« C’est un jugement dévastateur » non « seulement pour Greenpeace, mais aussi pour le mouvement environnemental mondial », analyse Michael Gerrard, professeur de droit à l’université Columbia et spécialiste des actions de justice climatique, auprès de l’AFP.
Une somme astronomique pour Greenpeace
« Dénoncer les entreprises qui nuisent à l’environnement ne devrait jamais être considéré comme illégal », a insisté Marco Simons de Greenpeace USA et Greenpeace Fund, dans un communiqué.« Nous ne nous laisserons pas réduire au silence », a abondé Mads Christensen de Greenpeace International.
La décision de vendredi valide celle d’un jury ayant reconnu en mars 2025 trois entités de Greenpeace responsables de la majorité des accusations portées par le groupe Energy Transfer et les ayant condamnées à verser plus de 665 millions de dollars.
Cette somme record a depuis été révisée à la baisse par le juge qui a estimé que certains dommages avaient été comptés en double, mais n’en demeure pas moins faramineuse.
Diffamation et violation de propriété
La société d’infrastructures pétrolières et gazières Energy Transfer accusait Greenpeace d’avoir joué un rôle central dans de grandes manifestations en 2016 et 2017 contre la construction d’un oléoduc, ce que réfutaient l’ONG et des représentants autochtones impliqués dans ce mouvement de contestation.
Elle avait traduit en justice trois entités de Greenpeace, dont sa branche internationale et l’américaine pour plusieurs délits, dont diffamation, nuisance et violation de propriété privée, et réclamait une indemnisation record.
Les manifestations contre le projet décrié du Dakota Access Pipeline s’étaient soldées par des centaines d’arrestations et de blessés.
Incitation à la violence et fausses déclarations
Le groupe Energy Transfer a accusé plusieurs entités de l’ONG de diffamation et d’incitation à la violence.
« Notre action en justice contre Greenpeace porte sur le fait qu’ils n’ont pas respecté la loi. Il ne s’agit pas de liberté d’expression comme ils essaient de le prétendre », a assuré le groupe dans un communiqué – ce que l’ONG dément.
En 2017, le directeur général justifiait ces poursuites en expliquant que son groupe avait été « grandement lésé » par Greenpeace, lors d’une campagne de diffamation agressive du groupe militant.
Le groupe Energy Transfer réclamait à Greenpeace 300 millions de dollars de dommages et intérêts pour compenser le préjudice qu’il disait avoir subi lors de ce mouvement de contestation.
Selon Le Point, le jury a estimé que Greenpeace avait fait des déclarations fausses et nuisibles, notamment en affirmant qu’Energy Transfer avait « endommagé au moins 380 sites sacrés et culturels » le long du tracé de l’oléoduc », et que ses employés avaient « délibérément profané des lieux de sépulture documentés ». L’organisation a également été reconnue coupable d’avoir accusé à tort l’entreprise d’avoir « utilisé du gaz poivré et des chiens d’attaque contre des Protecteurs de l’eau pacifiques ».
Greenpeace a également organisé une campagne médiatique à grande échelle visant explicitement à nuire à la réputation d’Energy Transfer. Dans une lettre ouverte cosignée par plus de 500 organisations, l’ONG a exhorté les banques à cesser de financer le projet (sur la base de fausses informations, selon le jury) ce qui a conduit plusieurs institutions financières à se retirer du projet.
Il s’agissait de la deuxième procédure intentée par le groupe contre Greenpeace, après l’échec d’une première plainte en 2019 devant la justice fédérale.