L’« inflation verte » ou le nouveau paradigme économique du 21ème siècle

(Article de François Turenne initialement publié dans IREF du 26/04/22)

La transition écologique et durable est un mantra, sans cesse répété par les hommes politiques de tous bords. L’urgence climatique est, aussi, un leitmotiv à la mode sur les plateaux de télé, dans des tribunes de grands journaux ou depuis les laboratoires de recherche. Pourtant dans cette cacophonie ambiante, difficile de ne pas s’interroger sur les conséquences qu’entraînerait la transition écologique sur l’économie mondiale. Les économistes anglo-saxons et les analystes financiers de Blackrock se sont penchés sur le sujet et mettent en garde contre les risques d’une « greenflation » ou «vertinflation» dans la langue de Molière. Derrière ce néologisme se cache une réalité préoccupante. Dans les années à venir les prix des matières premières, des métaux rares et de l’énergie vont fortement augmenter du fait d’une demande accrue nourrie par les processus de transition verte. Isabelle Schnabel, économiste allemande et membre du directoire de la BCE, s’inquiète des  conséquences inattendues de la « greenflation » sur les politiques budgétaires et fiscales des Etats dont les populations défavorisées devront être aidées.

L’impact de la « greenflation » sur le prix des matières premières

La Cour des comptes européenne estime le coût de la transition écologique à 11,200 milliards d’euros pour la période 2021-2030. Ce montant faramineux doit permettre à nos  économies, très dépendantes des énergies fossiles, de tendre vers des pratiques plus propres et moins polluantes. Pour ce faire, la Commission européenne et les Etats membres veulent électrifier massivement les usages : transports, chauffage et production industrielle. Cependant, l’électrification a un coût et il s’annonce salé. Electrifier les usages requiert beaucoup de métaux dits « rares » : lithium, nickel, cobalt, palladium etc. Leur consommation, donc la demande, va exploser d’ici 2030, notamment pour fabriquer des moteurs électriques, des éoliennes ou des panneaux solaires. Il n’est pas certain que l’offre puisse suivre. En conséquence les prix vont fortement augmenter. L’inflation sur les métaux est déjà à l’œuvre dans le contexte de la guerre en Ukraine et elle ne devrait pas cesser, les gouvernements européens veulent accélérer la décarbonation de leurs économies. Le nickel a atteint 24 167$ la tonne en février 2022 contre 18 000 $ en février 2021. Pour le cobalt, la tonne se négociait autour de 80 000 $ en mars 2022 contre 45 000 $ en mars 2021. Pour le lithium, métal prépondérant dans la fabrication de batteries, la tonne  s’envole : 80 000 $ sur les marchés alors qu’elle n’était que de 11 000 $ en juin 2021. Les économistes pensent que l’inflation des prix des matières premières va se poursuivre car les politiques en faveur de la transition énergétique n’en sont qu’à leurs débuts et devraient s’intensifier.

Il y a donc toutes les raisons de croire que les voitures électriques, promues par les écologistes et le gouvernement, vont coûter bien plus cher que les voitures thermiques car elles consomment six fois plus de métaux rares. Avec la multiplication des ventes, les prix du lithium ont augmenté de 1000% lors des deux dernières années  Les dernières législations votées interdisant la vente de véhicules thermiques d’ici 2030, la question de la soutenabilité des politiques « écologistes », prises dans l’urgence et sans études d’impact, doit être posée.

L’impact de la « greenflation » sur le prix de l’énergie

Le modèle énergétique, tant rêvé par les écologistes français mais aussi allemands, est en marche. L’UE a fixé l’objectif de produire 40% de son électricité à base d’énergie renouvelable en 2030. Il  est ambitieux et la France n’a atteint que 19,1% en 2020. Un gros obstacle au  report de la production électrique à base de fossiles vers les énergies renouvelables est financier, nous l’avons vu. Un autre tient à l’instabilité de l’offre :  le gestionnaire de réseau RTE peut aisément ajuster la production d’électricité nucléaire ou fossile à la demande, mais difficilement estimer la quantité d’électricité renouvelable dont il pourra disposer. En outre, notre système électrique est fondé sur quelques unités de production (nucléaire, gaz, charbon ou hydroélectrique) dont le raccordement au réseau national ne pose pas de problème. Avec les énergies renouvelables, ce sont des milliers de petites unités de production qu’il faudra raccorder au réseau, ce qui coûtera cher.

En parallèle, lors des pointes de consommation en hiver, les panneaux solaires et les éoliennes sont inopérants du fait des anticyclones fréquents et de la faible luminosité. Ainsi, seules les centrales à gaz ou à charbon sont à même d’assurer l’équilibre. Les écologistes vantent la baisse du prix de l’électricité produite à base de renouvelables, mais oublient d’ajouter celui du fonctionnement des centrales fossiles qui seront appelées à l’aide pour compenser leurs intermittences. Or, les prix étant couplés et celui du gaz ayant fait un bond gigantesque à cause de la crise ukrainienne, le coût marginal de MWh d’électricité a lui aussi augmenté. Les Allemands – dont le mix énergétique est composé de 40% d’énergies renouvelables – pensaient réduire leurs factures mais elles sont parmi les plus élevées d’Europe, 0.309 €/KWh contre 0.18 €/KWh en France. L’électricité devrait rester chère, du fait de la hausse des prix de la tonne de carbone sur le marché des droits à polluer dit ETS (Emission Trading system).

Enfin, la transition écologique va impacter durablement les finances publiques des Etats puisqu’elle va nécessiter de forts investissements et un fort interventionnisme. Sans parler des aides destinées à rendre cette phase soutenable pour les moins aisées. Isabelle Schnabel prévoit que le Etats devront accroître les mécanismes de redistribution tels que les chèques énergie ou les bonus écologiques.

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