L’homme de Bruxelles qui n’a plus supporté l’idéologie verte

(Interview par Emmanuel Garessus le 25/04/22 dans Le Temps)

Après trente-six années passées à la tête des politiques énergétiques de l’UE, Samuel Furfari n’a plus accepté la mise à l’écart des experts. Il montre que l’économie et l’énergie vont de pair au plan mondial.

Portrait de Samuel Furfari

“L’énergie , c’est la vie, le sang qui coule dans les veines de l’économie”, me déclare, dans une interview, Samuel Furfari, essayiste et professeur de géopolitique de l’énergie à l’Université libre de Bruxelles.

“Tout ce qui entoure l’individu a été fabriqué et transporté grâce à l’énergie. Aucune action de notre vie ne peut se passer sans énergie. Cela paraît banal, mais au moment où l’énergie rassemble tous les aux, reconnaissons que sans énergie il n’y a plus rien. Les courbes de la consommation mondiale d’énergie et du PIB avancent en parallèle.”

Samuel Furfari a passé trente-six ans à la Direction générale de l’énergie de la Commission européenne, trois décennies en tant qu’acteur des politiques énergétiques européennes. Il a ainsi écrit les directives sur les renouvelables, l’efficacité énergétique et le Protocole de Kyoto. Progressivement, il n’a plus supporté la mise à l’écart des experts et la priorité à l’idéologie verte. 

Contrôler le CO2 , c’est contrôler la vie

L’Europe a pour objectif de baisser de 40% les émissions de CO2 et de 32% la consommation d’énergie.

«Cela m’attriste parce que c’est farfelu. Je saute au plafond parce que ce n’était pas comme cela il y a cinq ans. La décarbonation, c’est nouveau. Elle n’est pas physiquement faisable et elle est dangereuse sur le plan économique parce que le reste du monde ne va pas dans ce sens, comme le montrent les échecs de la COP26. En étant seule à décarboner, l’Europe se suicide», déclare-t-il lors d’une interview.

Le contrôle du CO2 est une menace pour les libertés. Richard Lindzen, grand climatologue, professeur au MIT, membre du GIEC, avait écrit il y a quelques années: «Si vous contrôlez les émissions de CO2 , vous contrôlez la vie.» Le moindre de nos gestes quotidiens dépend de la consommation d’énergie. Sans énergie, il n’y a plus aucune activité humaine. C’est pourquoi le reste du monde, pragmatique, va continuer de tourner en utilisant des énergies fossiles, écrit d’ailleurs Samuel Furfari, dans Energie, tout va changer demain? Analyser le passé, comprendre l’avenir.

Le désir d’une énergie chère

La prospérité s’est accrue parce que l’énergie est devenue abondante et bon marché, note notre interlocuteur. La révolution industrielle est la suite de la révolution énergétique, explique Samuel Furfari.

Le prix de l’énergie détermine la possibilité de croissance. En Europe, l’UE veut à présent une énergie rare et chère, ce qui pénalise toute l’économie. L’industrie de l’aluminium s’est déplacée en Russie et en Chine parce que le prix de l’électricité y est le tiers de celui que l’on rencontre en Europe, montre Samuel Furfari. La globalisation conduit l’économie à se déplacer là où l’énergie est la moins chère. Cela ne va pas changer à l’avenir, prévoit-il.

La consommation d’énergie et le PIB se sont développés en parallèle jusqu’au choc pétrolier des années 1970. Depuis cette époque, la croissance économique s’est poursuivie à peu près au même rythme, mais celle de l’énergie a baissé. La rupture s’est produite au moment où l’industrie a commencé à faire des économies d’énergie. Elle a fait des efforts énormes à cette fin, en particulier l’industrie lourde. Les deux courbes progressent, mais à des rythmes différents depuis quarante ans.

Le passage progressif à une économie de services n’a pas fortement impacté ces tendances. «Si vous ne dépensez pas de l’argent pour de l’acier, ce sera au restaurant, pour l’achat d’équipements ou dans des activités touristiques, mais dès que la richesse s’accroît, l’argent circule. Le lien énergétique demeure. A la sortie des années 1970, pour répondre aux chocs pétroliers, l’UE a demandé de réduire la consommation d’énergie. L’objectif n’a pas été atteint. Avant l’exigence de la politique de décarbonation, tous les scénarios pointaient vers une hausse de la demande, parce que l’emploi suppose une hausse du PIB, lequel nécessite mécaniquement de l’énergie, poursuit l’expert. Car si l’UE ne veut plus prospérer, le monde poursuit sa croissance sous l’effet des besoins de la Chine rurale ou d’ailleurs. «La Chine ne s’intéresse pas vraiment aux opinions des Européens», déclare Samuel Furfari.

L’Empire du Milieu compte 1,4 milliard d’habitants, dont 400 millions vivent dans les villes modernes du sud et à Pékin. Une grande partie du nord et de l’ouest n’a qu’un but: celui d’atteindre le niveau de vie de Shanghai. Comme le Parti communiste prône l’égalité, soit 400 millions deviendront pauvres, soit 1 milliard s’enrichira. Xi Jinping préfère que la richesse augmente, ce qui suppose une hausse significative du PIB annuel et donc de la consommation d’énergie abondante et bon marché.

Les contraintes physique de l’idéologie verte

Tout ce qui est dit aujourd’hui des espoirs d’innovation pour freiner la consommation d’énergie l’a déjà été en 1973 et 1979, selon Samuel Furfari. Ce dernier a géré des programmes d’innovation, en matière de centrales électriques et de piles à combustibles.

«Le Parlement européen a accordé énormément de ressources financières à cette fin, depuis les années 1980 pour les énergies renouvelables et pour l’efficacité énergétique. Cela s’est amplifié, à travers la création d’agences tant il y avait de projets», se rappelle-t-il. «Résultat: il n’y a que 2,9% de solaire et d’éolien dans le bilan d’énergie primaire. On est loin du compte. Les limites sont d’ordre physique. La transition énergétique ne peut pas passer par les énergies renouvelables»

dit l’auteur de la directive établie en 2006 qui impose l’introduction d’un quota d’énergies renouvelables.

«Nous avons fait notre devoir en essayant. Maintenant nous devons dire la vérité aux gens: ça ne marche pas»,

Cette directive obligeait les Etats membres à produire des énergies renouvelables, tant au niveau de l’UE que des membres. Lors de la révision de la directive, en 2018, les Etats membres ont refusé les objectifs contraignants. Aujourd’hui, l’objectif contraignant se limite à 32% pour l’ensemble de l’UE et les discussions portent sur le relèvement à 40%, mais aucune obligation légale n’est imposée aux Etats parce que, selon Samuel Furfari, certains n’y croient pas.

Besoin de diversification et donc de nucléaire

Le scénario actuel, renforcé par la crise russe, doit prendre en compte des limites hysiques: plus vous investissez dans les énergies renouvelables intermittentes et variables, plus vous devez les accompagner de centrales à gaz, juge Samuel Furfari. La Commission ne veut pas entendre parler d’énergie nucléaire alors qu’elle est gardienne du traité Euratom. Cette position illogique, idéologique, traduit le choix de l’Allemagne et de la présidente de la Commission. Comment être crédible dans la décarbonation sans parler de ce qui représente 28% de la production d’électricité et sans production de CO2 en Europe, demande notre interlocuteur. Il y a une contradiction à vouloir mettre un terme à la première source d’électricité en Europe.

Le renouvelable éolien et solaire est intermittent et variable. En cinq ans, les éoliennes produisent en moyenne à peine 21% du temps et les panneaux solaires 11%. Il faut les accompagner d’un nombre croissant de centrales au gaz. Mais on refuse de le dire, observe-t-il. Les énergies durables ne se développent d’ailleurs pas en Afrique puisqu’on n’y trouve pas de centrale à gaz. La moitié de la population africaine n’est pas connectée au réseau électrique.

La solution consiste à diversifier, à réhabiliter l’énergie nucléaire parce que le monde, en particulier l’Asie, va la développer, comme le gaz. Samuel Furfari révèle qu’il existe du gaz en maints endroits en Europe. Mais «l’UE a mis la barre tellement haut que les entrepreneurs ont arrêté». Les entreprises du monde de l’énergie ont besoin de visibilité, de sérénité et de stabilité, ce qui n’existe plus en Europe. L’Iran ouvre les bras aux producteurs pour desservir l’Asie, mais qui veut venir en Europe? Pourquoi y investir des milliards pour qu’un politicien y mette un terme? demande Samuel Furfari: «Notre drame est de considérer l’énergie comme un bien politique alors que l’énergie, c’est la vie, la seule solution pour un sursaut en Europe. Mais je ne suis pas sûr qu’il arrive rapidement. Tous mes amis énergéticiens sont en colère.

Nous le disons depuis des années, mais on nous boycotte, on ne nous publie pas, on nous traite de tous les noms.» Le livre vert de la Commission, en octobre 2000, quand Samuel Furfari était responsable de la communication, exigeait une diversification des sources d’énergie, des pays et des routes d’approvisionnement, ainsi qu’une approche faisant fi du manichéisme. C’était le bon sens de la vie, juge-t-il. Aujourd’hui, la Commission a mis tous ses œufs dans le renouvelable. Il révèle alors que, contrairement au passé, il n’y a plus guère d’ingénieurs à la Commission.

En avril 2021, Frans Timmermans, vice-président, a publié la taxonomie, mais s’est limité au renouvelable. Quelques mois plus tard, une correction est venue, en décembre 2021, en ajoutant le gaz et le nucléaire.

“Toute cette incertitude et ce manichéisme ont un coût énorme sur l’économie. Si vous supprimez le financement du renouvelable, tout s’écroule. Le système ne tient debout que grâce aux subsides et à l’obligation d’acheminer de l’électricité renouvelable, soit de prendre l’énergie la plus chère”, juge-t-il.

La Commission doit cesser d’affirmer, à son avis, que le fossile appartient au passé. Elle doit arrêter la décarbonation. Alors les entreprises reviendront immédiatement en Europe, prévoit le professeur.

Depuis 1992 et la convention de Kyoto, les émissions de CO2 ont augmenté de 58% dans le monde. Cela montre, à son avis, qu’en dehors de l’Europe et de Joe Biden personne ne se préoccupe du CO2 . Vladimir Poutine n’a pas fait le déplacement de Glasgow. La Chine et l’Inde ont saboté l’accord de Glasgow et, quelques jours plus tard, le premier ministre Scott Morrison a affirmé que l’Australie produira tout le charbon dont le monde a besoin. Samuel Furfari conclut clairement:

«Les politiciens européens omettent la dimension mondiale de la problématique.» 

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Une réponse

  1. « En dehors de l’Europe et de Joe Biden personne ne se préoccupe du CO2 »

    Et ils ont bien raison de se méfier du GIEC qui délivre la bible de la religion climatique. Alors que nous savons que le GIEC nous trompe :
    – non le CO2 n’est pour rien dans le réchauffement, encore moins le petit % de CO2 émis par les activités humaines car l’augmentation du CO2 suit (et non engendre) la température de la planète et de ses océans,
    – non le CO2 n’est pas un gaz à effet de serre dans l’atmosphère où il est en mélange avec l’eau vapeur dont les spectres d’absorption des infrarouges saturent ceux du CO2,
    – non les modèles du GIEC ne valent rien car ils ne sont pas recalés sur les mesures réelles de température, alors que tout physicien sait qu’un modèle doit être au moins recalé pour espérer avoir une quelconque valeur. Au contraire, les mesures réelles (ballons sondes et satellites) indiquent une très légère baisse de la température de la troposphère depuis 2016, ce qui écarte formellement la soi-disant « urgence climatique ».

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