Après Yeu et Noirmoutier, un nouveau parc éolien en mer au large de la Vendée ?

Décidément, encore une promesse d’Emmanuel Macron dont nous nous serions volontiers passé : 50 parcs éoliens en mer devront voir le jour d’ici 2050. Chose promise, chose due !

Le 26 septembre 2022, Agnès Pannier-Runacher, alors ministre de la Transition énergétique, engage donc au nom d’Élisabeth Borne la procédure accélérée pour son projet de loi relatif à l’accélération de la production d’énergies renouvelables. Adopté par les deux chambres, et malgré une saisine au Conseil constitutionnel le 9 février 2023 par des députés RN, LR et non inscrits, critiquant, entre autres, « l’insuffisance de l’étude d’impact jointe au projet de loi », l’instance juge le projet partiellement conforme, permettant une promulgation de la loi le 10 mars 2023.

L’État a donc les mains libres pour, tel que le dénonçait Yannick Moreau, maire (divers droite) des Sables-d’Olonne, dans sa tribune « Vingt mille pieux sur les mers », implanter de nouvelles éoliennes sans tenir compte de l’avis des élus locaux ni des habitants.

Un débat tronqué

« C’est un peu tard pour s’agiter, c’était couru d’avance ! ironise le spécialiste Fabien Bouglé, au téléphone. Cela fait quinze ans que j’alerte sur ce sujet ! » 

Ce dernier avait pourtant obtenu de la commission mixte paritaire un amendement visant 

« à concilier le développement des éoliennes offshore avec la préservation du littoral français », prévoyant que « les éoliennes en mer ne pourr[aient] pas être implantées à moins de 40 kilomètres des côtes ».

Mais la grande majorité des sénateurs a voté contre (par 186 voix contre 151). Le déroulement qui s’ensuit est dès lors plus que prévisible.

Le 26 février dernier, la Commission nationale du débat public (CNDP) organisait une réunion aux Sables-d’Olonne afin d’informer le public et « contribuer à l’élaboration de la cartographie des zones prioritaires et d’implantations et de raccordement d’éoliennes en mer ». Un débat qui « a le mérite d’exister », mais « tronqué » ,selon Yannick Moreau : « Si le gouvernement avait voulu être transparent, il aurait versé au débat les cartes des futurs projets de parcs éoliens au large des côtes atlantiques… Il les a mais ne les montre pas. On débat sur les principes mais pas sur les lieux d’implantation… »

Et pour cause : appelés à se prononcer lors d’une votation, fin 2022, à cette question « Seriez-vous favorables à la construction d’un parc éolien en mer visible depuis la plage et les côtes des Sables-d’Olonne », les Sablais avaient répondu « non » à 65,6 %, refusant de voir une des plus belles baies du monde défigurée par ces champs d’éoliennes clignotant et vrombissant à proximité des côtes.

Vue actuelle depuis le remblai des Sables d’Olonne – ©Iris Bridier

Des éoliennes en mer à… 15 km des Sables-d’Olonne

Las, une dizaine de jours plus tard, le préfet maritime dévoilait, au nom de l’État, la carte que tant redoutaient et qui a mis vent debout l’édile, président de l’Association nationale des élus des littoraux (ANEL), mais aussi de sa déclinaison vendéenne (l’AVEL) : 

« Entre autres nouveautés sorties du chapeau, positionner une nouvelle “aire propice”, synonyme d’un futur parc éolien posé d’ici à 2035, à 15 km des Sables-d’Olonne et de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, et à 24 km de Talmont-Saint-Hilaire est pour nous parfaitement inacceptable. »

Même Christelle Morançais, nouveau soutien d’Édouard Philippe et présidente de la région Pays de la Loire, pourtant favorable à l’éolien en mer ,s’est indignée de ces méthodes cavalières, c’est dire !

À ce sujet — [L’invité] Fabien Bouglé : « Cette loi d’accélération des éoliennes est une loi scélérate »

Dans un communiqué commun, Bruno Retailleau, sénateur (LR) de la Vendée, Alain Lebœuf, président du même département, ainsi que François Blanchet, maire de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, en appellent à « une juste répartition de l’effort sur les autres territoires, un parc flottant et non visible sans aucun impact pour la pêche ». Le maire des Sables rappelle que la Vendée compte déjà le parc éolien des îles de Noirmoutier et Yeu (installation du printemps 2024 à fin 2025) et invite lui aussi d’autres départements à faire « le même effort que les Vendéens… »

« Nous les démantèlerons »

Déjà lourdement éprouvés par l’ancienne interdiction de pêcher dans le golfe de Gascogne, les pêcheurs vendéens enquillent, redoutant que la filière éolienne ne vienne remplacer celle de la pêche. 

« Recevoir ces cartes alors que nous étions en train de finaliser celles qui concernent les zones d’importance pour la pêche, nous vivons cela comme un réel affront », déclare José Jouneau, président du Corepem (Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins des Pays de la Loire).

Sollicité par Le Figaro, le cabinet de Christophe Béchu, le ministre de la Transition écologique, botte en touche : 

« Ces cartes sont donc un outil mis à la disposition du public, pour enrichir et non préempter la discussion. Elles ne préjugent pas de la décision de localisation des futurs parcs. » 

Qui croire, dans ces conditions ?

Fabien Bouglé n’y voit qu’un jeu de dupes : 

« On balance des cartes à 10 km pour exciter les tensions, et paraître ensuite grand seigneur en installant les parcs à 30 km, c’est comme ça que ça finira. » 

Qu’à cela ne tienne, Fabien Bouglé ne se désespère pas : 

« Ces éoliennes sont des armes de guerre culturelle, patrimoniale et écologique, nous les démantèlerons toutes une à une… »

Nos articles sont généralement publiés sous licence Creative Commons CC BY-NC-SA

Ils peuvent être reproduits sous la même licence, en en précisant la source, et à des fins non commerciales.

Une réponse

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés avant d’être publiés, restez courtois.

Derniers commentaires :

Formulaire de contact

Recevoir la Newsletter hebdomadaire