Fresque du climat : outil scientifique ou outil de fabrique de consensus ?

(Article initialement publié dans Ethique Politique du 15/2/23)

La « Fresque du climat » a été conçue en 2015 par Cedric Ringenbach dans le triple objectif de « s’approprier le défi des changements climatiques, comprendre les enjeux et passer à l’action ». De plus en plus d’organisations (entreprises, écoles, associations…) ont recours à cette animation pour sensibiliser aux enjeux environnementaux. La Fresque du climat est déclinée en anglais et développée dans 50 pays. Et pour cause, la pédagogie de la Fresque du climat est remarquable. Cependant, l’approche proposée est loin d’être scientifique. Il s’agit plutôt d’une habile entreprise de persuasion, à partir de conclusions orientées.

Fresque du climat : une démarche en trois étapes de 3 heures chacune

  • D’abord, l’étape de la réflexion s’appuie sur la « prise de connaissance » par les participants du contenu de 42 cartes à jouer développant une série de thèmes. Par exemple : 1-Activités humaines, 5-Energies fossiles, 7- Emissions de CO2, 13-Effet de serre additionnel, 18-Fonte de la banquise, 21-Hausse de température, 22- Montée des eaux… Le recto de chaque carte est illustré de photos évocatrices, et le verso prétend résumer l’état de la science et les enjeux du thème abordé.
  • L’étape de la créativité consiste, une fois que les participants se sont appropriés le contenu de chaque carte et les ont posées sur une grande feuille de papier, à « faire ressortir les causes et les conséquences du dérèglement climatique ». A cette fin, ils se concertent, en équipe, pour tracer au feutre « des liens entre les cartes et visualiser la complexité et la systémie du changement climatique » et personnaliser leur Fresque du climat.
  • L’étape de la discussion, dans le respect d’un tour de parole, permet le débriefing des connaissances par chacun et une mise en commun des ressentis. L’objectif est de discuter sur des solutions individuelles et collectives.

La fresque du climat consiste en une approche descendante de la vision du GIEC

La Fresque du climat prétend que sa « méthode d’animation vise à éviter une descente verticale du savoir » (lu le 6 février 2023 sur https://fresqueduclimat.org). Or, le verso des cartes est à l’évidence une pédagogie inverse, descendante d’un sachant, le Giec, vers l’apprenant, le participant à la Fresque. La Fresque du climat ne s’en cache pas : « les données sont tirées d’une base scientifique de référence, celle qui oriente aujourd’hui les choix des décideurs politiques et économiques. Ces rapports spéciaux commandés par l’ONU et l’Organisation mondiale de météorologie sont rédigés par le GIEC ». Si la Fresque du Climat se voulait réellement un « Atelier scientifique » comme elle le déclare, elle utiliserait des approches conformes à la démarche scientifique, comme celle du débat contradictoire entre les participants. Elle aurait développé des cartes de jeu sur l’activité magnétique du soleil, sur son impact sur les rayons cosmiques et donc sur les nuages, sur la période chaude médiévale…

A notre connaissance, la fresque du climat n’a aucun contradicteur

A notre connaissance, il n’existe aucun article sur Internet qui ose interroger/remettre en question les bases scientifiques sur lesquelles repose la « Fresque du Climat ». Pourtant, la « Fresque du climat » s’appuie sur un fonds scientifique simplificateur qui n’aura pas de mal à trouver de l’écho dans la capacité d’indignation de la jeunesse. Au lieu d’éduquer les jeunes à la prise de recul scientifique, ils sont instrumentalisés pour les transformer en « agents de changement ». Le site de la Fresque du Climat ne s’en cache d’ailleurs pas : « Nos données sont tirées d’une base scientifique de référence, celle qui oriente aujourd’hui les choix des décideurs politiques et économiques. » peut-on y lire.

Les recettes de l’association et le modèle économique

Ces animateurs facturent 1000 à 1500 € la prestation et ristournent 20% à l’association. Les comptes publiés en 2001 chiffrent à 1,2 millions d’€ la recette au titre de ces « Animation ateliers 20% », somme contribuant aux salaires de l’association pour 340.000 €[1]. La promotion de ces ateliers est assurée par une association loi de 1901, et un site internet (lien) où il est possible de s’inscrire à un atelier. Des volontaires peuvent se proposer d’être animateurs et reçoivent, à cette fin, une formation qui est disponible en ligne. 

The Shift project, soutien phare de la Fresque du climat

Cedric Ringenbach, de 2010 à 2016, a dirigé The Shift Project. Il s’agit du laboratoire d’idées présidé par Jean-Marc Jancovici sur les enjeux climatiques et énergétiques. Il a soutenu le lancement de la « Fresque du Climat ». L’objectif de ce Think-tank est « l’atténuation du changement climatique et la réduction de la dépendance de l’économie aux énergies fossiles, particulièrement au pétrole ». Cet ancien polytechnicien a d’ailleurs été nommé membre du Haut Conseil pour le Climat, installé le 27 novembre 2018 par le Président Emmanuel Macron. The Shift Project organise chaque année des universités d’été auxquelles participent volontiers des animateurs d’ateliers de la « Fresque pour le climat ». Les rassemblements sont des occasions de susciter chez eux l’idée de développer de nouvelles fresques avec le soutien fréquent du Shift Project. Ainsi :

  • celle de la mobilité créée par des volontaires du Shift Project, « promeut les valeurs de la mobilité à faible émission de carbone ».
  • celle de l’emploi durable et la Fresque numérique ont été mises au point avec l’appui de The Shift Project, et/ou de l’ADEME.
  • celle de l’économie circulaire, et la Fresque océane, dont les présidents ont trouvé l’inspiration lors d’une université d’été du Shift Project.

Le développement de fresques devient un véritable business. 

Il en existe une multiplicité, créées par des agences de communication, ou de conseil, des sociétés d’édition, de conception de jeux de société, ou de matériels éducatifs, d’anciens animateurs de la Fresque pour le climat :

  • La Fresque de l’eau, et la Fresque de l’alimentation ont été conçues par d’anciens animateurs de la fresque du climat, la seconde pour mobiliser les participants à une « alimentation saine et durable : végétalisée, locale, bio, de saison… »
  • La Fresque de la Sobriété énergétique, la Fresque de la ville, la Fresque de la construction ont été développées respectivement par l’entreprises « Sobre énergie », l’Agence Dixit, Podeliha, …
  • On trouve également la Fresque de la biodiversité, la Fresque de la Forêt, la Fresque de l’Événementiel, la Fresque de la renaissance écologique, la Fresque des Low-techs, et tant d’autres. Un site a fait l’« inventaire des Fresques » et en cite près de 90 !

 

D’autres ne se limitent pas à l’écologie mais se déploient autour de thématiques plus sociétales, signe que la culture n’est plus seulement affaire de spectateur, mais aussi une question de pratique :

  • La Fresque de la Diversité a été créée par la Société Belugames pour l’ESSEC, « dans le cadre de sa transition écologique et sociale » pour promouvoir la construction d’une « société inclusive » et lutter contre les stéréotypes discriminatoires relatifs au handicap, au genre, à l’origine ethnique ou religieuse, aux orientations sexuelles, … »
  • La Fresque du sexisme, cocréée par Alexis Klein. Son objectif est « d’identifier les dynamiques qui alimentent le cercle vicieux des inégalités de genre ».

Toutes ces fresques sont organisées sur le même schéma : une quarantaine de cartes de jeu, traçage de relations, discussions, … Certains animateurs, comme Thierry Labelle, deviennent des professionnels au service de plusieurs fresques différentes, d’autres, comme Klein, se qualifient de Multi-fresqueurs

La fresque du climat « tease » les plus jeunes générations (mais pas que) à travers le jeu.

Les promoteurs de la Fresque du climat multiplient les cibles. Le jeu est proposé dans les lycées et dans l’enseignement supérieur ». Mais il est également utilisé par élèves éco-délégués des collèges, dès la classe de 6e. La Fresque du climat est proposée dans des églises protestantes et dans l’Église catholique à travers la formation à l’« Eglise verte ». La cible des entreprises est également importante : l’association peut mettre des animateurs professionnels en lien avec les entreprises qui veulent former leurs salariés. L’association vise le million de participants au 1er trimestre 2023.

La Fresque du climat est-elle légitime à dire qu’il faut « bien comprendre un problème pour y apporter des solutions et passer à l’action » si le problème est mal posé ?

Le malentendu est évident pour la Fresque du Climat. Pour les autres fresques, le contenu est souvent inaccessible sur internet, « concurrence oblige », dit Elsa Bortuzzo. Mais leur référence à la décarbonation de la société montre à quel point les thèses du GIEC sont considérées comme un acquit de la science. Or, ce n’est pas parce que la Fresque du climat illustre une apparente complexité du réseau de causes à effet que l’ensemble est fondé sur une vérité scientifique. En science, les relations de cause à effet doivent être quantifiées, calculs de probabilité à l’appui. Or le GIEC n’évoque que des probabilités subjectives et n’explique en rien la période chaude médiévale.

L’influence de cette vision qui refuse la contradiction s’étend dangereusement

La « Fresque du climat » et ses produits dérivés se qualifient d’« ateliers citoyens ». Ils ressemblent à des ateliers de constructions de consensus dont les règles classiques sont planifiées d’avance :

  • Retenir une sémantique : la Bascule et la Bifurque sont les maîtres mots de cette Génération Greta ; chacun est appelé à devenir un Shifter et à lire leur revue « Basculons », revue qui fédère des prises de consciences allant « du lycée à l’agroécologie, des études supérieures aux grèves pour le climat, de Polytechnique aux tiny houses[2], de la banque aux actions de désobéissance civile ».
  • Choisir les experts, en l’occurrence, le GIEC ;
  • Former préalablement des animateurs de groupes de travail ;
  • Éliminer toute voix dissidentes et restreindre la critique, en évitant toute carte à jouer expliquant les variations climatiques par des causes solaires ; 
  • Fixer un objectif simple : tracer un réseau de flèches. Cette règle concrète contribue à faire adhérer tous les participants au consensus ; 
  • Eviter toute attribution individuelle et d’auteur : la fresque du climat est celle du groupe et on parlera alors d’« intelligence collective » ! 
  • Délibérer, en engageant les membres dans l’écoute active mutuelle, inventer des options de gains mutuels.
  • Cette ingénierie de consensus, comme toutes les révolutions culturelles, s’appuie sur la jeunesse qui devient agent de changement de la société. Quand il s’agit de développer le verso des cartes de jeu, la Fresque pour le climat joue d’un discours de type : « les ados parlent aux ados »[3]

Après la fresque du climat, celle de la diversité, et bien d’autres…

Evoquant la Fresque de la diversité, Estelle Baurès, chargée de mission Développement durable et responsabilité sociétale à la Conférence des grandes écoles : « Par le jeu d’acteurs, les élèves travaillent sur leur conscience citoyenne, leur esprit critique et leurs capacités réflexives. La formation éveille leur exigence éthique, leur capacité d’indignation et d’action face aux pratiques contrevenants aux principes d’égalité et de non-discrimination… » Les organisateurs sont donc conscients de leur rôle.

Des fresques pour changer nos conceptions…

Les fresques sont « des outils de sensibilisation pour changer nos conceptions », dit  Flavien Appavou. Le fondateur de la Fresque du climat résume : « À un moment, il va y avoir des déverrouillages en cascade » ! La Fresque des nouveaux récits, cocréée par Alexis Klein, a un leitmotiv : « Pour créer une société différente, il faut déjà l’imaginer ». Il vise à « faire émerger un futur compatible avec les neuf limites planétaires » de l’ONU (Climat, Ozone, biodiversité, acidification des océans, etc.). Qu’importe le sens du progrès pourvu qu’on ait le changement. Qu’importe ce qui change pourvu qu’on vive la bifurque !

Les établissements scolaires, champ de développement de la Fresque du climat

Les professeurs de collège, les directeurs de lycées, les maîtres de conférences des grandes écoles ont-ils conscience d’être complices de l’influence exercée sur la jeunesse ? Les institutions qui financent toutes ces Fresques sont dans les mains d’adultes qui utilisent la jeunesse au profit de leur agenda politique. C’était déjà le cas du milliardaire Ingmar Rentzhog qui avait su créer une start-up « Nous n’avons pas le temps », destinée à recueillir 500 000 like très peu de temps après le seat-in de Greta Thunberg qui avait entamé sa grève climatique devant le parlement.

L’aspect ludique participe d’une véritable hypnose collective.

Tant que l’hypnotiseur répète son discours, à feu continu, le patient ne se réveille pas. En matière de révolution culturelle, il en est de même : il faut répéter et réitérer les discours sans cesse. Sinon, la conscience populaire pourrait se réveiller et le libre arbitre reprendre ses droits. L’effet hypnotisant impose une linéarité narrative dont les Fresques sont les colporteurs inconscients. Pascal Bruckner parle d’une « écholalie infantile » qui fait de nos jeunes des « petits perroquets qui nous grondent par procuration »[4]! L’écholalie consistant à ce que « d’adorables petites têtes brunes ou blondes récitaient pieusement les slogans que leurs parents leur ont appris ».

Bref, la Fresque n’est pas un outil scientifique, mais un outil de fabrique de consensus.

La Fresque du climat est une habile mise en scène, qui ne manquera d’impressionner ses participants. Elle s’appuie sur des « vérités » biaisées. Ces biais ne sont pas le fruit d’un complot, mais naissent simplement d’une série d’effets d’aubaine pour toutes sortes d’intérêts, souvent divergents, entre de grandes entreprises, des états aux intérêts géopolitiques opposés, des militants malthusiens, des ONG, etc.

Pour en savoir + sur les tenants et aboutissants du réchauffement climatique : voir la vidéo de la disputatio ou lire les actes.


[1] Sources : rapport financier 2021 de « l’association « fresque pour le climat »

[2] Petites maisons « nomades et écologiques en bois », de 10 à 30m², 

[3] Vidéos concernant par exemple : permafrost, incendies, submersions, ressources en eau douce, fonte des calottes glaciaires, fonte de la banquise…

[4] Le Figaro du 10 avril 2019


Stanislas de Larminat
Ingénieur agronome et auteur de nombreux ouvrages et articles sur les questions d’écologie. Auteur de « Climat, et si la vérité nous rendait libre » (Ed. TerraMare), Administrateur de l’Institut Ethique et Politique.

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