(Par Valentin Solier dans Epoch Times du 17/6/26)
Dans les eaux cristallines au large des côtes kényanes, les récifs coralliens prospèrent. Contre toute attente, cette vitalité démontre une capacité d’adaptation inédite de l’écosystème marin face à la hausse des températures, et vient bousculer les prévisions alarmistes du GIEC établies jusqu’alors.
Une nouvelle étude, présentée mardi à la conférence « Nos Océans » dans la ville côtière de Mombasa, dans l’est du Kenya, bouscule les scénarios les plus sombres. Selon cette recherche, menée par la Wildlife Conservation Society (WCS) américaine et l’université australienne Macquarie, 166.000 kilomètres carrés de récifs coralliens à travers le monde — environ un tiers du total — sont « résilients face au changement climatique ».
Ces conclusions remettent directement en question les modélisations du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC). L’autorité mondiale en matière de climat estimait jusqu’ici que 70 à 90 % des récifs coralliens pourraient mourir avec un réchauffement planétaire de 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels, et jusqu’à 99 % si la hausse atteignait 2 °C.
« Un avenir bien plus prometteur »
« Nos modèles prévoient un avenir bien plus prometteur pour les récifs coralliens »,
se réjouit la directrice exécutive de la conservation marine à la WCS, Stacy Jupiter. Financée par un programme de la fondation philanthropique du groupe financier américain Bloomberg et actuellement en cours de révision par des pairs, cette recherche s’appuie sur une étude pionnière de 2018 qui avait recensé 50 récifs coralliens résilients à travers le monde.
Les outils d’analyse ont considérablement évolué. Grâce à une nouvelle technologie, la carte est désormais 10.000 fois plus détaillée que les versions précédentes, révélant ainsi trois fois plus de coraux résilients qu’on ne le pensait. Plus de la moitié de ces écosystèmes se trouvent concentrés dans cinq pays : l’Australie, les Bahamas, Cuba, l’Indonésie et les Philippines. Pour Kyle Zawada, auteur principal de l’étude et chercheur à l’université Macquarie, l’enjeu dépasse le simple constat géographique :
« Ces récifs pourraient servir de banques de semences vivantes pour une restauration plus large des écosystèmes.»
Une biologie plus complexe que prévu
Le blanchissement reste un danger bien réel. Ce phénomène se produit lorsque la température de l’eau augmente d’un degré ou deux, ce qui stresse les tissus animaux du corail et les amène à expulser les algues qui les fournissent en nutriments grâce à la photosynthèse. Néanmoins, les mécanismes de survie s’avèrent plus robustes face aux projections globales.
« La façon dont les coraux réagissent aux épisodes de chaleur est plus complexe qu’on ne le pensait », explique Mme Jupiter.
La nouvelle étude révèle que de nombreux récifs s’en sortent soit parce qu’ils se trouvent dans des zones plus fraîches, soit parce qu’ils ont évolué pour résister à la chaleur, soit parce qu’ils se rétablissent plus rapidement que la plupart.
Le Kenya possède précisément une vaste étendue de ce corail naturellement résilient. Sur la paradisiaque île kényane de Wasini-Mkwiro, les plongeurs peuvent découvrir des espèces comme les porites, qui ressemblent à des rochers, et les acropores, en forme de corne de cerf. Ces coraux abritent un écosystème d’une richesse exceptionnelle composé de murènes, de poissons-anges, de crabes, de tortues et de dauphins. Les données locales de la WCS illustrent cette étonnante capacité de régénération : le dernier épisode majeur de blanchissement, en 2024, a entraîné une chute du taux de couverture corallienne dans la zone, passant de 44 % à 27 %. Mais en moins d’un an, ce taux était déjà remonté à 40 %.
L’urgence d’une protection locale
Malgré cet optimisme scientifique, la vigilance reste de mise car seulement 28 % de ces récifs résilients bénéficient actuellement d’une protection active. Les épisodes de blanchissement massif deviennent presque annuels et le retour attendu du phénomène climatique El Niño cette année inquiète. À Wasini-Mkwiro, les villageois montrent déjà l’exemple. Les prises ramenées par les pêcheurs y sont pesées, mesurées et enregistrées par des collecteurs de données. Des membres d’une « unité de gestion des plages » patrouillent les eaux pour s’assurer que personne ne pratique la surpêche ou n’utilise d’équipement destructeur, tandis que d’autres plantent des algues et des mangroves, et ramassent les déchets.
« Nous voulons préserver cet écosystème au maximum car nous en connaissons les bienfaits »,
explique Edward Karanja, garde de l’autorité kényane de la protection de l’environnement (KWS) pour le parc marin voisin de Kisite, qui rappelle l’importance cruciale du tourisme et de la pêche pour la région. Si les communautés locales disposent de peu de marge de manœuvre face au réchauffement climatique global, comme le concède Jesse Kosgei, chercheur pour la WCS à Mombasa, « il existe des mesures urgentes et immédiates que nous pouvons prendre directement », à l’instar de la prévention de la pêche destructrice ou de la pollution de l’eau. Et le chercheur de conclure :
« Nous avons de bonnes nouvelles concernant les récifs coralliens, et c’est à nous maintenant de veiller à la conservation de ces milieux résilients. »