Transition énergétique : que valent les efforts français face à l’explosion de la consommation chinoise d’énergies fossiles ?

(Article initialement publié dans Atlantico)

Alors que le ministre de l’Economie a dit qu’il fallait se montrer prêt à accepter que la rentabilité des entreprises françaises diminue pour assurer la transition écologique, est-ce que cela a du sens alors que le niveau de consommation de charbon et de pétrole atteint des records en Chine ?

Atlantico : Alors que les pays européens tentent de faire des efforts dans la transition énergétique, quel est l’état de la consommation chinoise, notamment liée au charbon et aux énergies fossiles, et comment expliquer que la Chine a battu des records en termes d’émissions ? Quelles vont être les conséquences pour le climat ?

Fabien Bouglé : Selon les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie, depuis 1997, la part des énergies fossiles dans la consommation mondiale d’énergie est restée constante à 80 %. Cela regroupe le pétrole, le charbon et le gaz. Depuis le protocole de Kyoto, il y a eu, à l’échelle mondiale, une augmentation de 64 % de la consommation d’énergies fossiles. Cela signifie que, malgré les politiques occidentales de décroissance et de baisse des émissions de gaz à effet de serre que l’Europe et que l’Occident, s’imposent, la Chine, l’Inde, l’Allemagne et d’autres pays continuent inlassablement à consommer des énergies fossiles et en particulier du charbon.

Il n’est pas surprenant qu’il y ait une forte augmentation de la consommation de charbon en Chine. Cela s’inscrit dans ce mouvement général d’augmentation inlassable de la consommation d’énergies fossiles dans le monde depuis 1997.

Nos pays en Europe s’imposent une sobriété énergétique qui n’a absolument aucun effet termes d’émissions de gaz à effet de serre, puisque ce que s’impose l’Europe la Chine ne se l’impose pas. Une banque américaine majeure vient d’ailleurs d’annoncer qu’elle quittait le plan net zéro climat. L’Europe est en train de devenir le dindon de la farce et de se priver de développer son économie là où les autres pays le font.

Samuel Furfari : Tout cela provient du fait que l’UE et la France sont constamment matraquées au sujet des énergies renouvelables. Les Européens ne pensent plus qu’à cela. Tout le monde dans l’UE est obnubilé par les panneaux solaires et les éoliennes. Cela peut être constaté également au quotidien. De plus en plus de panneaux solaires sont installés dans les villes. Le nombre d’éoliennes le long des autoroutes est de plus en plus important. On sort de chez soi et l’on en voit.

Les citoyens européens, dans leur subconscient, ont l’impression que leur énergie repose sur du solaire et de l’éolien. Or, cela est une grave erreur. Le solaire et l’éolien représentent dans l’Union européenne environ 4 % de la consommation d’énergie primaire. Et dans le monde, les chiffres sont assez proches. Cette vision du monde est fausse. Le monde fonctionne grâce aux énergies fossiles qui représentent 83 % de la consommation. Dans l’UE, cela repose sur 75 % d’énergie fossile ; le chiffre est plus faible, car on a beaucoup d’énergie nucléaire.

Les citoyens de l’Union européenne pensant que les énergies renouvelables sont les principaux moteurs du monde, ils s’étonnent que la Chine consomme beaucoup de charbon. Cette mauvaise perception nous rend naïfs par rapport aux objectifs de la transition énergétique et écologique. Cela est complètement utopique.

Le ministre de l’Economie français, Eric Lombard, dans une interview accordée à BFM, considère que, pour financer la transition écologique, les entreprises françaises devront accepter de voir leur rentabilité baisser. N’est-ce pas un mauvais signal par rapport à la dérive de la Chine ? Les entreprises françaises auront-elles du mal à lutter face à la Chine qui ne respecte pas les mêmes règles ?

Fabien Bouglé : Le propos de ce ministre de la décroissance est proprement scandaleux et constitue un acte de trahison contre la France et contre les entreprises françaises. La France fait partie des pays les plus vertueux au monde en termes d’émissions de gaz à e et de serre. Or, ce ministre voudrait que les entreprises diminuent leurs activités. Cela ne sert pas les intérêts français. Cela va favoriser les intérêts des pays concurrents de la France. De quel droit ce ministre de la décroissance voudrait-il imposer aux entreprises et aux industries françaises de baisser leur productivité alors que le monde entier est en train de faire le contraire ?

La France n’a pas à faire d’efforts. D’autant que si la France était amenée à faire des efforts, ce serait une goutte d’eau dans l’océan de l’augmentation des émissions de gaz à e et de serre à l’échelle mondiale, générées par l’activité des autres pays.

Cela revient à pousser la France à faire des efforts pour compenser l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre de la Chine, de l’Allemagne ou des Etats-Unis. Ce propos est intolérable.

Samuel Furfari : La déclaration d’Eric Lombard est pour moi tout à fait incompréhensible. Comment prétendre que les entreprises doivent perdre de l’argent pour sauver la planète ? Ce qui se passe dans le monde est exactement le contraire de ce que vient de dire Eric Lombard. À travers la planète, il y a une course effrénée pour disposer d’une énergie bon marché afin d’être compétitif et de rester à la pointe de l’innovation. Eric Lombard n’a pas compris que c’est l’innovation et la recherche de prospérité pour tous et non pas la peur du changement climatique qui fait évoluer la technologie et partant le monde.

La technologie est en constante évolution dans le monde parce que des individus et des sociétés investissent en étant optimistes, en sachant que demain il y aura encore un marché pour les énergies fossiles, pour l’automobile, pour l’espace. L’erreur de l’UE et de la France a été de se refermer et de se focaliser sur la sauvegarde de la planète en sacrifiant l’intérêt de ces citoyens et de son industrie.

Malheureusement, aucune nouvelle technologie européenne n’a contribué à sauver la planète.

Au regard de ce contexte, quel est l’impact des efforts français et du boom de la consommation en Chine sur la trajectoire climatique de la planète et sur les émissions de CO2 ? Est-ce que la lutte contre le réchauffement climatique et la transition énergétique sont en bonne voie malgré ces situations paradoxales ?

Samuel Furfari : En 2023, le monde a consommé 8,7 milliards de tonnes de charbon, la Chine en a consommé 4,9 milliards. L’Inde en a consommé 1,3 milliard. La France seulement 1,5 million, c’est-à-dire 5 800 fois moins que la Chine. Le Premier ministre indien, Narendra Modi, s’est vanté sur X que l’Inde avait produit en 2023 plus d’un milliard de tonnes de charbon. Il s’en est félicité et a considéré qu’il s’agissait d’une performance extraordinaire pour assurer l’Atmanirbharta qui se traduit par « Inde autonome ». Cela témoigne de la réalité du pays et du fait que l’Inde soit en pleine croissance économique.

L’UE fait croire à sa population que le charbon était fini et à proscrire. Or, la Chine, l’Inde et nombre de pays continuent à construire de nouvelles centrales à charbon. Nos achats en provenance de Chine ont été produits avec de l’électricité qui a été générée à partir du charbon. En agissant ainsi, en achetant des produits chinois, et alors que les politiques, à l’instar de Lombard, nous imposent des sacrifices pour « sauver la planète », les citoyens de l’UE font tourner à fond les centrales au charbon en Chine.

La conséquence est que, en 2023, la Chine a produit 12,6 milliards de tonnes de CO2. La France en a produit 300 millions, 42 fois moins. Les Européens sont aveuglés et ne se rendent pas compte de ce qui se passe dans le monde.

Eric Lombard donne l’impression de ne pas regarder la réalité de la Chine en face. Il est focalisé sur ses objectifs, il ignore la géopolitique de l’énergie et il continue à faire croire que l’UE ou les entreprises françaises vont sauver la planète. Le problème est justement là. Il faut avoir une vision globale dans ce domaine, sinon l’économie, notre industrie et nos projets seront détruits.

Fabien Bouglé : L’ensemble des artisans de la baisse des émissions de gaz à effet de serre ont contribué à dépenser des dizaines de milliards d’euros dans le monde pour cette transition écologique ou énergétique. Or, avec l’augmentation de la consommation de 62 % des énergies fossiles dans le monde depuis le protocole de Kyoto, tous les fonds dépensés l’ont été à fonds perdus. L’échec tonitruant de cette politique est incontestable.

C’est la raison pour laquelle les principales banques américaines et les banques canadiennes vont se dégager du plan bancaire pour le climat. Le monde financier est en train de prendre acte de l’échec de cette politique de transition écologique et de transition énergétique.

Ce serait une erreur monstrueuse pour les pays européens et en particulier pour la France de perdurer dans cette situation. L’erreur est humaine, persévérer est diabolique. Il est fondamental que les gouvernements en Europe prennent acte de l’échec de cette politique et aient conscience que seule l’industrie nucléaire, qui est décarbonée, peut permettre de résoudre ces problèmes de pollution et d’émissions de gaz à e et de serre.

Un développement économique par un surcroît d’énergie nucléaire peut garantir une transition énergétique décarbonée et un développement de l’économie avec une croissance renouvelée.

Est-ce que cette situation chinoise rend tous les efforts français vains ? Y aurait-il des pistes et des solutions pour améliorer notre stratégie en n’étant pas perdant face à la Chine qui ne respecte et ne suit pas les mêmes règles ?

Fabien Bouglé : Il est incontestable que la France n’a pas à faire d’efforts pour compenser les émissions de gaz à effet de serre de la Chine. Si elle perdure dans cette voie, la France va contribuer au développement économique de la Chine au détriment de sa propre économie. Il faut d’urgence faire une disruption politique et modifier en profondeur notre stratégie pour ne pas être les dindons de la farce au niveau mondial et se retrouver avec une Europe du Tiers-Monde. Il est urgent de réagir. Les propos du ministre français de la décroissance ne sont pas un bon signal dans cette concurrence et dans cette guerre économique mondiale.

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Une réponse

  1. «  » » » » »que valent les efforts français face à l’explosion de la consommation chinoise d’énergies fossiles ? » » » » »
    C’est juste pour payer des chomeurs qui coutent moins que des travailleurs et faire responsable la Chine des émissions d CO2

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