Les mondes virtuels du climat et de l’énergie

PAR IDDO WERNICK dans Epoch Times du 27 août 2023

La capacité de l’homme à se protéger de la nature s’est considérablement développée, mais l’humanité n’en reste pas moins soumise aux cycles des marées et aux caprices de la météo. Nous sommes de plus en plus conscients de la complexité des processus naturels et sociaux, pourtant nous continuons d’être convaincus qu’il est possible de comprendre et de contrôler l’évolution des choses. Cette illusion de contrôle n’a cessé de progresser depuis que, grâce aux ordinateurs, nous pouvons créer des mondes virtuels dans lesquels les humains contrôlent les flux de données et les règles du jeu. Tous les mondes virtuels sont, par définition, autoconsistants. Une fois que les données sont numérisées, les algorithmes peuvent commencer à travailler. Plus important encore, l’autoconsistance permet de fixer des objectifs précis et de mesurer les progrès accomplis dans l’avancement des objectifs. Les événements survenant en dehors de ce monde virtuel bien défini ne sont pris en compte que de façon indirecte, voire pas du tout.

Les prédictions du comportement futur de systèmes aussi complexes que le climat sont tous issus des mondes virtuels. Pour réduire la complexité du calcul des prévisions, les modèles informatiques doivent être simplifiés. Et pour prédire les scénarios climatiques futurs, ils postulent une homogénéité imaginaire qu’ils appliquent à de grands volumes comme l’atmosphère et les océans, et ignorent l’existence potentielle d’effets mineurs ou de rétroactions, dont on sait pourtant qu’ils peuvent influer sur les résultats. De même, parce que nous sommes en mesure de quantifier et de réguler le CO2 produit par l’homme, les modèles informatiques mettent l’accent sur le rôle du carbone dans le changement climatique.

Plus nous sommes sûrs des résultats des modèles, plus nous sommes convaincus que la société peut exercer un contrôle sur les systèmes modélisés. Forts de leur confiance inébranlable dans les effets du CO2 sur le climat, les partisans de la réglementation proposent de réguler les émissions de carbone anthropiques à l’aide de modèles qui simplifient la dynamique du système mondial actuel. Pourtant ce système est élaboré, vieux de plusieurs siècles, et il permet de produire et de distribuer de l’énergie utile aux sociétés humaines. Notre certitude quant aux résultats des modèles est telle que les gouvernements du monde entier se sentent capables d’obliger les citoyens à adopter des technologies énergétiques moins efficaces et moins fiables, pourvu que l’on évite à tout prix les carburants à base d’hydrocarbures.

En se basant sur des modèles de prédiction climatique qui sont tous issus du monde virtuel, il a été décidé de dédier des millions d’hectares de terre et de mer du monde réel à la récolte d’énergie solaire et éolienne, qui on l’espère remplacera le système de production d’électricité stable déjà existant. Les prédictions informatiques sur le climat futur dopent la production de masse de véhicules alimentés par des batteries qui pèsent plusieurs milliers de kilos, qui sont fabriquées à partir de métaux rares et qui nécessitent d’importants ajouts au réseau électrique actuel. Dans le monde virtuel, ces technologies sont projetées de manière à répondre à la future demande mondiale d’énergie et de nourriture en minimisant les retombées sur l’environnement. Les kilowattheures sont considérés comme interchangeables avec les litres d’essence et de diesel, car ils occupent tous deux la même place dans le monde virtuel des modèles énergétiques. Qu’il s’agisse des déchets générés par l’extraction de minéraux pour les batteries, des paysages rasés pour accueillir les énergies renouvelables, ou encore de la façon dont la vie intérieure des adolescents est modifiée par les réseaux sociaux, toutes ces choses qui sont difficiles à calculer ne sont pas prises en compte. Le monde virtuel reste impartial et immaculé.

L’agenda technocratique des défenseurs du climat d’aujourd’hui tire sa foi de son immersion dans le monde virtuel des modèles prédictifs. Les modèles quantitatifs nourrissent le besoin de contrôle de l’être humain et nous font croire que nous pouvons prédire l’avenir. Ils renforcent notre conviction que si nous pouvons mesurer l’avenir, alors nous pouvons aussi le gérer et même prédire son comportement. Les menaces posées par l’augmentation des concentrations atmosphériques de CO2 sont résolues par des modèles d’économies qui éliminent les sources d’énergie basées sur le carbone. La logique, à la fois cohérente et circulaire, permet de déterminer les endroits où les gouvernements et autres acteurs peuvent intervenir dans le monde réel pour encourager les technologies et les comportements qui favorisent le bien public.

 

La numérisation accélérée de tous les domaines de la vie humaine au cours des décennies qui ont suivi les années 1990 a permis d’améliorer la surveillance et le contrôle des comportements sociaux et industriels. Déjà, dans les économies autoritaires où les citoyens sont étroitement surveillés numériquement, les comportements favorables à l’environnement sont récompensés de manière préférentielle. Dans les sociétés plus ouvertes, un marketing astucieux donne des résultats similaires. Les dirigeants de la Silicon Valley partagent une sensibilité égalitaire avec les défenseurs du climat et ont réussi à créer des mondes virtuels permettant aux utilisateurs de faire preuve de vertu environnementale, tels que les marchés de compensation des émissions de carbone, qui contribuent davantage à apaiser la culpabilité qu’à influencer la concentration de CO2 dans l’atmosphère. La « normalisation » et « l’économie d’échelle », les conditions sine quo non de toute entreprise numérique rentable, sont mises au service de l’agenda écologique. La numérisation du comportement humain réduit les coûts environnementaux par unité en créant des consommateurs plus uniformes et mieux informés, capables de consommer plus efficacement et de réduire l’impact environnemental total sur la société.

Les ordinateurs nous incitent, nous les humains modernes, à croire que le monde deviendra meilleur si nous arrivons à développer et exécuter nos plans pour l’avenir. Des plans bien conçus qui offrent la promesse d’un système énergétique entièrement exempt d’émissions de carbone et qui promettent une société se targuant d’une équité totale pour tous. Malgré l’illusion d’omnipotence que nous confèrent les ordinateurs, la nature et l’histoire nous rappellent que notre contrôle sur les événements des systèmes planétaires de la Terre, voire de la société humaine, est extrêmement limité. Au lieu d’être des dieux qui contrôlent les cieux et la Terre, nous restons des mortels dont la seule prétention est d’avoir entrevu la dynamique de l’univers dans lequel nous vivons grâce à la science que nous avons développée.

Créer notre propre monde virtuel cohérent satisfait notre besoin très humain d’exprimer nos aspirations et d’essayer de prédire (et de façonner) l’avenir. Les produits de nos mondes virtuels influencent aussi profondément la manière dont la société répartit les ressources d’aujourd’hui pour préparer demain. Au lieu de cultiver ces mondes virtuels que nous pouvons contrôler, nous devrions apprendre à nous adapter au monde réel que nous ne contrôlons pas. Les mondes virtuels peuvent nous aider à relever les défis auxquels l’humanité est confrontée et de le faire avec une certaine clairvoyance, mais ils ne doivent pas nous empêcher de faire face au monde réel qui nous entoure.

Tiré de RealClearWire


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