(Par Bertrand GUYOT dans Front Populaire du 13/3/26)
Six ans après la fermeture de la plus vieille centrale de France, L’UE et la France célèbrent à nouveau le nucléaire. Coupables de s’être félicités d’avoir orchestré le déclin de cette filière industrielle stratégique, les responsables n’ont pas payé un prix élevé pour leur trahison des intérêts français.
Le 30 juin 2020 s’arrêtait le deuxième et dernier réacteur de Fessenheim. Et la France se privait de 10 à 12 TWh d’électricité par an, soit environ 2 % de la production électrique de notre pays. Un drame national pourrait-on penser, assez justement ?
Que nenni ! Pour la Macronie, il s’agissait là d’un accomplissement, la tenue d’une promesse de campagne héritée des années Hollande. Qu’importe l’absence d’argumentation rationnelle pour justifier une telle décision, l’époque était à l’antinucléarisme. De confort, dira-t-on.
« Hier, en responsabilité, nous avons accompagné la fermeture du deuxième réacteur nucléaire de Fessenheim ».
Cette phrase qui porte on ne peut plus les stigmates langagiers de la Macronie, on la doit à Emmanuelle Wargon, alors Secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire en 2020. Dans une vidéo, elle justifiait cette fermeture, expliquant que
la France « a trop de nucléaire dans notre production d’électricité ». Nous « sommes responsables » et « assumons notre politique énergétique » affirmait-elle.
Convaincant ? En tout cas pour le président de la République, qui recasa sa ministre à la tête de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), comme l’on placerait un pyromane à la gestion des parcs forestiers de France.
Le cas Emmanuelle Wargon est très loin d’être isolé. La technocrate Elisabeth Borne, alors ministre de la Transition écologique et solidaire a, elle aussi, dû se justifier.
« La fermeture de Fessenheim incarne l’écologie de responsabilité portée par le président de la République, le gouvernement et la majorité depuis 2017 », avait-elle déclaré en septembre 2021 à l’Assemblée.
Et celle qui était alors ministre du Travail et de l’Emploi de s’interroger :
« Pourquoi nous le faisons ? Parce qu’on ne peut pas dépendre d’une seule et unique technologie ».
Une réponse aberrante — et sophistique, par ailleurs, car elle omet l’existence du parc hydraulique —, venant d’une polytechnicienne et ingénieure générale des ponts et chaussées qui plus est. Elisabeth Borne sera nommée Première ministre en 2022, sera réélue en 2024 et occupera quelques mois un poste de ministre de l’Éducation nationale.
Recherche Premier ministre favorable à la baisse du nucléaire
Intéressons-nous au Premier ministre en 2020, l’actuel maire du Havre, Edouard Philippe. Celui dont on a souligné les quelques désaccords avec Emmanuel Macron n’a pas hésité à l’époque à soutenir cette décision.
« C’est ce gouvernement qui fermera la centrale de Fessenheim »,
a-t-il affirmé au pupitre de l’assemblée, vantant les mérites du gouvernement pour avoir proposé
« un chemin crédible pour réduire la part du nucléaire à 50 % d’ici 2035 (…) en responsabilité ».
Réélu maire du Havre en 2020, l’ancien premier ministre fait partie des potentiels favoris (en tout cas d’après les institus de sondage) pour les prochaines échéances électorales présidentielles.
Tant qu’à mentionner les locataires de Matignon, évoquons l’actuel. En 2020, Sebastien Lecornu était ministre chargé des Collectivités territoriales. Sur Public Sénat, il avait affirmé que
le « pari » du nucléaire « qui a été fait après la guerre, est un pari qui, à un moment donné, doit trouver petit à petit une diminution ».
Sans nous expliquer le pourquoi du comment de cette nécessité, il avait félicité le gouvernement qui, contrairement au mandat de François Hollande,
« En seulement six mois, (…) a déjà défini une trajectoire et une feuille de route respectueuse du territoire alsacien » pour fermer Fessenheim.
Quant à Gabriel Attal, en 2019, il déclarait à BFM,
« vous avez le précédent président de la République qui a été élu en disant : je vais fermer la centrale nucléaire de Fessenheim. Aujourd’hui, sept ans plus tard, la centrale est toujours en marche. Nous, on fait le travail ».
Il faut croire qu’avoir promu le déclin du nucléaire était un prérequis pour devenir Premier ministre sous la présidence Emmanuel Macron.
La liste ne s’arrête bien évidemment pas là et il serait fastidieux de nommer tous les ministres ou députés macronistes ou socialistes ayant tenu des propos favorables au déclin de notre capacité productrice nucléaire, pour aujourd’hui en jouer les ardents défenseurs de toujours. Citons tout de même Bruno Le Maire, ex-ministre de l’Économie et de l’Énergie pendant sept ans. Barbara Pompili, ex-ministre de l’Écologie et nommée depuis ambassadrice déléguée à l’environnement. Ségolène Royal, ex-ministre de l’Écologie et désormais consultante à la télévision. Brune Poirson, ex-secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, devenue directrice du développement durable chez Accor. Mention spéciale à Dominique Voynet, ancienne ministre de l’écologie et à qui l’on doit la fermeture de Superphénix. Elle a été élue députée du Doubs en 2024… et a été nommée, dans le cadre de son mandat parlementaire, au Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire.
Pour clore cette liste partielle, comment ne pas évoquer les deux principaux chefs d’orchestre de cette attaque en règle contre le nucléaire français ? Tout d’abord François Hollande, auteur de la première loi de programmation pluriannuelle de l’énergie qui sanctuarisa la baisse programmée du nucléaire à 50 % du mix électrique français. Et Emmanuel Macron, qui reprit cet objectif en 2017 et s’appliqua à fermer la centrale de Fessenheim.
L’un fut élu député en 2024 et l’autre, réélu Président en 2022, avant de chanter les louanges du nucléaire ces derniers jours. Ici, difficile d’affirmer que le crime n’a pas payé.
5 réponses
« » » » » »Que deviennent les coupables de la fermeture de Fessenheim ? » » » » »
Ils vont se payer une bonne retraite , voir une bonne fin de carrière comme van der layen
On ne peut rien contre eux sur le plan juridique, et d’ailleurs les juges sont déjà bien trop entrés dans le champ politique. Il ne reste que le plan électoral, ou peut-être fiscal si on cherche bien dans les cadeaux des lobbys…
Les responsables sont aussi les français qui les ont élu
On a les dirigeants à notre image, ceux que l’on mérite.
Le milieu médiatique a également une responsabilité majeure, entre ignorance crasse, bêtise et désinformation systématique.il n’empêche, les champions listés dans l’article ont de fortes chances de se faire réélire brillamment.
Et pourtant, pour Hollande, être élu grâce aux voix des Verts auxquels on a promis l’arrêt de Fessenheim puis celle de 12 autres centrales avant 2025, n’est-ce pas acheter des voix d’électeurs (en nature à défaut d’espèces, sachant que Fessenheim a été évaluée entre 2 et 4 milliards à l’époque).
Pour un costard, l’autre François (Fillon) a raté son élection.
Fessenheim qui avait en plus bénéficié des mesures post-Fukushima.