(Initialezment publié dans Le Point)
On peut le redouter. Il n’en est rien.
Certes, depuis des décennies ils ont activement relayé les travaux du GIEC et souligné la responsabilité humaine dans la croissance du rejet des gaz à effet de serre, mais ils ne furent pas les seuls et, notamment, pour avoir négocié l’accord de Paris, le nom de Laurent Fabius vient à l’esprit. Ministre des affaires étrangères et Président de la COP21 en 2015, son rôle a été central dans sa signature, « spectaculaire » victoire pour reprendre ici le qualificatif de John Kerry, alors Secrétaire d’Etat des Etats-Unis.
Cet accord n’a cependant pas été suivi des effets escomptés : le rejet de gaz à effet de serre mondial – le seul qui importe – n’a cessé de croître depuis. Cela était prévisible[1], nous l’avons notamment écrit, dans ces colonnes, tout en déplorant cette évolution attendue.
La Chine, l’Inde, la Russie, mais aussi les Etats-Unis et, plus proches de nous : l’Allemagne et la Pologne ont continué de faire tourner des centrales électriques au gaz (qui n’est en rien une énergie « propre »), comme celles au charbon. Ces pays ont également accru leur production industrielle d’acier, de ciment, d’engrais… tout en développant le transport routier et aérien, puis les hébergeurs de données, grands consommateurs d’énergie.
Certes l’Europe, et plus particulièrement la France, a sacrifié son industrie et son agriculture pour tenter de réduire ses rejets de gaz à effet de serre. Elle n’y est que modestement parvenue quand l’on ajoute à l’émission produite sur son territoire l’empreinte carbone liée à ses importations.
Il en est de même des Européens dont le bilan carbone par habitant n’est passé que de 10 tonnes en 2015 à 9 tonnes en 2023, tandis que, simultanément, entre 2015 et 2024, les émissions mondiales de gaz à effet de serre augmentaient de 9,8%.
Cette croissance est due pour l’essentiel à la Chine (+20,1%) et à l’Inde (+32,1%), tandis que la France – qui ne représente que 0,7% des émissions mondiales en 2024 – les baissait de 18,1% si l’on ne tient pas compte des importations de la période.
Pour apprécier le rôle de la France, il faut avoir en tête que la totalité des rejets annuels du pays, soit donc 7 pour mille des rejets mondiaux, ne représente que 12,6% de la seule croissance de ces rejets au cours de la période 2015 – 2024, une part infime donc !
Il était donc irresponsable de négliger l’adaptation de la France à un phénomène annoncé et d’avoir pour obsession la seule baisse des rejets de gaz à effets de serre, certes indispensable, mais factuellement infime.
Une autre manière de l’illustrer est de constater que la croissance mondiale des rejets de gaz à effet de serre en 2025 fut de 381 millions de tonnes ; or la totalité des rejets français – et non pas la croissance de ces rejets – sont de 359 millions de tonnes, hors puits de carbone (forêts, sols …) soit moins de 1% de la croissance.
Mais l’essentiel n’est pas là car c’est la masse planétaire des gaz à effet de serre qui joue un rôle dans le réchauffement, or elle représente 3 300 milliards de tonnes. Autrement dit, si la France disparaissait totalement, la masse mondiale ne se réduirait que d’un dix-millième. Cessons de penser que nous sommes les seuls sur Terre et que notre politique, prétendument exemplaire, va entrainer les Gouvernants des autres pays de la Planète. Non, ils nous regardent nous suicider et en tirent profit.
Au cours de la dernière décennie, il ne fallait pas parler d’adaptation en France, il ne fallait pas distraire le pays de l’objectif de réduction des émissions significatives de gaz à effet de serre, par essence inatteignable par la seule France. Ainsi, les politiques menées au nom de l’écologie par les gouvernements successifs ont consisté à combattre activement tout ce qui aurait permis une adaptation à l’inéluctable réchauffement pourtant annoncé par les écologistes. En réalité, ce fut parfois pire car certaines de leurs politiques ont aussi accru le rejet de gaz à effet de serre. Ce fut le cas notamment de la fermeture des centrales nucléaires.
Quant à l’adaptation au réchauffement ou plus précisément son échec, pas la plus importante mais la plus symbolique déclaration Ministérielle en la matière fut celle de Monique Barbut, ministre de la Transition écologique en exercice. En juin 2026, en pleine canicule, elle indiqua en effet être « horrifiée » par la perspective de généraliser la climatisation, tout en expliquant, ce qui vaut une communication à l’Académie des sciences, que la climatisation ne permettrait pas d’empêcher les feux de forêt !
Pour ce qui est de la forêt, des taillis et du curage des fossés, la réglementation en vigueur pour favoriser la biodiversité a de facto réduit l’écoulement des eaux pluviales ; nous l’avons constaté cet hiver dans le nord de la France, mais elle a aussi maintenu une végétation au sol propagatrice de feu. Il en est de même de la végétation du bord des routes qui ne peut être réglementairement broyée et coupée qu’à certaines dates.
De même l’adaptation de l’agriculture française au réchauffement a pris du retard. Ainsi, Monique Barbut, déjà citée, a combattu Annie Genevard, sa collègue Ministre de l’agriculture, qui plaide – heureusement avec succès – l’usage en France des nouvelles techniques génomiques (NTG ou NGT) pour sélectionner des variétés de plantes résistantes aux grandes chaleurs et au stress hydrique.
Mais Madame Barbut fut Présidente de WWF-France de janvier 2021 à octobre 2023 et, Ministre de la République, reprend au nom de l’Etat ses positions de militante. WWF s’oppose systématiquement à ces techniques qui sont pourtant l’avenir de l’agriculture comme de la sylviculture, car elles seules permettent de produire rapidement de nouvelles variétés résistantes à la sécheresse. A l’évidence, il y a urgence.
Quant à la lutte permanente des écologistes contre les barrages et les retenues collinaires qualifiées par eux de « bassines », l’été caniculaire et sans pluie démontre pourtant leur criante utilité. Détourner quelques centaines de millions de mètres cube d’eau pendant les crues d’hiver, les stocker et les recycler en été pour l’irrigation, voire la consommation urbaine, a pour seul inconvénient d’empêcher des masses d’eau d’aller se perdre en mer : chaque année, les fleuves français y rejettent en effet 171 milliards de mètres cubes !
La France se réchauffe et doit s’adapter aux étés chauds et secs. Mais plus encore, comme on le découvre déjà, elle doit aménager d’urgence ses cours d’eau car ils vont devoir écouler des pluies abondantes, sans inonder les parcelles habitées de leur bassin versant. Une augmentation de la température d’un degré accroît les précipitations de 7%. Après les terribles et spectaculaires images d’incendies, préparons-nous à en voir d’autres encore plus mortelles et dévastatrices : celles des inondations qui vont vite venir.
Il est possible de maîtriser la nature. Les forestiers et les ingénieurs des Ponts le firent en France au dix-neuvième siècle en reboisant et en aménageant les bassins versants de nos grands fleuves après, notamment, les spectaculaires inondations de la ville de Lyon par la Saône (1840) et par la Saône et le Rhône (1856). La Camargue d’aujourd’hui n’a rien de « naturelle », même si la nature s’y épanouit. Elle doit son existence aux grands travaux d’endiguement, de drainage et d’irrigation du 19ème siècle.
130 années plus tard, inspirons-nous de nos Anciens en sortant de l’Etat les Don Quichotte aussi idéologues que malthusiens, en cessant de subir les effets d’une nature qui évolue et en s’y adaptant.
4 réponses
Je vous cite
« Il était donc irresponsable de négliger l’adaptation de la France à un phénomène annoncé et d’avoir pour obsession la seule baisse des rejets de gaz à effets de serre, certes indispensable, mais factuellement infime »
Pour vous la baisse des émissions est indispensable ? Pour quelles raisons ? Pour être doxa-compatible ? Ignorez vous que les CO2 est saturé, inactif dans le RC actuel. Si vous n’en êtes pas persuadé je vous suggère d’aller sur http://www.bordeauxclassicwine.fr et lire l’Episode IV à la rubrique JM BONNAMY polytechnicien, physicien du Climat qui donne la théorie et les preuves expérimentales de l’inanité du CO2.
Malgré ce GRAVE faux pas pour un scientifique de votre trempe, je continuerai de vous lire tant par ailleurs vos propos sont frappés du bon sens. franck@franckdubourdieu.com
Bonjour.
Grand merci pour votre article qui fait une analyse très pertinente de l’agitation climatique inepte et suicidaire qui prévaut dans nos contrées et ruine nos économies.
J’ai deux sujets :
1. Je ne comprends pas cette phrase :
« Une autre manière de l’illustrer est de constater que la croissance mondiale des rejets de gaz à effet de serre en 2025 fut de 381 millions de tonnes ; or la totalité des rejets français – et non pas la croissance de ces rejets – sont de 359 millions de tonnes, hors puits de carbone (forêts, sols …) soit moins de 1% de la croissance. »
2. Pour moi, les ordres de grandeurs sont, grosso modo, ceux exposés ci-dessous :
Stock de céhodeux atmosphérique : environ 4000 milliards de tonnes
Apport anthropique net annuel : environ 20 milliards de tonnes/an
Croissance annuelle du stock : +0,5%
Contribution nette de la France : environ 200 millions de tonnes/an
Contribution annuelle de la France à l’accroissement du stock : +0,005%
Merci de me corriger si je me trompe.
Je vous rejoins sur le fait que la conclusion naturelle devrait être que toute « politique climatique » en France et en UE soit centrée sur l’adaptation aux phénomènes observés et raisonnablement prévisibles.
Encore MERCI !
Puisque je n’ai pas de réponse de Mr de Kersvadoué au sujet du post ci dessus, je m’autorise à lui adresser ce que JM Bonnamy pense sur le fait qu’il soit « indispensable » de réduire les émissions de GES et donc du CO2.
« Vous vous trompez sur les processus. OUI, le CO2 ne joue et ne peut jouer aucun rôle dans ce réchauffement, mais pas pour la raison que vous croyez. Les gaz à effet de serre, CO2 compris, n’existent tout simplement pas.
C’est malheureusement une affirmation ridicule que de nier l’effe de serre. IL suffit d’un coup d’oeil au spectre terrestre pour constater que les fréquences absorbées par les GES (ce qui de plus se vérifie en labo) ne s’évadent pas, à ds degrés divers, dans le cosmos. C’est d’ailleurs ce qui permet de constater la saturation du CO2 »
Kersvadoué
Le réchauffement de la biosphère par le soleil, que l’on peut tout à fait appeler « effet de serre ,
Bonnamy
Non, il faut appeler les choses par leur nom. L’effet de serre résulte d’un processus physique bien plus simple que ça.
Kersvadoué
« C’est le soleil qui chauffe le sol, ce qui chauffe l’air au contact. Le soleil, via plusieurs processus liés à l’air et au vivant, provoque aussi des évaporations et quelques sublimations. L’air qui s’échauffe au contact du sol s’agite, des mouvements de convections s’organisent, jusqu’à transmettre les calories à la couche subsidente. La vapeur issue des évaporations et sublimations recèlent aussi de l’énergie, mais sous forme de chaleur latente. Cette chaleur-là est restituée ailleurs en fonction des évolutions météorologiques lorsque l’air arrive à saturer. »
Bonnamy
C’est très exactement ce que je développe dans ma thèse sous le nom de Dichotomie Climatique. La nécessité de distinguer entre « rechauffement » c’est à dire acquisition de chaleur, et « variation de températures » ou « Climat » qui est un phéniomène exclusivement atmosphérique dont le moteur initial est la différence de températures à la suface du sol qui la convection de l’air, mais qui est très compliqué du fait que de nombreux facteurs dont le relief au premier plan, mais aussi la rotation de la Terre, les changements d’état, l’inertie thermique des sols, interviennent et que de plus ces mouvements de l’atmosphère modifient les températures de la surface qui leur ont donné naissance. En fait c’est de la météo à grande échelle.
Donc sur ce point je suis à peu prés d’accord, sauf que aucune énergie ne se crée ou ne se perd dans l’atmosphère qui ne peut donc jouer de rôle dans un éventuel réchauffement qu’indirectement, en modifiant l’albedo ou l’effet de serre. C’est un point que votre correspondant ne semble pas avoir vu.
L’auteur peut très bien répondre ici à MR Bonnamy du moins s’il a le Courage Scientifique et bien sûr la Connaissance poussée qu’elle réclame.
Non, l’effet de serre existe … même s’il est bien moins vigoureux que certains voudraient nous le faire croire !
Vous avez raison quand vous dites que la convection (sèche + « humide ») évacue la plus grosse partie de l’énergie reçue par le sol, mais une fois que cette chaleur est transférée à l’atmosphère, il reste encore à l’évacuer de l’atmosphère vers l’espace … et c’est là que les gaz à effet de serre interviennent ! Pour plus de détails, voir par exemple: https://www.larminat.fr/les2ailes/index.php?option=com_content&view=article&id=753:comprendre-l-effet-de-serre