Taxe européenne sur le chauffage : quand l’UE s’enferre dans sa quête illusoire de décarbonation

(Texte initialement publié dans Atlantico)

Dans son projet irréaliste de décarbonation, l’UE va jusqu’à taxer un besoin humain fondamental et incontournable : se chauffer, cuisiner, se laver, se déplacer.

Emmanuel Macron voulait taxer les déplacements, les « gilets jaunes » l’en ont empêché. Cette fois-ci, nous n’y échapperons pas, car l’UE l’a verrouillé.

Nous sommes loin de l’objectif des fondateurs de la Communauté européenne qui était de fournir aux citoyens et à l’industrie une énergie abondante et bon marché. Il ne faut pas s’étonner que les citoyens n’aient aucune sympathie pour l’UE. Ce sera quitte ou double lors des élections de mai 2024.

Quand on met une grenouille dans l’eau chaude, elle essaie de s’échapper, mais si on la met dans une casserole d’eau froide et qu’on augmente lentement la température, elle finit par se laisser cuire. Après 60 ans de soins à l’économie et aux citoyens avec une vision de croissance et de prospérité, à dose homéopathique, l’UE prépare depuis quelques années des prélèvements sous prétexte qu’elle veut sauver la planète en donnant l’exemple au reste du monde.

Les Européens ne sont pas plus sages que la grenouille.

Depuis des années, les institutions européennes nous avertissent que pour parvenir à la décarbonation de notre société, le prix de l’énergie devra augmenter pour nous inciter à consommer moins. L’obligation d’utiliser des énergies renouvelables a été essayée, mais après un demi-siècle de subventions et de promotions diverses, les énergies solaire et éolienne ne représentent que 3 % de la consommation d’énergie primaire de l’UE. De plus, l’Allemagne ne tolère plus l’énergie nucléaire, pourtant décarbonée, abondante et bon marché.

Pour éviter les émissions de carbone, il faut donc consommer moins, de gré (sobriété heureuse) ou de force (taxation). Mais les électeurs n’y ont pas prêté attention, et ils sont maintenant confrontés à la dure réalité : l’UE va nous taxer de plus en plus inutilement. C’est ce qu’elle fait avec la stratégie « Net zero », également connue sous le nom de « Fit 55 ».

Notons que l’UE ne parle pas d’une taxe, mais d’un système de marché d’enchères pour l’énergie. L’UE n’oserait pas tenter d’introduire une taxe sur l’énergie, car l’article 194.3 du traité de Lisbonne stipule que les décisions relatives à la taxation dans le domaine de l’énergie doivent être prises à l’unanimité. Et comme les 27 États membres ne sont pas tous aussi convaincus que l’Allemagne que l’énergie doit être chère, il n’est pas question d’une taxe sur l’énergie. 

Mais ce n’est pas tout. À Bruxelles-Strasbourg, on n’hésite pas à dire que le changement climatique est l’occasion d’imposer enfin la « justice sociale », c’est-à-dire de demander à la classe moyenne de payer plus pour aider les classes sociales les moins aisées. Sur Euronews, Malin Björk, eurodéputée suédoise de La Gauche, a déclaré que

« les politiques climatiques visent à rééquilibrer les différences sociales »,

tout en insistant sur le fait que le prétexte de la décarbonation

« est intrinsèquement juste pour lutter contre les riches ».

Avec des « taxes » pour « sauver la planète », l’objectif de la Gauche est de prendre sa revanche après la victoire de l’économie de marché sur le socialisme, alias le soviétisme.

Depuis 1992, ils ont fait croire que la température de la Terre allait augmenter de plus en plus, au point que les gens y ont cru.

Même moi, puisque j’ai géré ce dossier à la direction générale de l’énergie de la Commission européenne de 1994 à 2000. Cela a pris du temps, mais progressivement, j’ai compris que tout cela était exagéré et que nous n’étions pas « sur la route de l’enfer » comme le prétend Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU. Comme me l’a appris mon ancien professeur à l’Université Libre de Bruxelles, il n’est même pas prouvé que l’augmentation de température de 1,3 °C au cours des 120 dernières années soit partiellement ou entièrement due au fait de rouler en voiture et de se chauffer au gaz ou au fioul. Je sais qu’oser affirmer que le GIEC n’écrit pas les certitudes et les exagérations que les activistes rapportent conduit au bannissement.

Afin d’éviter l’improbable enfer, ils veulent nous obliger à réduire nos émissions de CO₂. C’est ce qu’on nous dit depuis 1992, date de l’adoption de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Et malgré cela, les émissions mondiales de CO₂ ont augmenté de 60 %. Ils ont donc décidé de nous obliger à en faire plus. Comment ? En rendant l’énergie plus chère, en la taxant.

Ils nous avaient prévenus qu’ils taxeraient

Dès que le tandem formé par Ursula von der Leyen et Frans Timmermans a pris la tête de la Commission européenne en 2019, il a annoncé que les citoyens de l’UE seraient contraints de changer leur mode de vie afin de « sauver la planète » et de montrer que l’Europe (!) est « le premier continent décarboné ».

En 2021, la Commission européenne a adopté un ensemble de propositions législatives appelé « Fit for 55 », visant à atteindre l’objectif de l’UE d’une réduction de 55 % des émissions de CO₂ d’ici 2030 afin d’atteindre le « zéro net » en 2050, la neutralité climatique. Ils n’ont toutefois pas osé préciser si cet objectif devait être atteint au 1er janvier ou au 31 décembre 2050 ! Cependant, pour nous convaincre de sa détermination, la Commission européenne a placé sur son site un chronomètre qui indique à la seconde près le temps qu’il reste pour atteindre zéro émission de carbone : 9749 jours, 5 heures, 56 minutes et 49 secondes au moment où j’écris cette phrase.

Tout cela alors que la Chine a construit plus de 100 centrales électriques au charbon l’année dernière, et que Reuter vient d’écrire que le pays de Xi Jinping prévoit d’accélérer l’approbation de nouvelles mines de charbon et d’accélérer la construction de mines déjà approuvées pour soutenir son approvisionnement en énergie de base pendant les pics de demande.

Si les émissions de CO₂ ont un quelconque effet, c’est celui de ridiculiser ceux qui espèrent qu’elles diminueront grâce aux taxes.  

Les institutions européennes nous ont donc prévenus qu’elles allaient contrôler nos vies grâce au carbone. Mais nous n’avons pas réagi. Nous ne sommes donc pas surpris que le Parlement européen ait adopté la semaine dernière trois textes législatifs annoncés par le paquet Fit 55. Une « taxe carbone », déguisée en système d’échange de quotas d’émission (ETS), une taxe carbone aux frontières de l’UE sur les matières premières et une directive visant à distribuer une partie de la taxe carbone « aux plus pauvres ». Fruit des compromis qui font la réputation du Parlement européen, ce sont des centaines de pages de législation que seuls les fonctionnaires et les consultants peuvent décrypter.

En pleine crise énergétique, alors que de plus en plus de personnes réduisent leur chauffage et ne peuvent plus payer leurs factures d’énergie, l’UE taxe l’énergie. Mais dans quel monde vivent-ils ? 

La satisfaction d’avoir taxé

Les Verts du Parlement européen sont satisfaits, car cela fait des années qu’ils le demandent. « Nous aurions dû l’adopter il y a des décennies », a déclaré l’eurodéputé Jokob Dalumbe sur Euronews. L’eurodéputée Malin Björk (Gauche), dans la même émission, « regrette que cela n’aille pas plus loin ».

Au contraire, il me semble que le Parlement européen est allé trop loin en décidant que les citoyens de l’UE paieront une « taxe carbone » pour se chauffer, cuisiner et se laver à l’eau chaude. Il est vrai qu’en Allemagne les écologistes ont convaincu une partie de la population que pour sauver la planète il fallait se laver à l’eau froide, sans savon et de moins en moins et même tirer la chasse d’eau que rarement afin d’économiser l’eau dans ce pays pluvieux.

Nos factures de gaz et de carburant vont augmenter, à l’instar de nos factures d’électricité depuis que l’UE a imposé la production d’électricité à partir de sources renouvelables. Cette fois, c’est grâce au nouveau système d’échange de quotas d’émission (SCEQE II ou ETS II dans le jargon de Bruxelles-Strasbourg) pour le transport routier et les carburants domestiques, qui fixera un prix pour les émissions de gaz à effet de serre de ces secteurs en 2027 (« ou 2028 si les prix de l’énergie sont exceptionnellement élevés ».… admirons la générosité !)

Jusqu’à présent, le système d’échange de quotas d’émission s’appliquait à l’industrie lourde (acier, raffineries et cimenteries, verreries, produits chimiques), aux centrales électriques et à l’aviation civile. Il a été étendu au secteur maritime et il est prévu de renforcer les mesures pour l’aviation civile. Les billets d’avion coûteront donc plus cher. Les voitures particulières seront également davantage taxées. 

Mais oui, le climat est une excuse

Dans sa grande largesse, sachant que beaucoup d’Européens ne pourront pas payer ces nouvelles taxes et que les autres les trouveront injustes et inutiles, le Parlement européen, sur proposition de la Commission, a adopté un Fonds social européen pour le climat de 86,7 milliards d’euros, qui sera financé en partie par nos impôts et en partie par une redistribution des recettes de l’innommable « taxe carbone ».

Le législateur européen, afin d’éviter une révolution des « gilets jaunes », redistribuera une partie des prélèvements aux ménages vulnérables, aux microentreprises et aux usagers des transports particulièrement touchés par la pauvreté énergétique. Le simple fait de définir et de vérifier qui en bénéficiera entraînera de nombreuses formalités administratives qui absorberont une partie des recettes.

C’est ce qu’on appelle le socialisme. Pour les écologistes de tous les partis politiques, la température de l’eau de la grenouille n’est pas encore assez chaude : ils considèrent l’augmentation actuelle des impôts non pas comme une fin, mais comme un début, un tremplin pour encore plus d’impôts. Comme l’a dit le climatologue Richard Lindzen (professeur au prestigieux MIT de Boston, mais résidant en partie à Paris),

« si vous contrôlez le carbone, vous contrôlez la vie ». 

Si vous pensez qu’il est juste que vous payiez ces nouvelles taxes, alors que le reste du monde continue à consommer de plus en plus de combustibles fossiles, ne faites rien. Sinon, organisez-vous pour renverser la large majorité écologiste transpartisane actuelle au Parlement européen lors des élections de mai 2024. Une large majorité, car ce texte a été approuvé par 413 voix pour, 167 contre et 57 abstentions.

Seuls 26 % se sont prononcés contre la taxe européenne sur le chauffage.

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