Les ennemis de l’intérieur

Les errements de la politique énergétique française depuis trois décennies ne sont pas le fruit du hasard. Ils sont la conséquence de l’aveuglement, de l’irresponsabilité, du mépris des réalités économiques et techniques et de l’abandon parfois volontaire de l’intérêt général et de la souveraineté énergétique. Il y a des responsables et des coupables.

Par Éric Leser. Article paru dans le numéro 29 du magazine Transitions & Energies.

La liste est longue de ceux qui portent la responsabilité depuis maintenant trois décennies d’une politique énergétique menée à l’encontre des intérêts du pays et qui a même parfois confiné à la forfaiture.

Elle est parfaitement résumée dans le rapport d’avril 2026 du très sérieux Institut Valmy intitulé « De la souveraineté énergétique française » par la phrase suivante :

« La politique la plus désastreuse de toute l’histoire énergétique française. »

Et il est facile de voir qui en sont les responsables et les coupables, notamment avec ce que la Commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale sur « Les raisons de la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France » a apporté comme témoignages édifiants, documents accablants et preuves irréfutables. Le rapport et les auditions représentent pas moins de 1 800 pages…

On peut citer pêle-mêle les défenses laborieuses et maladroites de François Hollande et Lionel Jospin qui auraient été égarés et trompés par leur entourage… Les manœuvres de Dominique Voynet et Cécile Duflot pour imposer leur idéologie anti-nucléaire et anti-capitaliste et torpiller l’intérêt général. La première a même été jusqu’à se vanter publiquement d’avoir mené à Bruxelles des négociations en trahissant le mandat gouvernemental et en s’alliant aux adversaires de la France. Cela en dit long sur le sentiment d’impunité qui existe au sein de la caste qui nous gouverne.

Il faut aussi rappeler les absences de Nicolas Hulot qui n’a jamais géré son ministère de l’Écologie après sa nomination par Emmanuel Macron et n’a fait que traîner ses états d’âme et son incompétence crasse. On peut citer également l’irresponsabilité, la lâcheté, le dogmatisme ou la corruption intellectuelle de Ségolène Royale, d’Élisabeth Borne, de Sébastien Lecornu, d’Edouard Philippe, de Martine Aubry, de Pascal Canfin, de Corinne Lepage, de Barbara Pompili, de Marc Ferraci, d’Yves Cochet, de Delphine Batho, de Jean-Louis Borloo

Et même si, séparation des pouvoirs oblige, Emmanuel Macron n’a pas été auditionné à l’Assemblée nationale, on ne peut passer sous silence ses incohérences et ses décisions désastreuses. Il aura joué une mi-temps dans chaque camp et au passage réussi à saborder les turbines nucléaires Arabelle d’Alstom, les meilleures au monde, la centrale de Fessenheim, le projet de réacteur innovant Astrid et l’équilibre financier d’EDF avec la PPE3. Cela fait beaucoup.

Cette liste des ennemis énergétiques de l’intérieur est loin d’être exhaustive. Il faudrait plusieurs livres pour détailler toutes les décisions douteuses prises pour des raisons contestables, obscures ou même absurdes, toutes les nominations au sein de l’appareil d’État d’adversaires déclarés de la souveraineté énergétique du pays qui sont souvent toujours à l’œuvre, toutes les manœuvres dans la coulisse et la corruption bien réelle pour abreuver certains lobbys verts d’argent public pendant des décennies sans contrôle et sans garde-fous.

Ces livres existent sous la plume d’Henri Wallard (Mensonge d’État), celle de Fabien Bouglé (Guerre de l’énergie), qui est le directeur de publication de Transitions & Énergies, ou celles de Géraldine Woessner et Erwan Seznec (Les Illusionnistes).

Voilà quelques moments saillants de la politique « la plus désastreuse de toute l’histoire énergétique française ».

Lionel Jospin et Dominique Voynet, le péché originel

À tout seigneur tout honneur, feu Lionel Jospin, Premier ministre de cohabitation appelé par Jacques Chirac, a dirigé le gouvernement à partir de 1995 et décide deux ans plus tard de fermer définitivement le réacteur nucléaire de Superphénix, alors le plus avancé au monde et de loin dans la technologie prometteuse des neutrons rapides et de la surgénération (lire page 51). Il cède ainsi au nom de la gauche plurielle aux dogmes et aux mensonges des Verts. Pour les anti-nucléaires, les réacteurs à neutrons rapides sont une calamité, car ils consomment les déchets nucléaires des réacteurs classiques, qu’il existe des milliers d’années de combustibles en stock et que par la surgénération ils produisent plus de plutonium qu’ils n’en consomment. Superphénix était la promesse d’un nucléaire « durable », plus sûr et plus « propre ». Il n’est pas sûr que Lionel Jospin ait vraiment compris ce qu’il faisait…

Contrairement à Dominique Voynet, la ministre de l’Environnement qui signe avec enthousiasme l’arrêté de fermeture du réacteur applaudie par ses prédécesseurs Ségolène Royal et Corinne Lepage, qui avaient multiplié les entraves pour le débrancher.

Dans une tribune publiée par Le Point en novembre 2022, Lionel Jospin avait tenté très maladroitement un quart de siècle plus tard de se justifier. Il avait ainsi expliqué que la fermeture de Superphénix n’avait pas « un caractère strictement politique » tout en reconnaissant que…

« cette intention figurait dans l’accord de gouvernement passé entre le Parti socialiste et les Verts ».

Superphénix aurait selon lui été fermé pour des raisons essentiellement techniques liées à l’exploitation chaotique du réacteur et à sa rentabilité incertaine. Ce qui a été démenti par de multiples rapports. D’ailleurs, Phénix, le réacteur précurseur et bien plus petit que Superphénix qui fonctionnait sur le même principe, a été en activité de 1973 à 2010 sans problème majeur…

En fait, Lionel Jospin se sera fait « balader » en permanence par Dominique Voynet qui a été jusqu’à vanter les centrales à gaz et les « technologies modernes d’utilisation du charbon ».

Pour démolir le nucléaire français, les écologistes n’avaient aucune limite. Non seulement la forfaiture de Dominique Voynet est avérée, mais elle est même avouée ! Elle n’a pas pu s’empêcher, par pure vantardise, de se féliciter publiquement, goguenarde, devant une caméra pour un documentaire diffusé par Arte en 2004, du travail de sape dont elle s’est rendue coupable quand elle était ministre (lire page…). Au point de ne pas défendre la position du gouvernement français à Bruxelles et de faire exactement le contraire des consignes qui lui étaient données pour saboter le financement du nucléaire français.

Exhumée par Documentaire et Vérité, la vidéo de l’aveu ahurissant de Dominique Voynet a fait des centaines de milliers de vues.

Voir ici

Elle illustre au passage un sentiment total d’impunité… parfaitement justifié. Dominique Voynet redevenue député en 2024 par la grâce du Nouveau Front Populaire a été nommée l’an dernier au Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire. Il fallait oser !

Jean-Louis Borloo et Jean-François Carenco, la décroissance fait son entrée en majesté dans un gouvernement

La gauche n’est pas la seule responsable et coupable. La droite ne signera pas d’accords désastreux avec les Verts, mais elle reprendra à son compte le discours écologiste ambiant avec parfois autant de zèle. Jacques Chirac qui a toujours senti l’air du temps et ne sera pas pour rien dans la starisation de Nicolas Hulot. Nicolas Sarkozy ne sera pas en reste, notamment à l’occasion à l’automne 2017 du fameux Grenelle de l’environnement, grand œuvre de Jean-Louis Borloo, ministre d’État à l’Écologie.

C’est le moment où l’autorité sur l’énergie et le nucléaire passe de Bercy au ministère de l’Écologie mais pas… la compétence.

Jean-Louis Borloo est rapidement dépassé sur le fond des dossiers. Il laisse les clés du Grenelle aux ONG et à son directeur de cabinet, un certain Jean-François Carenco. Ce dernier sera remercié pour services rendus quelques années plus tard par François Hollande qui le nommera à la tête de la Commission de régulation de l’énergie.

Le Grenelle construit un monde de fantaisies. L’avenir appartient à la sobriété et aux renouvelables. La décroissance devient un concept non seulement acceptable mais promu par le gouvernement. Sans études préalables, sans projections sérieuses, sans en mesurer les conséquences économiques, techniques, financières… Jean-Louis Borloo présente en 2008 un plan de développement des renouvelables qui …

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