“APOCALYPSE ZÉRO”, de Michael Shellenberger

(Aymeric Belaud dans IREF du 9/9/22)

Nous avons connu un été particulièrement chaud en France. La sécheresse a frappé tout le territoire, et les cultures agricoles en ont souffert. De nombreux feux de forêts ont également touché de nombreuses régions. Une aubaine pour les écologistes catastrophistes qui sont venus en masse sur les plateaux TV pour prophétiser la fin de l’Humanité et expliquer que, pour éviter l’Apocalypse, il fallait en finir avec le capitalisme et la liberté.

C’est contre cet écologisme radical que Michael Shellenberger a écrit « Apocalypse Zéro – Pourquoi la fin du monde n’est pas pour demain », livre qui a été numéro un des ventes aux Etats-Unis et qui est depuis l’année dernière disponible en français. Nommé « héros de l’environnement » par le magazine Time en 2008, expert en énergie invité par le GIEC, Michael Shellenberger est le fondateur d’une ONG de sauvegarde de la nature. Il a écrit dans de nombreux journaux comme le New York Times ou le Washington Post. Son profil est loin d’être celui d’un « réac conservateur climatosceptique ». Pourtant, le contenu de son ouvrage va défriser plus d’un écolo. Préfacé par Pascal Bruckner, ce livre mélange enquête, recherche et histoire.

A travers plus de 500 pages documentées et sourcées, Michael Shellenberger remet les pendules à l’heure sur un certain nombre de faits, tout en contant son passé de militant environnementaliste commencé à l’adolescence. Il contredit les arguments des écologistes sur l’Amazonie, notamment sur la déforestation en expliquant qu’elle avait commencé bien avant l’arrivée de Jair Bolsonaro au pouvoir et que la volonté d’ONG écologiques et de gouvernements européens de s’opposer au développement économique en Amazonie et au Brésil ne ferait qu’aggraver la situation (p. 78).

Parlant de la protection des animaux, l’auteur affirme, au sujet des baleines, que c’est le développement économique et le progrès technique qui ont permis de réduire, voire de stopper, la chasse de ce mammifère aquatique.

Il surenchérit en écrivant que si les marchés du Japon et de Norvège avaient été plus libres, ces deux pays « seraient passés de l’huile de baleine à l’huile végétale beaucoup plus tôt » (p. 234).

Shellenberger défend également la consommation de viande : « le végétarisme semble moins découler d’un examen rationnel des preuves que d’un rejet émotionnel » (p. 267). Il explique par ailleurs que « la croisade pro-glucides et anti-graisses s’est avérée aussi mauvaise pour l’environnement qu’elle l’avait été pour les gens » et que « les inquiétudes du public au sujet de la viande sont donc pour une large part erronées ». Il en vient à défendre l’utilisation d’hormones de croissance pour la viande de bœuf, comme l’OMS, la FAO et la Food and Drug Administration qui ont conclu que « la viande produite avec ces hormones était sans danger pour la consommation humaine » (p. 264). De quoi rendre rouge de rage de nombreux écologistes, Sandrine Rousseau en tête.

Thème d’actualité, M. Shellenberger défend le modèle nucléaire français et décrie fortement le choix de l’Allemagne : « Si l’Allemagne avait investi dans de nouvelles centrales nucléaires les 580 milliards de dollars qu’elle a misés sur les énergies renouvelables comme les parcs solaires et éoliens, elle générerait 100% de son électricité à partir de sources zéro émission et aurait suffisamment d’électricité zéro carbone pour alimenter toutes ses voitures et camions légers » (p. 285). Selon lui, le nucléaire est « le moyen le plus sûr de produire une électricité fiable ». Qui plus est, il affirme que le nucléaire a « sauvé plus de deux millions de vies à ce jour en empêchant la mort de ces individus du fait de la pollution atmosphérique » (p.284).

Critiquant sévèrement les stars et leurs bons sentiments, ainsi que les politiques qui produisent l’effet inverse de celui escompté, il en vient à la conclusion que « si l’apocalypse climatique est une sorte de fantasme inconscient pour les êtres qui détestent la civilisation, cela pourrait expliquer pourquoi les gens les plus alarmistes sur les problèmes environnementaux sont aussi les plus opposés aux technologies capables de les résoudre, qu’il s’agisse du recours aux engrais, de la maîtrise des crues ou des énergies comme le gaz naturel et le nucléaire » (p. 493). En effet, bon nombre d’écologistes ne cherchent pas de solution mais veulent détruire la civilisation en prônant la décroissance et la fin du capitalisme. A mi-chemin entre le fanatisme religieux et le communisme New Age.

Si pour Michael Shellenberger, le changement climatique est un problème réel, il affirme pour autant que non seulement il n’entraînera pas la fin du monde, mais qu’il ne devrait pas être notre priorité principale. Un nouveau pavé jeté dans la marre de l’écologisme dogmatique et bien-pensant.

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