Électricité en hiver : à la merci des nuits sans vent

Dans un contexte de fragilité énergétique, Luc Rémont, PDG d’EDF, exprime sa confiance pour l’hiver à venir. Cependant, la disponibilité limitée des centrales nucléaires en France et la dépendance croissante à l’égard de l’Allemagne soulèvent des questions cruciales quant à la stabilité de l’approvisionnement électrique.

Luc Rémont, le PDG d’EDF, s’est déjà exprimé pour dresser le bilan de la situation en cette rentrée.

« Nous abordons l’hiver avec beaucoup plus de confiance que l’hiver précédent. »

Certes, il y aura davantage de centrales nucléaires disponibles, mais on sera loin de la totalité des capacités.

Arithmétique de nos capacités de production par une nuit sans vent

Ce qui arrive plusieurs fois par an, même en hiver à la pointe de consommation, et en général sur toute l’Europe.

  • Nucléaire…………. 50 GW (d’après EDF même, au mieux)
  • Gaz………………….. 10  GW (on n’a jamais fait plus)
  • Hydro………………. 15 GW (capacité 25 GW, prenons 15 GW, c’est le maxi probable)
  • Bio……………………   2 GW
  • Fioul charbon…….   3 GW (le gouvernement a annoncé qu’il renonçait provisoirement à arrêter définitivement ces centrales)
  • Éolien, solaire…….  0 GW

Total……………………….. 80 GW

 

  • Conso maxi en 2022/2023…   80 GW
  • Conso maxi en 2018/2019….   86 GW
  • Record en 2012………………… 102 GW

 

Alors, faut-il être vraiment confiant ?

Discussion

Tout le monde se félicite de ce que les Français auraient appris la « sobriété ». Certes, des prix multipliés par deux, voire cinq, comme chez certains vendeurs obligés de s‘approvisionner sur un marché hors de contrôle, ça fait réfléchir.

La question de savoir si c’est un progrès est un autre débat.

Mais la faiblesse de la consommation s’explique surtout par une baisse de l’activité économique, qui ne se remet pas du covid, de la guerre en Ukraine, et des prix de l’énergie. Le dernier hiver « normal » culminait à 86 GW, ce qui est supérieur à nos capacités de nuit sans vent.

Jusqu’ici, on comptait sur l’Allemagne : son charbon nous a sauvé la mise deux ou trois fois ces dernières années. Mais l’Allemagne vient de mettre à l’arrêt ses dernières centrales nucléaires. Qu’à cela ne tienne : elle viendrait encore au secours de la France ?

Qu’en est-il ?

L’Allemagne a conservé 90 GW de capacités pilotables, et 140 GW de solaire et d’éolien, comptant pour zéro les nuits sans vent (voir le site « energy charts » de Fraunhofer). Avec un fort taux de disponibilité de 90 %, cela nous fait 81 GW de disponible. C’est à peu près sa pointe de consommation de janvier 2019. Depuis, elle culmine plutôt à 75 GW.

L’ensemble des deux pays a donc au mieux une dizaine de GW de marge les nuits sans vent, à condition que l’activité économique reste morose, que l’hiver soit doux, et que les centrales fonctionnent bien. Ce n’est pas beaucoup pour garder une confiance même modérée, d’autant que la Belgique, la Suisse, l’Angleterre en sont au même point, ou pire.

Qui va sauver qui ?

« L’Allemagne risque de dépendre de plus en plus de l’électricité nucléaire de ses voisins ».

C’est ce qu’a affirmé Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, dans une interview au quotidien économique allemand Handelsblatt.

Les chiffres montrent plutôt le contraire : l’Allemagne a encore un peu de marge, pas nous. Les autorités allemandes ont d’ailleurs protesté, arguant à juste titre que c’est un calcul économique qui la pousse à importer, pas un manque (et cerise sur le gâteau, qu’elles cachent soigneusement, cela diminue les émissions in situ, lorsque le réseau doit recourir au lignite). Et l’Allemagne a un double discours. Exemple : elle détruit des éoliennes qui gênent l’extension de ses mines de lignite.

Et l’avenir ?

On ne voit pas ce qui pourrait changer dans les deux à trois années qui viennent, car la disponibilité des centrales nucléaires va rester modeste, compte tenu du « grand carénage » qui demande des arrêts prolongés.

Certes, on aura l’EPR et 1,6 GW de plus, mais aucun nouvel EPR ne pourra être mis en service avant dix ans, même si tout va bien. L’hydrogène en sera à ses premiers balbutiements. Le biogaz et le bio-fuel resteront marginaux. Et on continuera à installer du solaire et de l’éolien partout en Europe, en pure perte, car cela ne change rien au problème. Cela réduira juste le temps de fonctionnement des moyens de production pilotables, augmentant leurs coûts et dissuadant les investisseurs, alors qu’en réalité, il y aura un manque de ces moyens. C’est lâcher la proie pour l’ombre.

Et même à dix ans, si on retrouve de l’ordre de 60 GW de nucléaire, on ne sera même pas au record de consommation de 2012… Espérons que le réchauffement climatique va se poursuivre avec de doux hivers.

Risques de blackout

On voit bien que même à dix ans, il y aura contradiction entre une volonté de ré-industrialisation et d’électrification, et les possibilités du réseau électrique.

Une étude similaire pour les autres pays de la plateforme interconnectée européenne montrerait la même situation. ENTSOE, l’observateur du réseau électrique européen, n’est pas très optimiste lorsqu’il annonce les résultats de ses modélisations.

« Des risques d’équilibrage apparaissent dans toute l’Europe. Des manques de puissance sont identifiés en 2025 en Irlande avec un manque excédant 24 h/an, suivi par Malte avec 22 h/an, ensuite Allemagne, Italie, Espagne, France et Belgique, Danemark et Hongrie de 6 à 11 h/an… Avec les hypothèses d’arrêt et de mise en service de production et d’évolution des interconnexions, le problème des insuffisances tendra à aller des zones périphériques de l’Europe en 2025 vers le centre du continent en 2030. »

Un manque de puissance disponible sur le réseau est scandaleux, mais pas catastrophique si on contrôle les délestages.

Par contre, ces chiffres montrent un risque de situation tendue sur l’ensemble de la plateforme européenne.

C’est dans ces conditions qu’un blackout peut survenir, initié par un incident même mineur. L’historique des blackout montre que c’est souvent la perte d’une ligne d’interconnexion importante qui est une cause, mais ce n’est pas la seule. Le réseau peut alors dégringoler en cascade en quelques minutes. Et sur toute l’Europe, il faudrait de nombreuses heures pour réalimenter le gros du réseau, et plusieurs jours pour rétablir complètement la situation.

Il faudra vivre avec cette épée de Damoclès encore pas mal d’années.

Et cela ne pourra prendre fin que si l’Europe change drastiquement sa politique de production, en privilégiant les investissements de moyens pilotables au détriment des moyens intermittents et aléatoires.

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