Henri Proglio : « Le renouvelable est une machine à broyer l’argent public »

(Par Fabrice Durtal de Contribuables Associés le 13/7/26)

Ancien PDG de Veolia et d’EDF, Henri Proglio démonte la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), contre laquelle Contribuables Associés a introduit une requête devant le Conseil d’État. Favorable à la rénovation du parc nucléaire existant, il dénonce un renouvelable qui broie l’argent public et plaide pour la sortie du marché européen de l’électricité.

La PPE3 organise-t- elle, selon vous, la transition énergétique… ou le déclassement industriel français ?

Ce texte revient à investir des centaines de milliards d’euros, que le pays surendetté n’a pas, dans des capacités de production renouvelables intermittentes dont la France n’a nul besoin.

Le pays produit déjà une électricité décarbonée à plus de 95 %. C’est, en clair, privatiser aux frais du contribuable et du consommateur la production d’électricité, au détriment d’EDF et de son parc nucléaire.

Si je ne suis pas davantage intervenu dans ce débat, c’est parce que ce texte repose sur des hypothèses farfelues – notamment une hausse massive de la demande alors qu’elle a reculé de 10 à 12 % en une décennie – et qu’il ne sera probablement jamais appliqué.

Vous affirmez que les EPR2 sont « inconstructibles ». Quel type de réacteur faudrait-il lancer immédiatement à la place ?

La France envisage de construire six EPR dans les prochaines années, pour un coût de 85 à 100 milliards d’euros, auquel il faut ajouter celui de la modernisation du réseau. Tout cela est inutile et coûteux pour les contribuables.

La rationalité voudrait plutôt que l’on remplace les centrales nucléaires obsolètes par des structures comparables et que l’on rénove celles qui restent efficientes, moyennant un coût approximatif d’un milliard d’euros par centrale.

La modernisation du parc représenterait un total d’environ 55 milliards d’euros, dont la moitié a déjà été apportée par EDF.

Pourquoi dépenser davantage ?

Et pour l’avenir, quel réacteur ?

Pour l’avenir, il faut concevoir un réacteur nucléaire plus efficace et moins coûteux que les EPR, dont le coût atteint entre 11 et 13 milliards d’euros par réacteur selon la Cour des comptes, alors qu’une centrale nucléaire classique ne coûtait que quelques milliards dans les années 1980.

Sans compter que les EPR sont trop puissants par rapport à la demande : un EPR produit environ 14,5 TWh par an et développe une puissance électrique d’environ 1 650 MW. Il faut revenir à la construction de réacteurs d’une puissance d’environ 1 000 MW. Ce sont les plus compétitifs : ils permettent de produire une électricité à un coût de revient incomparable.

Le président Macron évoquait récemment la construction de « petits » réacteurs. Où en est-on?

À ma connaissance, nulle part. On sait construire de petits réacteurs, comme ceux qui équipent les sous-marins nucléaires ou les porte-avions, mais leur coût est très élevé, supérieur à celui d’un réacteur de 1 000 MW, bien plus compétitif.

Faut-il relancer le projet Astrid ?

La finalité de ce réacteur de quatrième génération était double : produire de l’électricité tout en fermant le cycle du combustible nucléaire, en réutilisant une grande partie des déchets actuels comme matière énergétique.

Ce projet a été abandonné en 2019, sous la présidence d’Emmanuel Macron, lorsque François de Rugy puis Élisabeth Borne supervisaient le portefeuille de l’énergie. Il est toujours difficile de relancer un projet abandonné.

D’autant que, comme je l’ai expliqué dans l’un de mes livres [L’étrange débâcle, Michel Lafon, mai 2024] ou devant la commission d’enquête parlementaire sur la souveraineté énergétique, en 2022, les gouvernements successifs ont désorganisé EDF et l’ont poussée à abandonner certaines compétences industrielles.

La recherche avancée, notamment celle concernant Astrid, a été stoppée ; le nombre d’ingénieurs et de sous-traitants s’est réduit comme peau de chagrin.

Avec ces arbitrages, la France a volontairement détruit son avantage compétitif, et il faudra du temps pour remonter la pente.

Vous êtes sévère avec les énergies renouvelables…

À juste titre ! Le renouvelable est une machine à broyer l’argent public, le pire cauchemar des contribuables

Ces énergies sont intermittentes et non programmables : on demande au nucléaire de s’effacer devant elles en période de crête, ce qui engendre un surcoût gigantesque et détruit une partie de la rentabilité du parc.

On remplace une source continue par des injections sporadiques, d’où une forte volatilité des prix.

Sans oublier les problèmes de sécurité et les risques de black-out, comme celui qu’a connu l’Espagne en avril 2025.

On en parle peu, mais les situations de déficit de contrôle de tension deviennent fréquentes en France lorsque la part d’électricité solaire et éolienne culmine.

Faut-il sortir du marché européen de l’électricité ?

Oui. Le marché européen de l’électricité est une absurdité économique. On oblige EDF à vendre une électricité nucléaire bon marché à des opérateurs qui la revendent ensuite au prix fort.

Le manque à gagner représente des milliards de pertes pour les contribuables comme pour les consommateurs français, qui ont perdu l’avantage compétitif historique construit depuis les années 1970.

Comme je l’ai expliqué devant la commission d’enquête parlementaire sur la souveraineté énergétique, l’Allemagne a utilisé les règles européennes de concurrence et du marché électrique pour neutraliser l’avantage compétitif français fondé sur le nucléaire. La destruction d’EDF a été structurée, voulue et obtenue par Berlin avec la bénédiction de Bruxelles.

Le coup de grâce a été donné lorsque l’on a interdit à EDF de gérer les réseaux qui lui appartenaient. RTE est devenu indépendant, d’où une perte de cohérence et de coordination, ainsi que la fin des prix bas que ce modèle intégré rendait possible.

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4 réponses

  1. Entièrement d’accord avec mon ex-PDG, mais il y a une chose que je ne comprends pas: anti renouvelables quand il était PDG de Véolia, anti renouvelables quand il a été à la retraite … mais entre les deux, totalement muet sur le sujet quand il était PDG d’EDF. Pourquoi ?

    1. Parce qu’il est nommé en conseil des ministres et qu’il applique la politique qu’on lui demande d’appliquer c’est à dire la développitude durable .
      Tous les gouvernements de ces trente dernières années ont été écolos branche dure et anti nucléaires.
      Voilà pourquoi.
      Sa seule marge de manœuvre était de poliment signaler les conséquences des choix imbéciles des ministres dont la durée de vie politique n’a cessé de diminuer depuis le dernier mandat présidentiel.
      Pas facile d’avoir un État stratége quand on a des élites ignares en sciences, aux CV bidons , et dont l’objectif est le prochain scrutin….

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