L’industrie éolienne européenne se trouve dans une situation périlleuse. C’est ce que montre une analyse du cabinet Rystad Energy. Elle s’est dotée à toute vitesse de capacités de production et de nouvelles usines en anticipant un essor rapide et important de l’éolien en mer imposé par la Commission européenne… mais qui ne se réalise pas du tout au rythme attendu.
Les usines d’éoliennes marines européennes fabriquant des équipements posés dits monopieux, la configuration la plus utilisée, devraient tourner à seulement 19% de leur capacité en 2028. Cela tient aux rentabilités très hypothétiques des projets éoliens marins qui du coup ne se concrétisent pas, en dépit de subventions massives, et de la concurrence des fabricants chinois. Leurs coûts nettement inférieurs leur permettent de concurrencer les acteurs européens, même en tenant compte des frais de transport et des taxes carbone.
Ce n’est pas pour rien si Henrik Andersen, le patron du groupe danois Vestas qui fut le plus grand fabricant d’éoliennes au monde avant d’être dépassé l’an dernier par cinq concurrents chinois…, souligne la « naïveté » des institutions et des gouvernements européens.
L’industrie éolienne européenne va-t-elle connaître le sort de celle des panneaux photovoltaïques ? C’est-à-dire disparaître balayée par l’industrie chinoise et abandonnée par les pouvoirs publics. La question mérite d’être posée, face à la concurrence chinoise et plus encore du fait de l’instabilité et du manque de visibilité chroniques du marché européen de l’éolien en mer. Il est ainsi passé en quelques années d’une phase d’euphorie et d’inquiétudes alors sur l’insuffisance des capacités de production, compte tenu des ambitions démesurées affichées, à une période marquée par des capacités de production bien trop importantes, inutilisées et non compétitives.
L’Union Européenne s’est engagée à presque doubler sa capacité éolienne installée d’ici à 2030 pour la porter à 425 gigawatts contre environ 246 gigawatts aujourd’hui. Cela ne se fera pas…
Les reports des projets éoliens marins se succèdent dans la plupart des pays européens confrontés à la réalité des coûts des installations, de leur maintenance et des réseaux nécessaires pour acheminer l’électricité produite.
L’éolien marin est de loin le renouvelable intermittent le plus cher quand on prend en compte son coût complet. Pour donner un ordre d’idées, RETM (Réseau énergies terre et mer) a calculé le coût complet de l’éolien marin en France à 375 €/MWh en 2025 et 428 €/MWh en 2026, des chiffres invraisemblables qui comprennent le coût d’installation, la maintenance, l’intermittence, les réseaux et la nécessité d’avoir des installations pilotables quand il n’y a pas de vent.
Les calculs de RETM sont considérés comme sérieux et crédibles et intégrés dans les annexes du rapport Lévy-Thuot, publié en avril dernier à la demande du gouvernement Lecornu, sur « L’optimisation du soutien public aux énergies renouvelables et au stockage ». Mesurer le coût complet de l’éolien marin est même la principale recommandation du rapport Lévy-Thuot qui est pourtant d’une prudence politique extrême.
Ce qui n’a pas empêché le moins du monde le gouvernement Lecornu de lancer dans l’urgence cet été l’AO.10, un ensemble d’appels d’offre pour 10 GW de capacités éoliennes en mer, afin de rendre les choses irréversibles d’ici l’élection présidentielle. La Commission européenne a évalué que le coût pour le contribuable français de l’AO.10 pourrait aller jusqu’à 63 milliards d’euros sur 25 ans… pour un pays au bord de la crise financière.
Course effrénée au gigantisme et envolée permanent du coût des installations
Comme l’explique le cabinet Rystad Energy dans une analyse, les fabricants européens ont massivement investi dans des installations …
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