(Par Thierry Bros dans Atlantico du 23/7/26)
Faut-il supprimer le ministère de la Transition écologique, réduit trop souvent à un outil de communication vert, de démagogie punitive et de paravent pour l’entrisme décroissant ? Depuis la création du grand Ministère de l’Écologie et du Développement durable en 2007 sous Nicolas Sarkozy (Borloo, Juppé…), ce ministère a multiplié les positions dogmatiques : sortie du nucléaire, priorité quasi-exclusive aux renouvelables intermittents, normes environnementales déconnectées des réalités industrielles et agricoles… tout en peinant à démontrer une réelle efficacité sur le climat et la souveraineté énergétique. La récente fausse démission de Monique Barbut, ministre perçue comme bloquant des assouplissements pragmatiques (pesticides, stockage d’eau), illustre les tensions entre idéologie et contraintes du réel. Un bilan rigoureux s’impose : ce ministère sert-il vraiment les Français ou doit-il être supprimé ?
Ce qu’il faut en retenir :
Rattachement de l’énergie à l’Écologie : Ce transfert depuis 2007 a fait passer la politique énergétique d’une logique industrielle et d’abondance à une priorité décarbonée « à tout prix », assimilée à de la décroissance.
Perte de leadership et coûts : La France a perdu sa 1er place mondiale d’électrification au profit de la Chine, tandis que des choix comme la fermeture de Fessenheim ont renchéri les factures.
Dogmes et gouvernance : Le ministère est accusé de s’appuyer sur une posture morale et anti-nucléaire qui freine l’électrification des usages et pousse l’administration à valider des politiques incohérentes.
Appel à la suppression : L’auteur préconise de supprimer ce ministère jugé bloquant, pour revenir à des objectifs simples, responsabiliser le marché et réduire les taxes et organismes inutiles.
Atlantico : Quelle est la faute principale du ministère depuis 2007, qui illustre le mieux ses dérives dogmatiques ?
Thierry Bros : Avant 2007, l’énergie relevait de Bercy et s’inscrivait dans une politique industrielle, économique et fiscale. À partir de 2007, et de manière plus complète en 2012 puis 2022, l’énergie a été transférée vers le ministère de l’Écologie.
Ce déplacement a transformé la définition même de la politique énergétique : au lieu de viser une énergie abondante, bon marché et décarbonée, dans cet ordre, on a priorisé le décarboné « à tout prix ». Cette évolution a fait basculer la politique vers un agenda de décroissance implicite, illustré par l’idée selon laquelle « le meilleur mégawatt-heure est celui qu’on ne consomme pas ».
Les conséquences concrètes ont été l’envolée des factures d’énergie des Français et l’ajout successif de taxes dont l’objectif n’était plus toujours clair. Le trading européen de CO₂, mis en place dès 2005 selon le principe du pollueur-payeur, existait déjà et rendait inutile ce transfert vers l’écologie.
L’électricité française était déjà très décarbonée avant cette réorganisation. La France, qui occupait la première place mondiale en matière d’électrification de la demande énergétique finale jusqu’en 2020, a été doublée par la Chine en 2021. Dix ans après le transfert de l’énergie vers l’Écologie, le pays avait donc perdu son leadership.
Des décisions concrètes illustrent cette dérive : la fermeture de Fessenheim, présentée comme une mesure écologique, a nécessité des dédommagements importants à EDF et aux actionnaires suisses tout en rendant l’électricité plus chère, sans gain environnemental significatif. De même, l’absence d’incitation forte aux pompes à chaleur réversibles dans le parc existant et dans le neuf a maintenu des systèmes de chauffage anciens et peu efficaces, alors que ces équipements permettent à la fois de réduire la consommation électrique en hiver et d’apporter du confort en été.
L’électrification accélérée des usages soutenue dans la PPE 3 est-elle compatible avec les dogmes encore présents dans les cercles influents du ministère ?
La transition énergétique sera nécessairement une transition électrique. La France disposait d’un avantage historique grâce à son parc nucléaire et au plan Messmer, qui visait précisément à électrifier les usages en remplaçant progressivement les chaudières au fioul. Jusqu’en 2020, la France figurait parmi les pays les plus électrifiés au monde, bien devant l’Union européenne, les États-Unis et la Chine.
La PPE 3 fixe des objectifs ambitieux d’électrification de la consommation finale afin de tenter de retrouver cette position.
Or ces objectifs apparaissent difficiles à atteindre si l’on maintient des dogmes anti-nucléaires. La fermeture de Fessenheim en constitue un exemple clair : elle n’a pas seulement réduit le potentiel de production ; elle a rendu l’électricité plus coûteuse en raison des compensations versées et de la nécessité d’adapter le réseau pour intégrer des nouvelles productions décentralisées.
Sans une électricité abondante et compétitive, l’électrification des usages (chauffage, mobilité, industrie) se heurte à une contrainte économique forte. Les hausses de prix qui en résultent découragent les nouveaux usages électriques, créant un cercle vicieux.
La Commission européenne elle-même a récemment reconnu le faible rythme d’électrification observé dans l’Union depuis dix ans et appelé à l’accélérer, confirmant que les objectifs ambitieux nécessitent des conditions de production électrique favorables que les dogmes anti-nucléaires compromettent.
La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, au cœur de plusieurs polémiques ces dernières semaines (climatisation, pesticides), a annoncé démissionner avant de rétropédaler. Comment les acteurs du ministère justifient leurs actions et par conséquent, l’existence de ce ministère ?
Ils se présentent comme appartenant au « camp du bien ». Ils ont construit un narratif qui oppose ceux qui seraient du côté de la vertu à ceux qui seraient des affreux pollueurs ou des défenseurs des énergies fossiles. Ce positionnement moral permet de disqualifier les positions pragmatiques (notamment le trading de CO₂ et le principe du pollueur-payeur appliqué par le marché) en les assimilant à un soutien au réchauffement climatique.
Ce cadre idéologique a des conséquences concrètes : une partie de la majorité reste silencieuse, tandis que ceux qui défendent une approche pragmatique se retrouvent isolés dans le débat public et médiatique. La même logique sous-tend le Green Deal européen et le programme Farm to Fork.
Sur le plan administratif, le pouvoir politique a légitimement le droit de nommer ses collaborateurs. Cependant, l’administration doit servir l’intérêt général et non devenir servile au ministre du moment. Lorsque des fonctionnaires acceptent que « 1 + 1 = 3 » parce que c’est la volonté politique, ils cessent de jouer leur rôle de lien entre le politique et le pays.
L’exemple bruxellois de l’objectif d’hydrogène fixé par le commissaire Timmermans en 2005, relayé sans analyse critique par des think tanks financés par la même Commission, illustre ce mécanisme auto-entretenu qui a conduit à des dépenses importantes sans résultat probant, comme l’a ultérieurement constaté la Cour des comptes européenne.
Concernant la climatisation, l’opposition à son développement, y compris sous forme de pompes à chaleur réversibles, est justifiée par l’argument selon lequel elle aggraverait le réchauffement climatique. Cet argument ne tient pas lorsque l’électricité est d’origine nucléaire.
Derrière cette position se cache en réalité un agenda de décroissance : on préfère limiter les usages plutôt que de rendre l’énergie abondante et accessible. Il en va de même pour l’isolation des bâtiments présentée comme priorité absolue, alors qu’avec une électricité nucléaire très décarbonée et bon marché, le chauffage reste accessible et moins coûteux que des travaux d’isolation systématiques.
Pour conclure, faut-il donc supprimer le ministère ? Quelle méthode permettrait mieux de remplir les missions qu’il prétend mener, notamment celle de faire de l’écologie en décidant de notre politique énergétique ?
Un ministre ne saurait micro-manager l’ensemble du système énergétique. Lorsque les objectifs se comptent par dizaines de milliers, aucun n’est véritablement atteint. La méthode la plus efficace consiste à définir un petit nombre d’objectifs essentiels, clairs et mesurables, puis à laisser les acteurs économiques les atteindre.
Dans le domaine du gaz, la loi prévoit déjà une obligation de service public : les opérateurs doivent garantir l’approvisionnement de leurs clients toute l’année. Le non-respect de cette obligation entraîne la perte de la licence, dont la valeur représente l’essentiel de la capitalisation des entreprises concernées.
Ce mécanisme de responsabilité directe est plus efficace que les règles micro-managées par l’Union européenne sur les taux de stockage.
Pour l’électricité, trois leviers simples suffisent :
- demander aux producteurs de produire en concurrence,
- exiger des gestionnaires de réseaux qu’ils maîtrisent leurs coûts,
- et réduire la part des taxes dans la facture, comme le recommande la Commission européenne.
Pour les bâtiments neufs, l’obligation d’installer des pompes à chaleur réversibles permettrait de résoudre simultanément les pointes hivernales, le confort estival et la décarbonation, à un coût souvent plus avantageux que l’isolation seule.
Il convient également de taxer le vice (émissions de CO₂ via les produits pétroliers) plutôt que la vertu, et de supprimer les dispositifs inutiles qui alourdissent la facture sans effet environnemental démontré, tel que les certificats d’économie d’énergie, dont on ne sait pas à quoi ils servent, ou bien l’ADEME, dont la mission consiste largement à inciter à consommer moins, n’a plus sa place dans ce cadre. Tout ça, ne sert qu’à alimenter l’agenda politique des décroissants.
L’énergie constitue la mère des souverainetés (industrielle, militaire, économique). La confier à un ministère dont la vocation première n’est pas régalien, mais à la transition écologique conçue comme décroissance, conduit structurellement à l’échec.
L’administration doit retrouver son rôle historique : informer le politique des conséquences concrètes des décisions (hausse des prix, incompatibilité avec l’électrification, etc.) plutôt que de se contenter d’exécuter une ligne politique, surtout lorsqu’elle manque de cohérence. Cette approche (objectifs limités, responsabilité des opérateurs, concurrence, fiscalité ciblée et simplification) permettrait de remplir les missions légitimes de l’État en matière d’énergie et d’écologie de manière plus efficace que l’organisation actuelle.
Il y a beaucoup de gens et de milliers de règles qui ne servent à rien. Coupler l’énergie à un ministère de Transition écologique n’avait pour objectif que d’aligner la politique énergétique sur la volonté des décroissants : l’objectif était de faire échouer une politique énergétique axée sur la croissance, l’économie et l’industrie. Je pense donc que oui, il faudrait supprimer ce ministère, qui n’existe que pour bloquer.
2 réponses
Oui, il faut supprimer le ministère de la transition écologique, et NON, il ne faut pas mettre des pompes à chaleur et des clims, avec unités extérieures, partout. Et il n’est pas du tout prouvé que cette canicule, qui de toutes façons ne durera pas, va se renouveler chaque année. Malgré les discours alarmistes. Et si vous craignez la chaleur, il y a des tas d’endroits où il n’y en a pas (là où je suis, par exemple, en Normandie)… Un article dans Le Figaro »immobilier » il y a 3 jours: les litiges en justice éclatent à cause de la clim sauvage en copropriété (les clims fixes) . Les litiges en justice à cause de la pompe à chaleur du voisin étaient déjà en hausse depuis la politique qui vise (contrairement à ce que vous dites dans votre article ) à installer des pompes à chaleur partout en France,( et à les subventionner avec nos impôts ) . JE NE VEUX PAS AVOIR LE BRUIT DE LA POMPE A CHALEUR OU DE LA CLIM DE MON VOISIN DANS LES OREILLES. MERCI. De plus, si cette histoire de décarbonation a une once de réalité(ce que vous semblez dire dans votre article ), les clims et les PACs utilisent des gaz fluorés, susceptibles de s’échapper dans l’atmosphère, et émettent ainsi 25000 fois plus GES que par exemple le gaz naturel. Donc nocifs. Imaginez un peu, par exemple avec les incendies actuels, combien de maisons ayant brûlé avaient une clim ou une PAC (payée avec les subventions de la politique actuelle ) et ce que sont devenus ces gaz fluorés … Donc basta, assez avec le discours sur les PACs et les clims, laissez les gens recourir à ces engins s’ils le veulent absolument MAIS STOP aux subventions; bienvenue à des sources d’énergie DIVERSES, y compris le gaz et même le fuel, tiens ! gardez la clim comme solution incontournable pour les hôpitaux, écoles, ehpads, etc, BIEN SUR … mais pour le reste, utilisez les moyens que VOUS voulez pour vous chauffer ou vous rafraîchir, laissez faire le marché.
Au risque de vous voir attaqué par vos voisins qui veulent avoir les oreilles au calme si vous installez une PAC ou une clim domestique. Il y a plusieurs années déjà que les députés du midi de la France alertaient le gouvernement en faisant remonter les plaintes des locaux qui ne supportaient plus la multiplication des clims ,(benoites réponse du gouvernement qui dit qu’il y a une très bonne loi sur le bruit de voisinage en France—ce qui est vrai, sauf que la justice est sinistrée en France à cause de ces gens (les politiques )— maintenant on en est à demander, comme le fait M. Macron, 1.000.000 de PACs par an… choisissez autre chose, merci.
Il faut se souvenir que le premier ministère de l’écologie est apparu comme par enchantement en 1971 : Le ministère délégué chargé de la Protection de la nature et de l’Environnement.
En France, il a été initialisé par Jacques Chaban-Delmas le 7 janvier 1971 et sous l’impulsion des eugénistes de l’ONU notamment Julian HUXLEY très connu pour être eugéniste (Loi euthanasie) et transhumaniste (Future race des Arhiens).
Il est créé juste avant la sortie du rapport Meadows ou rapport de Rome (1972) : « les limites de la croissance » qui tombe à pic pour démarrer le programme de décroissance. Les eugénistes/transhumaniste avaient déjà pris le pouvoir à l’ONU (UNESCO) dès 1946.
En sachant cela, oui, il faut supprimer les ministères de l’Escrologie sous toutes ses formes. Depuis l’avènement de cette aberration, les politiques n’ont cessé de détruire les acquis sous toutes ses formes. Sous prétexte de » l’écologie politique et punitive « . Tout doit être détruit !
J’irai plus loin encore, les personnes qui ont travaillé dans ces ministères ne doivent plus pouvoir travailler dans une fonction publique. Dans la même manière, les personnes impliquées dans une ONG de l’Escrologie ou proche ne pourront plus travailler dans une fonction publique. Ces personnes ont trop nui à la France. Mais dans quel but réel ?