Décarbonation : la France en avance ou en retard ?

La France va sans doute être condamnée à une amende de 500 millions d’euros parce qu’elle « est en retard dans le développement des énergies renouvelables ».

Par François Brunschwig et Michel Gay.

Les récentes déclarations de la ministre Agnès Pannier-Runacher lors de son interview le 3 novembre 2022 par la chaîne Public Sénat et quelques jours plus tard lors de l’examen devant le Sénat de la loi d’accélération des énergies renouvelables, interrogent sur les intentions du gouvernement.

Des slogans pour arguments

La ministre traduit-elle une manipulation habile de l’opinion publique (qui manifestement fonctionne) et un piège tendu aux sénateurs (dans lequel ils sont tombés) – ou une méconnaissance inquiétante des contradictions qu’elle cache ?

Selon L’Express, l’exécutif aurait manifesté sa satisfaction de voir que « la recherche du consensus l’a emporté sur le sectarisme » à l’issue du vote favorable du Sénat.

Les ruraux et les scientifiques, dont les membres des académies des Sciences, des technologies et de Médecine, qui alertent sans jamais être entendus sur les dangers et l’impasse du développement massif des énergies renouvelables intermittentes, apprécieront d’être qualifiés de « sectaires ».

L’insulte à l’égard de ceux qui contredisent la doxa gouvernementale devient un réflexe.

Aucun des slogans « c’est bon pour le climat, pour le pouvoir d’achat, pour l’indépendance de la France, pour la compétitivité de nos entreprises » ne résiste à l’analyse, y compris dans l’excellent documentaire Éoliennes, du rêve aux réalités.

Et des amendes pour accélérer…

Parmi les slogans, la ministre a indiqué que la France allait sans doute être condamnée à une amende de 500 millions d’euros parce qu’elle « est en retard dans le développement des énergies renouvelables » :

« La France est en retard en matière de production d’énergie et en particulier des énergies renouvelables donc nous avons une responsabilité […] Cette volonté d’aboutir, cette volonté de donner enfin une indépendance énergétique à notre pays […] On est le seul pays en Europe à ne pas avoir déployé suffisamment d’énergies renouvelables. Il faut rattraper ce retard, ça s’appelle anticiper. ».

La France pourrait éventuellement déployer davantage d’énergies renouvelables thermiques (notamment le solaire thermique) et de pompes à chaleur, mais certainement pas des éoliennes et autres panneaux photovoltaïques aux productions erratiques et globalement ruineuses.

« Ce n’est pas rien 6 EPR » s’est écriée la ministre, comparant des puissances éoliennes intermittentes à celles pilotables et confondant une nouvelle fois la puissance installée et l’électricité produite.

Non, madame Pannier-Runacher, dix gigawatts d’éolien qui fonctionnent quand il y a du vent ne sont pas équivalents aux 10 GW de six réacteurs nucléaires EPR !

Ces déclarations erronées sont appréciées par les anti-nucléaires et par le puissant lobby du syndicat des énergies renouvelables (SER) et France Énergie Éolienne.

La France condamnée mais pas l’Allemagne !

Or, la part d’énergie renouvelable dans l’énergie brute finale en France (19,1 %) est quasiment la même que celle de l’Allemagne (19,3 %).

Mieux encore, la progression depuis 2015 est également parallèle : elle est passée de 14,9 % à 19,3 % pour l’Allemagne (progression de 29,5 %) et 14,8 % à 19,1 % pour la France (progression de 29,1 %).

Comment justifier les accusations contre la France alors qu’en matière d’émission de gaz à effet de serre, la France produit depuis longtemps, grâce principalement au nucléaire, l’électricité la plus décarbonée des grands pays d’Europe ? Elle est dix fois moins carbonée que celle de l’Allemagne.

Or, ce « détail » fondamental dans la lutte pour la décarbonation n’est pas évoqué par la ministre.

Les objectifs de développement durable de l’ONU

En septembre 2015, l’assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution visant à transformer le monde dans le cadre d’un programme de développement durable à horizon 2030 : 17 objectifs ont été définis.

L’objectif numéro 7 évoque le développement d’énergie propre, dont les énergies renouvelables.

Mais pour l’Europe, s’agissant d’énergie, pas d’ambiguïté… La directive européenne du 11 décembre 2018 ne promeut que les énergies renouvelables !

Le terme « nucléaire » ne figure pas une seule fois dans ce document mais l’extension des réseaux de gaz naturel y figure avec l’argument de favoriser l’injection de biogaz.

Mais du gaz naturel, complément indispensable des énergies renouvelables électriques intermittentes dépendant notamment du vent et du soleil, la ministre Agnès Pannier-Runacher n’en parle pas.

Le plus étonnant se situe dans l’annexe 1 de la Directive européenne où figurent les engagements choisis pour 2020 par les différents pays en termes de part d’énergies renouvelables :

Le Luxembourg, pays champion européen des émissions de gaz à effet de serre par habitant, et qui attaque la France sur le nucléaire, a retenu un objectif de 11 % ; la Belgique, 13% ; les Pays-Bas, 14% ; le Royaume-Uni, 15% ; l’Italie, 16% ; l’Allemagne, 18%.

Mais la France, elle, fait du zèle : elle a affiché 23 % !

Pourquoi cet objectif ? 

L’examen d’un autre document de l’INSEE donne la réponse. L’objectif numéro 7 montre l’évolution des productions d’énergie du nucléaire année après année.

Pour 2015, le chiffre de 108,4 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) est à comparer aux 88,3 Mtep de 2020, soit une baisse de 19 % de la capacité nucléaire, impliquant au préalable la fermeture de onze réacteurs de 900 MW ainsi que des centrales thermiques classiques. Ces dernières ont effectivement été fermées (ou presque…) et cette situation devait conduire automatiquement à faire remonter le ratio des énergies renouvelables !

Des décisions irresponsables ont été prises depuis vingt ans.

Mais oser dire aujourd’hui que la France est le seul pays à ne pas avoir atteint ses objectifs (stupides) et qu’il faudrait rattraper le retard sur les énergies renouvelables alors qu’elle est en avance sur la décarbonation énergétique tourne à la mauvaise farce.

Car pour rattraper ce pseudo-retard, il faudrait fermer les 12 tranches nucléaires, comme prévu dans la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) toujours en vigueur, contrairement au discours du président de la République à Belfort en février 2022.

En outre, la mise en service du réacteur EPR de Flamanville prévue en 2023 va mathématiquement faire baisser la part des énergies renouvelables.

Comment le gouvernement envisage-t-il de résoudre cette équation ?

Encore des amendes à venir ?

Si la France n’affiche pas l’annulation pure et simple de cet objectif délirant de 23 %, la construction de six EPR annoncée par le président, puis de huit autres, va encore fâcher les fonctionnaires européens qui vont concocter d’autres amendes…

N’y a-t-il pas lieu de s’inquiéter auprès de la Première ministre ?

Marjolaine Meynier Millefert, députée Renaissance de l’Isère, rapporteure de la commission Julien Aubert sur les énergies renouvelables, avait fait une intervention remarquée lors d’un congrès du syndicat des énergies renouvelables en s’inquiétant de la réaction des Français quand ils réaliseront qu’ils ont été trompés.

Pourtant, nos politiques continuent de s’entêter dans une voie suicidaire contraire aux intérêts de la France.

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