Climat : la bourgeoisie « prête à s’abaisser pour dîner en ville » (de Gaulle)

C’est un propos similaire que Charles de Gaulle aurait rapporté à Alain Pierrefitte. Il aurait dit plus exactement :

« Pour pouvoir continuer à dîner en ville, la bourgeoisie accepterait n’importe quel abaissement ». 

Peut-être de Gaulle était-il très sévère en parlant d’abaissement ! Il évoquait la posture de certains collaborateurs pendant l’occupation allemande en France.

Il serait hasardeux d’extrapoler. La situation contemporaine est différente. 

Mais, il est curieux de voir, dans les « diners en ville », un nombre impressionnant de personnes intelligentes, voire d’élites intellectuelles, conclure un débat sur le sujet climatique : « Oh, moi, je veux bien que la période chaude actuelle ait des origines naturelles, mais l’homme y est forcément pour quelque chose ». L’art de dire une chose et son contraire devient une contorsion intellectuelle étonnante, à moins que ce ne soit une magnifique esquive pour fuir le conflit, pour prétendre construire un faux consensus, ou pour se vêtir d’une intelligence exceptionnelle, capable de faire la part des choses.  

Il semble bien que ce type de comportement, dans les diners mondains, cache en réalité une posture psychologique beaucoup plus complexe : En bref, un électeur ne peut imaginer que celui pour qui il a voté puisse lui mentir ! Cela ressemble fort au syndrome de Stockholm, ou de ce que les psychologues appellent une forte « imperméabilité à l’endogroupe ».

Que voulons nous dire par là ?

Analyse: “les2ailes.com”

1. Les facteurs psychologiques d’une croyance.

Le psychologue James Fowler[1] a développé en détail les divers leviers psychologiques qui construisent les divers styles de croyance des uns ou des autres. Il en évoque plusieurs :

  • le recours plus ou moins important à la logique plutôt qu’à l’émotion,
    Ainsi, s’interroger sur les faits suivants devrait relever d’une simple logique implaquable, car ce sont des faits :
    • Le Giec est-il fondé à ne retenir, dans ses mo­dèles, que 150 ans d’observations ? Sans recours à la paléoclimatologie et à ses reconstitutions sur 1000 ans, comment expliquer les causes de la pé­riode chaude médiévale, lorsque le Groenland était une terre verte, ni à expliquer le petit âge glaciaire, lors de la Berezina ?
    • Pourquoi le Giec ne distingue-t-il pas toujours explicitement les proba­bilités « Objectives » et « Subjectives » [2]et comment les rédacteurs du Giec peuvent-ils prétendre que « la probabi­lité d’un événement est le degré de croyance [sic] qui existe parmi [nos] auteurs principaux et les réviseurs que l’événement se produira»[3] ? La subjectivité et la croyance sont-elles des critères scientifiques ?
    • Le Giec est-il fondé à ne retenir que « des condi­tions de ciel clair et sans aérosol »[4] ? Pourtant d’in­nombrables scientifiques expliquent que l’activité solaire, et son impact sur les rayons cos­miques, font varier le niveau de nébulo­sité, précisément à travers les aérosols !
    • Pourquoi les modèles du Giec retiennent-ils des paramètres « pour obtenir les propriétés souhai­tées »[5] et « n’exigent-ils  ni n’impliquent que chaque aspect de la réponse au facteur causal en question soit correctement simulé »[6] ?
    • Que penser de la méthode de travail du Giec, « par consensus »[7], en oubliant qu’en sciences, les preuves ne se négocient pas
  • le rattachement d’une idée à une perspective sociale à laquelle on attache plus ou moins d’importance,
  • le préjugé moral qu’on attache à telle ou telle idée,
  • la cohérence plus ou moins importante d’une idée énoncée avec la vision philosophique du monde,
  • ou la façon dont certaines idées entrent en relation avec des mythes et rituels auquel on est attaché.

Mais James Fowler en évoque deux autres très intéressants et qu’il qualifie de « Perméabilité à l’endogroupe » et de « locus d’autorité » :   

a. La « perméabilité de l’endo-groupe» 

Les individus, pour construire leur identité sociale, ont besoin de se discriminer en appartenant à un « groupe », c’est à dire à « une collection d’individus qui se perçoivent comme membres d’une même catégorie, qui attachent une certaine valeur émotionnelle à cette définition d’eux-mêmes et qui ont atteint un certain degré de consensus concernant l’évaluation de leur groupe et de leur appartenance à celui-ci ».

  • Ainsi, un écologiste n’est pas perméable, par exemple, dans des interventions publiques, quand il refuse de faire appel à quelqu’un appartenant à l’exo-groupe des dissidents climatiques. Cette absence de variabilité comportementale le lui interdit. Tajfel et Turner vont jusqu’à poser un principe théorique : lorsque l’identité sociale d’un individu est insatisfaisante, il peut être tenté de quitter son groupe pour rejoindre un groupe plus valorisé. Les écologistes constituent en quelque sorte un « endo-groupe » qui permet à leurs membres de se construire une identité.
  • Un bourgeois n’est pas perméable, lui non plus, à l’idée climato-réaliste s’il réalise que les hommes politiques qu’il vilipende pourrait l’être. C’était le cas, lors des élections américaines qui ont conduit à l’élection de Donald Trump : Tout discours dissident, même scientifiquement non contesté, serait devenu totalement inaudible à la seule idée que Trump puisse être climato-sceptique.
b. Le « locus d’autorité»

En psychologie, il s’agit d’un lieu qui détermine la réussite d’un individu dans une activité donnée. Ainsi, les personnes croyant que leur performance ou leur sort dépendent surtout d’elles-mêmes ont un locus de contrôle dit interne ; celles qui croient qu’ils sont avant tout déterminés par des facteurs extérieurs, hors de leur influence, ont un locus dit externe.
En matière d’écologie, un militant, et même un bourgeois macroniste, n’auront d’autres arguments que le consensus existant sur telle ou telle position, transformant l’existence du consensus en un argument d’autorité qui l’empêche d’aller questionner le contenu dudit consensus.

2. Le syndrome de Stockholm

Il s’agit d’un autre phénomène psychologique qui désigne la propension d’otages, ayant partagé longtemps la vie de leur geôlier, à sympathiser avec eux et à adopter leur point de vue. Il relève d’une stratégie de défense qui permet à un individu de gérer le choc émotionnel causé par la violence d’une situation.

Dans le cas ici développé, la posture politique est perçue comme un « grand écart ». D’un côté, la logique porterait un électeur à reconnaître les lacunes logiques des raisonnements climatiques, mais, d’un autre côté, il ne peut imaginer que l’élu en qui il a mis sa confiance puisse mentir délibérément, ni même se tromper par incompétence.

L’individu se retrouve comme prisonnier et en otage d’une situation psychologiquement paralysante. Le stress psychologique est profond et l’électeur développe alors une certaine empathie, voire sympathie, à l’égard de l’élu qui, en fait, paralyse toute aptitude à penser par lui-même.

Dans les cas de terrorisme et de prise d’otage, c’est « grâce » à son bourreau que la victime peut manger, dormir, bouger, aller aux toilettes, etc… La situation est d’autant plus comparable lorsque l’électeur a la conviction que sur d’autres sujets, économiques, par exemple, l’élu est compétent. Dans un dîner en ville l’électeur dira au dissident climatique : « tu as peut-être raison, mais je vote pour mon compte en banque ». Il a le sentiment que l’élu de son cœur l’aidera à survivre grâce à une compétence économique !

Il faudrait un accompagnement psychologique pour aider la victime de ce dilemme à prendre du recul, voire à prendre conscience que l’incompétence en matière scientifique pourrait être à la hauteur du manque de courage politique en matière économique ou sociale.

Plus on cherchera à convaincre un individu qu’il est comme pris en otage, plus la situation s’éternisera et plus cette paralysie risque de s’implanter profondément dans son esprit. C’est pour le bourgeois qui a l’habitude de « dîner en ville », un mécanisme d’adaptation lui permettant de survivre.

Le syndrome de Stockholm se développe surtout chez les individus qui n’ont aucun contact avec l’extérieur. Il se développera ainsi chez celui qui n’a jamais d’ouverture sur les réseaux sociaux. Certes, beaucoup de fake news circulent sur ces réseaux, mais la vraie liberté consiste à en user pour prendre du recul et à apprendre à discerner le vrai du faux.  

3. Un poison distillé inconsciemment dans toutes les strates sociales

Ce phénomène n’est pas réservé au « bourgeois qui veut dîner en ville ».

Certes, la tradition bien française de recevoir chez soi a encore de beaux restes mais elle est menacée de disparition chez les moins de 40 ans. La jeunesse n’est pourtant pas épargnée par cette gangrène psychologique. Les jeunes n’imaginent pas que les enseignants qui les ont accompagnés pendant les 10 ou 15 ans de leur scolarité, ont eux aussi été prisonniers de programmes scolaires , et étaient contraints, « pour survivre », de chercher à être bien notés lors d’une inspection académique. Par ailleurs, les jeunes ont, eux aussi, une idée de leur propre intelligence et n’imagineraient pas qu’ils aient pu être trompés par leurs enseignants !

Cette analyse ne s’applique pas qu’à notre époque. Le peintre Paul-Emile Chabas (1869-1937) a su peindre le charme d’un dîner en ville pendant les années 1900.

L’affaire Dreyffus battait son plein, les classes moyennes se développaient avec le prestige attaché à la généralisation de l’Instruction publique, l’idéal des Lumières, était revendiqué par la troisième République, et l’époque entrait dans la mondialisation de l’information… Les sujets de débats occultés et les faux consensus ne devaient pas manquer. Les historiens savent maintenant en analyser pesanteurs qui emposionnaient la qualité des débats de l’époque. L’influence du matraquage médiatique sur les esprits, à propos de l’écologie, méritera, à son tour, d’être analysée avec le recul du temps.


[1] James W. FOWLER: « Faith and the structuring of meaning » (1980,

[2] Giec-IPCC, Rapport d’évaluation AR5, Groupe de Travail 2, (1995, § 2.6.2).

[3] STEPHEN H. SCHNEIDER « Uncertainties in the IPCC- TAR: Recommendations To Lead Authors For More Consistent Assessment and Reporting » (Edited by R.Pachauri, président mondial du Giec, T.Taniguchi, et autres, ISBN: 4-9980908-0-1- 2000, p. 36).

[4] GIEC-IPCC “Most intercomparison studies on RF of greenhouse gases are for clear-sky” IPCC, WG1 Fifth Assestment Report, § 8.3.1, p. 8-18/124, ligne 17).

[5] AMERICAN METEOROLOGICAL SOCIETY, 9 juillet 2016, https://journals.ametsoc.org/doi/full/10.1175/BAMS-D-15-00135.1

[6] GIEC-IPCC, Climate Change 2013 – The Physical Science Basis: Working Group I contribution to the 5th assesment report of the IPCC, page 873

[7] GIEC-IPCC, Communiqué de presse n° 2015/19/PR du 6 octobre 2015 (chap.: Qu’est-ce que le Giec, §5).

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