Électricité : les Français vont encore payer le prix fort

Fini de jouer. Invité du 20 Heures de TF1, le 21 janvier dernier, Bruno Le Maire a annoncé l’augmentation des prix de l’électricité de 8,6 % pour le tarif de base et de 9,8 % pour le tarif heures pleines/heures creuses

« C’est une décision difficile, mais c’est une décision qui est nécessaire pour garantir notre capacité d’investissement dans de nouvelles capacités de production électrique, et puis pour sortir définitivement du “quoi qu’il en coûte” »,

a déclaré celui qui promettait de mettre à genou l’économie russe.

Maintenant que le ministre de l’Économie est aussi celui de l’Énergie (cela n’était pas arrivé depuis 2007), on peut au moins se rassurer d’une chose : les idéologues antinucléaires du ministère de la Transition écologique n’y ont plus la même influence. Néanmoins, cela ne changera pas grand-chose pour les Français à court terme, leurs factures augmenteront « quoi qu’il en coûte » dès le 1er février. En cause : le rétablissement de la TICFE (taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité), qui passe de 1 à 21 euros.

La faute à « l’ami de Mme Le Pen » ?

Pour Bruno Le maire, les responsables sont tout trouvés. Face à Anne-Claire Coudray, le ministre ose : 

« Permettez-moi de rappeler, au passage, que si les prix de l’électricité ont flambé, c’est parce que Vladimir Poutine, l’ami de Madame Le Pen, a attaqué l’Ukraine et a fait flamber les prix de l’électricité et du gaz. » 

Au-delà de la pique adressée au Rassemblement national, les propos du ministre sont loin de l’honorer. Oubliant l’indexation du prix de l’électricité sur le prix du gaz, Bruno Le Maire a préféré faire une réponse simpliste qui confine à la malhonnêteté.

Fabien Bouglé, expert en politique énergétique, détricote les propos du ministre et confie à BV : 

« Contrairement à ce qui a été exprimé par le nouveau ministre chargé de l’Énergie, la nouvelle augmentation de la facture électrique n’est pas la conséquence de la guerre menée en Ukraine par Vladimir Poutine. » 

Pour l’expert, l’explication de cette augmentation est bien moins tirée par les cheveux : 

« Les prix de marché du gaz ont retrouvé des prix proches de 2021, explique-t-il. Cette augmentation n’est que la conséquence inéluctable de la politique énergétique de vingt ans de délaissement de notre parc nucléaire. »

Une augmentation multifactorielle

La hausse du tarif de l’électricité n’est donc pas vraiment le fruit du conflit russo-ukrainien mais serait davantage due 

« au financement du raccordement des énergies intermittentes au réseau électrique pour un montant de 200 milliards, à la hausse des taxes qui financent la transition énergétique vers l’éolien et le solaire, au dispositif de l’ARENH [accès régulé à l’énergie nucléaire historique, permet à d’autres fournisseurs d’électricité d’accéder à une partie de la production nucléaire d’EDF à un prix régulé, NDLR], au mécanisme spéculatif du marché européen de l’électricité et au faible investissement du nucléaire ces vingt dernières années… »,

… liste Fabien Bouglé. En d’autres termes, l’augmentation que vont subir les Français – qui ont pourtant largement financé le plan Messmer censé garantir une indépendance énergétique et une électricité à bas coût – n’est donc pas, comme le prétend le ministre, directement liée au conflit russo-ukrainien.

En outre, l’expert déplore le manque d’une véritable vision de la géopolitique électrique. Alors que les États-Unis et la Russie ont une indépendance énergétique assurée (grâce au pétrole et au gaz), l’Europe est à la traîne. Alors que la France aurait dû être l’un des pays leaders du Vieux Continent grâce à un parc nucléaire civil, celle-ci se trouve confrontée à la hausse des coûts de ses tarifs électriques et embourbée dans le financement de son parc éolien. 

« Les Français subissent de plein fouet une guerre énergétique mondiale non prise en compte par nos dirigeants qui se rassurent en invoquant des arguments purement politiciens »,

conclut l’auteur de Guerre de l’Énergie, sorti en septembre 2023.

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Une réponse

  1. La Maire et ses comparses, antérieurs et présents, n’ont pas réussi à mettre à genou l’économie russe, mais ils sont parfaitement capables de mettre à genou l’économie française. C’est en bonne voie.

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