et panneaux photovoltaïques, selon le site Made in Marseille.

Les documents de présentation faisaient état d’un investissement global d’environ 1,5 milliard d’euros, avec un soutien public significatif de l’État et de la région, de l’ordre de plusieurs centaines de millions d’euros, dans le cadre du plan de réindustrialisation verte.

La capacité visée atteignait jusqu’à 5 GW de cellules et 3,5 GW de modules par an, soit l’équivalent de plusieurs millions de panneaux photovoltaïques, pour une montée en puissance prévue à partir de 2026–2027, selon les différentes versions du calendrier.

Emplois locaux et reconversion industrielle en suspens

Sur le territoire, les autorités locales avaient présenté Carbon comme un pivot de la reconversion de Fos-sur-Mer, longtemps associée à la sidérurgie et à la pétrochimie lourde, le site de Fos-sur-Mer.

La commune évoquait la création de 3000 emplois directs, jusqu’à 9000 emplois indirects, et un effet d’entraînement pour un écosystème de sous-traitants et de services, au moment où la décarbonation de l’industrie devient un impératif stratégique.

Les syndicats voyaient dans le projet une opportunité rare d’ancrer une filière solaire complète en France, de la cellule au module, en évitant que la transition énergétique se résume à importer des équipements fabriqués hors d’Europe.

Une « préférence européenne » jugée insuffisante par les industriels

Pour Carbon, l’abandon du projet s’explique d’abord par l’absence de « visibilité » sur le marché européen, malgré le discours politique en faveur d’une « préférence européenne » pour les panneaux solaires, selon Boursorama. 

Depuis plusieurs années, Bruxelles et Paris affichent l’objectif de couvrir au moins 40% des besoins européens en panneaux solaires par une production « made in EU » d’ici 2030, notamment via le Net Zero Industry Act et des dispositifs nationaux comme le Pacte solaire français.

Dans les faits, les développeurs dénoncent des appels d’offres centrés sur le prix, dans lesquels les modules importés de Chine, souvent subventionnés et beaucoup moins chers, restent largement favorisés, rendant difficile la compétitivité d’usines européennes intensives en capital.

Le gouvernement défend ses instruments, Bruxelles sous pression

Du côté du gouvernement français, on rappelle que des outils existent déjà pour encourager la production européenne, avec des mécanismes de bonification, des critères environnementaux et des enveloppes d’investissements publics dédiées au solaire.

Le Pacte solaire prévoit ainsi près de 20 milliards d’euros mobilisés pour accélérer la filière, en intégrant l’origine européenne des panneaux dans les politiques d’achat public et les appels d’offres, afin d’orienter la demande vers les productions locales.

À Bruxelles, la Commission met en avant le cadre commun fixé par le Net Zero Industry Act, mais les industriels jugent ces signaux tardifs et encore trop fragmentés pour sécuriser, sur quinze à vingt ans, des investissements de plusieurs milliards comme ceux envisagés à Fos-sur-Mer.

Une filière française en quête de modèle économique

L’échec de Carbon à Fos-sur-Mer alimente le débat sur le modèle économique d’une filière solaire française, prise en étau entre l’urgence climatique, la volonté de souveraineté industrielle et la concurrence chinoise.

Certaines voix au sein du secteur plaident pour aller plus loin dans la prise en compte du bilan carbone, des critères sociaux et de la sécurité d’approvisionnement dans les règles des marchés publics, pour donner un avantage structurel aux panneaux produits en Europe.

D’autres mettent en garde contre le risque que la transition énergétique se fasse sans base industrielle locale, si les annonces sur la « préférence européenne » ne se traduisent pas rapidement en contrats garantis et en prix stables pour les fabricants.

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