« In God we trust ; all others must bring data. »
Cette maxime de W. Edwards Deming, le grand théoricien de la qualité, devrait figurer en exergue de toute réflexion sur l’énergie. C’est précisément l’esprit qui anime la Statistical Review of World Energy, publiée chaque année par l’Energy Institute, héritière de BP et référence incontestée depuis plus de soixante-dix ans.
Ce rapport ne fait pas de politique, il ne cède pas à la mode : il mesure, il constate, il documente la réalité physique du monde. Et cette réalité, en 2026, est d’une clarté brutale pour qui accepte de regarder les faits en face.
Les énergies fossiles font tourner le monde
Le premier constat est implacable : les combustibles fossiles — pétrole, gaz, charbon — représentent encore 86 % de l’énergie primaire consommée sur la planète. L’éolien et le solaire, ces deux technologies sur lesquelles l’Union européenne a bâti l’essentiel de sa politique climatique, ne pèsent ensemble que 3 % de cette consommation mondiale. Trois pour cent, après plus de cinquante années de quête des énergies alternatives consécutivement aux chocs pétroliers des années soixante-dix, après plus de trente ans de sommets climatiques, de subventions massives et de discours triomphants sur la « révolution verte » et après dix ans de l’Accord de Paris qu’il faudrait appeler le Désaccord de Paris (voir mon livre La vérité sur les COP. Trente ans d’illusions).
Depuis l’adoption de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques en 1992, les émissions mondiales de CO₂ liées à l’énergie ont augmenté de 67 %. Loin de diminuer, la trajectoire mondiale des émissions n’a fait que s’accélérer, portée par la croissance économique des pays émergents et en développement, qui refusent de sacrifier leur essor sur l’autel d’une idéologie climatique conçue à Bruxelles et entérinée à Paris lors de la COP21.
C’est ici qu’apparaît, une fois de plus, l’isolement spectaculaire de l’Union européenne. Depuis le Désaccord de Paris, c’est-à-dire sur les dix dernières années, l’UE a réduit ses émissions de CO₂ de 554 millions de tonnes — un effort réel, coûteux, douloureux pour son industrie et ses ménages. Dans le même temps, le reste du monde les augmentait de 3008 millions de tonnes. Le rapport est de près de 1 à 5,5.
Pour chaque tonne que l’Union européenne supprime au prix fort, le monde en ajoute plus de cinq. La seule consommation de charbon de la Chine dépasse aujourd’hui 92 exajoules par an, soit près de 1,8 fois la consommation totale d’énergie primaire, toutes sources confondues, de l’ensemble des vingt-sept États membres de l’Union européenne. La demande mondiale de pétrole a atteint un nouveau record en 2024, à 103,2 millions de barils par jour, signalant sans ambiguïté qu’aucun substitut crédible n’a encore émergé à grande échelle pour les transports, l’industrie lourde ou la pétrochimie.
Or, la Commission européenne a fait de l’ostracisme du pétrole le centre de sa politique énergétique en proposant des illusions énergétiques (e-SAF, hydrogène, bioénergies, etc.). Ce n’est pas une opinion : ce sont les données mondiales de l’énergie.
La France avait décarboné longtemps avant le Désaccord de Paris
Dans ce paysage mondial dominé par les fossiles, la France occupe une position singulière et précieuse. Partout, le charbon et le pétrole forment la base de la consommation d’énergie (en Inde, c’est plus de 80 % et dans le monde c’est plus de 60 %). Sauf en France, où, grâce à son parc nucléaire, le nucléaire représente 47 % de son énergie primaire et assure 68 % de sa production électrique.
Son bilan carbone par kilowattheure est parmi les plus faibles du monde industrialisé. Cette performance n’est pas le fruit d’une décision de décarbonation : elle est le résultat d’un choix technologique souverain fait il y a cinquante ans, après le premier choc pétrolier, par des ingénieurs et des décideurs qui avaient compris que l’énergie est la condition première de la puissance nationale. La France est, à ce titre, l’un des rares exemples au monde d’une décarbonation à grande échelle réellement accomplie — et non pas pour réduire les émissions de CO₂.
Alors que cette singularité devrait être célébrée, consolidée et exportée comme modèle, la France a fait le choix inverse. La fermeture de la centrale de Fessenheim, décidée par François Hollande et réalisée par Emmanuel Macron pour des raisons politiques et non techniques, a privé le réseau de deux gigawatts de capacité décarbonée parfaitement opérationnelle. Les tergiversations sur le lancement du programme de nouveaux réacteurs ont fait perdre des années irremplaçables à une filière industrielle dont la reconstruction exige précisément du temps.
Pendant ce temps, les dossiers éoliens avancent à un rythme que rien ne ralentit — pas même le bon sens patrimonial. L’exemple de Carnac est à cet égard édifiant. Pour raccorder un parc éolien en mer, il est question de faire passer des câbles à haute tension de 250 000 volts à travers l’un des sites mégalithiques les plus importants du monde, classé au patrimoine de l’UNESCO et vieux de six mille ans. La contribution de ce projet à la réduction du CO₂ mondial sera nulle, absolument nulle, face aux 92 exajoules de charbon que la Chine consomme chaque année. Mais le site sera défiguré pour des décennies.
L’absurdité atteint son comble lorsqu’on observe la campagne menée en France contre la climatisation. Dans un pays où l’électricité est décarbonée grâce au nucléaire et à l’hydroélectricité — elle aussi décidée avant le culte de la décarbonation ― refuser ou culpabiliser le recours à la climatisation pendant les vagues de chaleur n’a aucun sens climatique. C’est de l’ascétisme idéologique déguisé en vertu environnementale, au détriment du confort et de la santé des citoyens.
La leçon de la Statistical Review of World Energy 2026 est sévère pour les tenants de l’orthodoxie climatique européenne. La politique de décarbonation unilatérale de l’UE n’a pas infléchi d’un degré la trajectoire climatique mondiale. Elle n’a entraîné aucun effet d’entraînement global.
Le Désaccord de Paris devait faire de l’UE l’exemple à suivre ; personne ne suit. En revanche, il a sévèrement affecté la compétitivité industrielle européenne, alourdi la facture énergétique des ménages et accéléré les délocalisations vers des régions moins regardantes sur le carbone. Le monde, pendant ce temps, continue d’investir massivement dans les fossiles, exactement là où se trouve aujourd’hui la croissance économique.
Il ne s’agit pas de renoncer à toute ambition environnementale. Il s’agit de mettre fin à une politique déconnectée de la réalité physique et géopolitique du monde. L’énergie n’est pas un sujet idéologique : c’est la condition matérielle de toute civilisation. Une Union européenne qui choisit de s’amputer de sources d’énergie compétitives et décarbonées — comme le nucléaire — sans que le reste du monde lui emboîte le pas, ne sauve pas la planète. Elle se condamne elle-même.
Une réponse
Rien à redire ; faudrait juste demander un article sur la longévité future des énergies fossiles : en ce qui concerne le pétrole et le gaz on peut demander conseil à ASPO FRANCE; mais avec l’IA et le Charbon chinois on va sans doute s’en sortir pour continuer à vivre comme avant ( je parle pour les jeunes et la génération future) et fabriquer des éoliennes et des panneaux solaires pour couvrir nos terres , nos toits et nos mers
https://aspofrance.org/