(Par Jeffery L. Degner
Dans son plus récent rapport financier, Ford a enregistré une lourde perte trimestrielle de 1,33 milliard de dollars pour le deuxième trimestre de 2026, marquée par un déclin de 10 % des ventes en glissement annuel sur les premier et deuxième trimestres, ainsi qu’une baisse de 4 % du chiffre d’affaires au premier trimestre. Ces résultats décevants découlent en partie de l’échec d’un projet de batteries pour véhicules électriques (VÉ) et de l’annulation de programmes de VÉ qui ont reçu un accueil très tiède de la part des consommateurs. De manière surprenante, la réaction de Wall Street a été bien différente.
L’action de Ford a bondi de 7 % malgré les pertes du trimestre. Elle a rebondi en partie grâce aux prévisions optimistes du constructeur pour le reste de l’exercice fiscal. Pourquoi cet optimisme ? Ce tableau rose découle de la prise de conscience du constructeur que la voie de la rentabilité est pavée par les désirs des consommateurs, et non par ceux des politiciens. Le rapport a reconnu que les acheteurs américains veulent des gros pick-ups et des SUV, et qu’ils n’ont pas été séduits par l’offre de véhicules électriques de Ford.
La volonté de Ford de couper ses pertes tranche nettement avec les décisions prises à Wolfsburg, en Allemagne, par Volkswagen (VW). Là-bas, le plus grand constructeur automobile d’Europe découvre que le prix à payer pour avoir ignoré les consommateurs au profit des directives de Bruxelles se traduit par des pertes de parts de marché, une baisse de productivité et des licenciements massifs.
À la fin de l’année 2025, la direction de l’UE a annoncé des directives d’envergure visant à atteindre des niveaux d’émissions historiquement bas. L’une de ces exigences pour le marché des véhicules particuliers impose aux constructeurs basés dans l’UE
« de se conformer à un objectif de réduction de 90 % des émissions à l’échappement, tandis que les 10 % d’émissions restants devront être compensés par l’utilisation d’acier à faible empreinte carbone fabriqué dans l’Union, ou à partir de carburants synthétiques et de biocarburants. »
Se conformer aux réglementations a un coût. Après l’approbation de ces directives, le PDG de VW, Oliver Blume, a annoncé :
« Au cours des cinq prochaines années, le groupe Volkswagen prévoit d’investir 160 milliards d’euros. L’accent est mis sur l’Allemagne et l’Europe, dans les produits, les technologies, les sites de production et les infrastructures. » De plus, « nous finançons des développements dans des domaines d’avenir tels que les cellules de batterie, les logiciels et la conduite autonome. »
Bien que toutes ces nouvelles dépenses ne soient pas purement guidées par les coûts de conformité, ces réglementations orientent indiscutablement le capital vers des investissements politiquement favorisés plutôt que vers les désirs des consommateurs.
Il s’agit d’un cas classique d’investissement malheureux sous pression de l’État. Sur la base des décrets de l’UE, qui prévoyaient l’interdiction de fabriquer et vendre des moteurs à combustion interne d’ici 2035, VW a été contraint de procéder à des investissements erronés. La question à se poser est simple : ces décisions sont-elles été guidées par les signaux envoyés par les consommateurs ? La réponse est non.
Prise entre de vrais signaux de marché et les injonctions de l’UE, la direction de VW a choisi de satisfaire les régulateurs plutôt que ses propres clients. Incapable de se conformer aux directives européennes et d’enrayer des pertes de parts de marché supplémentaires, le constructeur allemand a fini par revenir sur ses promesses et a annoncé en juillet 2026 une réduction de 15 % du plan d’investissement initial, le ramenant à environ 148 milliards de dollars. Et ce ne sont pas les seules coupes prévues. Dans une note interne récente, M. Blume a averti que quatre usines et jusqu’à 50 000 licenciements supplémentaires pourraient être à l’ordre du jour, s’ajoutant au même nombre de suppressions d’emplois déjà acceptées par Porsche et Audi, pour un total de 100 000 postes supprimés.
En réponse à ces réductions proposées, les représentants du personnel de VW — l’IG Metall et le comité d’entreprise — ont juré de combattre ces coupes de toutes leurs forces. Les salariés de Volkswagen ne sont pas les seuls à en souffrir : les actionnaires ont vu l’action s’effondrer à son niveau le plus bas depuis seize ans.
La décision de Wolfsburg de se soumettre à des réglementations européennes coûteuses n’est pas la seule source de tension. La direction a également invoqué un désavantage compétitif de 20 % sur les coûts par rapport à ses rivaux, dont certains sont de nouveaux venus sur le marché automobile européen. Les nouveaux modèles électriques du constructeur chinois BYD bénéficient de coûts de main-d’œuvre nettement inférieurs. Dans le même temps, les droits de douane américains sur les importations ont également entamé les ventes de VW et d’Audi outre-Atlantique, enregistrant une chute de 20 % en glissement annuel au quatrième trimestre de 2025.
La première leçon à tirer de ces résultats est qu’il est plus rentable de laisser les consommateurs aux commandes. La seconde est que davantage de réglementation signifie non seulement des coûts plus élevés, mais aussi une confusion sur le marché. Libérer les constructeurs de ces signaux contradictoires est le moyen le plus sûr d’accélérer vers la rentabilité et la satisfaction des clients.
Ford se trouve désormais dans une meilleure position que VW à cet égard, l’administration Trump ayant assoupli les exigences de l’époque Biden en matière de consommation moyenne de carburant. Mais il reste encore beaucoup à défaire. Les estimations actuelle indiquent que l’assouplissement des règles d’émissions permettrait aux constructeurs américains d’économiser 109 milliards de dollars. (…)
Cela devrait être un soulagement pour les actionnaires et les ouvriers de Ford, car le bilan des ventes de véhicules électriques aux États-Unis est loin d’être brillant. (…)
Comme les constructeurs américains s’étaient préparés à répondre à des normes plus agressives, mais aussi à anticiper des réglementations futures plus strictes, l’ensemble du secteur a effectué des mauvais investissements dans des technologies que les consommateurs n’ont pas adoptées. En conséquence, tout au long de l’année 2025, GM, Ford et Stellantis ont supprimé plus de 20 000 emplois cadres aux États-Unis, soit 19 % de leurs effectifs combinés au cours de l’année écoulée, laissant la Rust Belt encore plus rouillée qu’elle ne l’était auparavant.
Bien que les pertes d’emplois aux États-Unis ne soient pas aussi drastiques que celles enregistrées chez VW, elles constituent néanmoins un avertissement pour les constructeurs automobiles de toutes nationalités.
Si plaire aux régulateurs devient la priorité absolue, alors les consommateurs, les travailleurs et les actionnaires sont laissés sur le carreau. Cette dure réalité révèle le coût élevé de l’innovation motivée par l’interventionnisme d’État par rapport à l’innovation guidée par les consommateurs. La première augmente artificiellement les coûts avec des retombées incertaines. La seconde comporte certes des risques, mais les constructeurs automobiles des deux côtés de l’Atlantique ont un bilan bien meilleur lorsqu’il s’agit de répondre aux attentes du marché plutôt qu’à celles des bureaucrates.
Republié depuis Daily Economy, une publication de l’American Institute for Economic Research (AIER).
Une réponse
Est-ce que ce genre d’article a une chance d’être rédigé par un journaliste français ?
Entre l’esprit militant, voire sectaire, l’ignorance scientifique et technique et le suivisme qui caractérisent les milieux journalistiques français j’ai plus que des doutes…
Quant à reprendre ce discours dans les médias mainstream, ce n’est même pas la peine d’y penser, rien que la charte du service public de l’audiovisuel ne le permettrai pas.
Il y a dix ans, tous ceux qui ont un peu de jugeote on vu ce qui allait se passer, ne serait que parce que une révolution industrielle ne se décrete pas …
Sic transit…