Jugées polluantes par l’UE, les frites d’un plat traditionnel disparaissent des trains allemands

Le 21 juin 2026, à Berlin, la compagnie de train allemande Deutsche Bahn a confirmé la disparition des frites qui accompagnaient le plat traditionnel currywurst dans les bistros de bord, au nom de l’adaptation à une réglementation européenne sur les gaz réfrigérants et le climat.

Plat traditionnel de frites vs UE – Désormais, la saucisse culte du rail allemand sera servie avec des quartiers de pommes de terre (« potatoes») ou du pain, une inflexion symbolique d’une politique environnementale qui s’invite jusque dans l’assiette des voyageurs.

Officiellement, ce changement découle de la mise en conformité des trains avec une norme de l’Union européenne visant à éliminer certains fluides frigorigènes à fort impact climatique, ce qui entraîne la suppression progressive des congélateurs dans les voitures-restaurants, selon BFM.

La Deutsche Bahn assure ainsi remplir une obligation réglementaire, tout en promettant de maintenir une offre de restauration chaude, mais adaptée à ces nouvelles contraintes techniques.

Une icône culinaire emportée par la réglementation verte

Dans les trains longue distance, la currywurst accompagnée de frites était devenue, depuis des années, un marqueur de l’identité ferroviaire allemande, au même titre que la bière pression servie à 250 km/h. « Une currywurst sans frites, c’est comme un été sans soleil», résume un article de la presse allemande, soulignant l’attachement des usagers à ce duo. Pour nombre de voyageurs, la suppression des frites donne le sentiment d’une décroissance du confort plus que d’un progrès écologique visible.

La Deutsche Bahn met pourtant en avant une démarche de responsabilité climatique, expliquant que l’abandon de la surgélation à bord permet de se conformer aux exigences européennes sur les gaz fluorés à effet de serre. Du point de vue de l’entreprise, cette évolution est présentée comme une adaptation technique inévitable, et non comme une croisade nutritionnelle contre la friture.

Dans les faits, les « potatoes » et le pain prennent le relais, solution qui réduit la dépendance à la chaîne du froid mais ne change que marginalement l’empreinte nutritionnelle du repas. Les clients qui appréciaient une garniture croquante et standardisée y voient une substitution plus qu’une véritable innovation culinaire.

Une mesure ciblant la forme plus que le fond

La base juridique de ce virage est à chercher du côté des textes européens sur les emballages et les produits chimiques liés à l’alimentation, qui visent notamment à réduire les émissions indirectes et à bannir les « polluants éternels » dans la chaîne agroalimentaire.

L’UE a engagé une refonte d’ensemble de ses règles sur les emballages, le recyclage et certaines substances associées à la restauration, avec des objectifs de réduction des déchets et de meilleure recyclabilité d’ici à 2029. Dans ce cadre, la question des équipements de froid embarqués n’est qu’un volet parmi d’autres d’un arsenal réglementaire beaucoup plus large.

Pour les défenseurs de ces normes, la décision de la Deutsche Bahn illustre la façon dont les politiques climatiques se traduisent concrètement dans les services du quotidien, des cafés aux trains. Du point de vue environnemental, la réduction des gaz réfrigérants à fort pouvoir de réchauffement global est considérée comme un levier efficace, même si l’impact direct d’une frite sur le climat reste marginal à l’échelle d’un trajet.

Les critiques, elles, pointent une mesure facile à communiquer mais peu structurante au regard des défis du rail allemand, confronté à des retards chroniques, à un réseau saturé et à une fréquentation élevée. Beaucoup s’interrogent sur la pertinence politique de symboles alimentaires alors que la priorité climatique se situe d’abord dans la rénovation des infrastructures et la fiabilisation du système ferroviaire.

Un signal politique plus qu’un levier climatique

Le cas de la currywurst sans frites illustre un déplacement du débat climatique vers des gestes visibles qui affectent immédiatement l’expérience des usagers. En supprimant un accompagnement emblématique, la Deutsche Bahn envoie un signal de conformité aux objectifs européens, mais au risque d’alimenter l’idée d’une écologie centrée sur les détails plutôt que sur les grands déterminants des émissions.

Pour les voyageurs, la mesure est vécue comme une restriction de choix, à laquelle ils n’ont pas été réellement associés, dans un contexte où la qualité de service globalement dégradée suscite déjà de fortes frustrations. Les défenseurs du rail rappellent toutefois que, même sans frites, le train reste l’un des modes de transport longue distance les moins émetteurs de CO₂, surtout comparé à la voiture ou à l’avion.

Reste une question politique ouverte : jusqu’où les pouvoirs publics et les opérateurs peuvent-ils aller dans la transformation des habitudes de consommation au nom du climat, sans donner le sentiment d’une écologie punitive qui s’attaque à la symbolique du voyage plus qu’à ses principales sources d’émission ?

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