L’Allemagne toujours dans l’énergie renouvelable

(Article de Michel Negynas initialement publié dans Contrepoints du 12/4/2022)

Les Allemands vont-ils enfin admettre qu’ils vont dans le mur en matière d’énergie renouvelable ? Malheureusement, rien n’est moins sûr.

Plus ça rate, plus ça a des chances de marcher. L’Allemagne fait sienne cette devise Shadock. En effet, Robert Habeck, ministre de l’Économie, de l’Énergie et du Climat, se répand dans la presse, comme par exemple dans cet article de La Tribune.

« Conscient de l’urgence de s’en défaire, (de la dépendance russe) le gouvernement ne compte cependant pas opérer de tournant majeur. Mais entend accélérer dans la stratégie d’Energiewende déjà entamée sur le territoire depuis près de vingt ans, qui consiste à investir abondamment dans les renouvelables en sortant progressivement du nucléaire, puis in fine, des combustibles fossiles. »

Les Allemands sentent bien qu’ils sont dans une situation inconfortable. Ils ont misé sur l’arrêt de l’utilisation du nucléaire et du charbon pour tout miser sur le gaz, afin de montrer qu’ils baissent leurs émissions de CO2, en attendant de se passer aussi du gaz en utilisant d’hypothétiques technologies, dont certaines n’ont même pas été validées technologiquement et économiquement, comme la « refabrication » de méthane à partir de CO2 et d’hydrogène produit par électrolyse.

La situation actuelle

Le problème de la situation actuelle de l’Allemagne n’est pas tant l’électricité que l’industrie et les chauffages des locaux. Les chiffres et études cités ici sont tirés de l’excellent site de l’Institut Fraunhofer.

En Allemagne pratiquement tout le monde se chauffe au gaz ou au fuel. Et en 2021 le gaz ne représente que 10 % dans la part de production de l’électricité. D’ailleurs, en ce moment, nos centrales nucléaires sont peu disponibles à la suite des erreurs de programmation de la transition énergétique des précédents gouvernements qui ont plongé cette industrie dans le marasme. Et actuellement, c’est l’Allemagne qui nous sauve, car elle a encore 40 GW de lignite et de charbon, 4 GW de nucléaire, 10 GW de biomasse, 50 GW de gaz  (pour des besoins maximum de 80 GW). Comme elle a installé 120 GW d’éolien et de solaire, (vous avez bien lu, 120 GW pour des besoins maximum de consommation de 80 GW) elle a en général largement de quoi exporter. Et quand il n’y a ni vent ni soleil, elle a recours massivement aux énergies fossiles, ainsi que la France.

Il n’en reste pas moins que si nous risquons un black out en Europe, c’est parce que des centrales en état de marche dans tous les pays, (France, Allemagne, Autriche, Suisse, Benelux) ont été mises en arrêt, et que les besoins maximum sont arithmétiquement supérieurs à l’offre théorique en absence de vent. La guerre en Ukraine a bon dos de ce point de vue.

Le projet de l’énergie écologique allemand

Il s’agit de décarboner complètement à 2050, avec des points intermédiaires (60 % de décarbonation à 2030, dans 8 ans !) qui sont déjà considérés par tous les experts comme hautement fantaisistes.

En effet, une décarbonation de l’industrie et du chauffage implique de tout passer à l’électricité et au gaz synthétique, lui-même produit en grande partie par électrolyse.

Dans cet esprit, la production d’électricité est le problème majeur. Elle est basée uniquement sur les énergies dites renouvelables, c’est-à-dire l’hydraulique, la biomasse, l’éolien et le solaire. Quelle est actuellement la performance de ces sources ?

Elles représentent 137 GW installés et elles n’ont produit que 42 % de l’énergie électrique en 2021. En outre, il y a eu des jours et des nuits où les 120 GW d’éolien et de solaire n’ont rien produit.

Les 120 GW d’intermittents n’ont jamais produit plus de 65 GW de puissance, et la production a même été  de nombreuses fois autour de 5GW. On remarque aussi que le prix tend vers zéro quand il y a du vent et/ou du soleil, ce qui fait que cette industrie ne peut être rentable sans subventions.

L’Energiewende est-elle réaliste ?

Eh bien, sur le site internet déjà cité, Fraunhofer répond à la question en publiant des scenarios à 2050. Les hypothèses impliquent évidemment que la méthanation soit viable technico-économiquement, avec un rendement correct entre l’électricité primaire, l’électrolyse, l’extraction du CO2, la synthèse du méthane, et soit, la production à nouveau d’électricité pour pallier l’intermittence, soit l’injection dans le réseau de gaz. L’ADEME le chiffre à 30 %.

La consommation d’énergie primaire diminuerait de 3000 à 2000 TWh, la demande en électricité passerait de 600 TWh à 1400 TWh, avec quelques pointes à 200 GW en puissance.

Le scenario comprend :

  • 700 GW d’éolien et de solaire
  • 150 GW de turbines à gaz
  • 90 GW d’électrolyseurs
  • 500 GWh de batteries

 

Par ailleurs, les cas d’école de l’Institut montrent que de temps à autre il est nécessaire d’importer du gaz synthétique. De quel pays ? On ne sait pas.

C’est démentiel ! Le territoire allemand serait littéralement couvert d’éoliennes, de panneaux solaires, et d’électrolyseurs, alors que déjà maintenant, la colère des citoyens gronde, et que le programme d’installations stagne. Rappelons aussi qu’actuellement, la consommation d’électricité de pointe en Allemagne ne dépasse pas 80 GW. En France, où nous avons davantage électrifié, elle est de 100 GW…Et il faut avoir en tête que la durée de vie de ces matériels est de l’ordre de 20 ans…

En nucléaire, les 200 GW d‘EPR dureraient 60 ans, il faut donc les comparer à 2100 GW de renouvelables construits pendant ce temps !

Conclusion

Robert Habeck veut accélérer le programme d’énergie renouvelable pour se dégager du gaz russe. C’est évidemment une réponse inadaptée. Les énergies renouvelables ne sont pas la solution de sa dépendance, elles en sont au contraire la cause !

Et même si l’étude de l’institut Fraunhofer semble plus réaliste que celles de RTE, de l’ADEME, ou de Greenpeace, elle montre que les enjeux sont tellement énormes que le succès n’est pas crédible.

Les Allemands vont-ils enfin admettre qu’ils vont dans le mur ? Malheureusement, rien n’est moins sûr. La force de leur constance dans l’effort pour atteindre des objectifs est aussi leur faiblesse, quand ils sont dans l’erreur.

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