Les Etats-Unis, ainsi que l’avait annoncé Donald Trump, se sont retirés de l’accord de Paris. Depuis, les autres grandes puissances occidentales cherchent une nouvelle façon de répondre au président américain. Explications.
Atlantico : Alors que les États-Unis se sont retirés des accords de Paris, suite à un décret de Donald Trump, les grandes puissances comme le Japon, l’Allemagne et même la France se mobilisent pour garantir des financements en faveur des engagements climatiques et explorer des sources de financement alternatives. Ces projets pourront-ils permettre de maintenir la dynamique des programmes et des partenariats pour une transition énergétique juste avec des partenaires comme le Vietnam, l’Afrique du Sud ou encore l’Indonésie ?
Samuel Furfari : Les partenariats pour une transition énergétique juste (connus par leur acronyme JETP — Just Energy Transition Partnership) ont été décidés lors de la COP26 à Glasgow. Cependant, depuis, ces engagements, ils ne sont que des paroles en l’air. Aucun engagement concret n’a encore pu aboutir à une solution pour le climat, et encore moins réduire les émissions de CO₂. Comme toujours, des fonctionnaires des États signataires voyagent en avion (leur administration paie une obole pour se faire pardonner), participent à des conférences et des réunions préparatoires, mais les milliards d’euros promis ne se matérialisent pas.
La tornade Trump a décidé que les États-Unis se retiraient des actions internationales climatiques, et donc la manne de subventions promises par l’administration Biden s’évanouit. La situation déjà embarrassante du fonds JETP ne peut qu’empirer.
L’Allemagne affirme vouloir prendre le relais des États-Unis, mais si aucun financement n’a été alloué ces cinq dernières années, comment en trouver maintenant ? D’autant plus que l’Allemagne traverse une crise économique majeure. On ne voit pas d’où l’argent pourrait venir. Certainement pas de France ; il est absurde de penser qu’elle puisse injecter des millions dans cette politique de poudre aux yeux. Les pays de l’UE en grande difficulté financière vont peiner pour réunir des fonds pour des projets qui n’ont pas encore vu le jour.
Tout cela repose sur des déclarations creuses. Malheureusement, les citoyens se laissent impressionner par ces discours, amplifiés par les ONG avec la complicité des médias qui les relaient comme s’il s’agissait d’une vérité incontestable. Mais lorsqu’on observe la réalité, on constate que la situation est toute autre. C’est cela, hélas, le multilatéralisme : de grandes déclarations et de très rares réalisations concrètes, en particulier en matière de lutte contre le changement climatique.
Le retrait des États-Unis des accords de Paris et l’arrêt de leurs financements vont-ils pousser l’Allemagne, le Japon ou encore la France à repenser totalement leur engagement climatique ? Ce retrait pourrait-il, paradoxalement, inciter ces pays à mieux cibler leurs financements vers des projets plus pertinents et efficaces ?
L’Allemagne a affirmé vouloir remplacer les États-Unis comme chef de file des efforts visant à réunir 20 milliards de dollars pour soutenir la transition énergétique de l’Indonésie, un pays encore très dépendant du charbon. Le Japon entend poursuivre son soutien à la décarbonisation et à la transition énergétique de l’Indonésie ainsi que d’autres pays.
Les effets sur la lutte contre le réchauffement climatique seront sans équivoque très limités. Les États-Unis devaient apporter 45 milliards de dollars, et avec leur retrait, il est difficile d’imaginer comment l’Allemagne pourra trouver ces 20 milliards.
Il faudra que les pays impliqués dans la lutte contre le réchauffement climatique prennent conscience de l’absurdité d’accorder des milliards à des pays comme l’Afrique du Sud, l’Indonésie ou le Vietnam pour qu’ils réduisent légèrement leurs émissions de CO₂. Prenons l’exemple de l’Indonésie. Ce pays est le plus grand producteur de charbon au monde et il exporte environ 70 % de sa production. Le reste est utilisé pour ses besoins en électricité, dont près des deux tiers proviennent du charbon.
L’énergie éolienne et solaire ne représente qu’un pour cent de son mix énergétique. Il est donc évident que l’Indonésie continuera à utiliser massivement le charbon. D’autant plus que le pays produit 51 % du nickel mondial grâce aux plus grandes réserves mondiales de minerais de nickel. Or, la transformation du minerai en métal par la pyrométallurgie et l’hydrométallurgie nécessite énormément d’énergie, qui provient essentiellement du charbon. Et ce n’est pas demain qu’on va se passer du nickel, indispensable à de nombreuses industries et utilisations, à commencer par l’acier inoxydable.

Pensez-vous réellement que l’Indonésie va renoncer à cette production ? Évidemment que non. Les dirigeants du climatisme vivent dans un monde d’illusions, un monde où ils croient à leurs scénarios totalement déconnectés de la réalité.
L’Indonésie va continuer non seulement à utiliser, mais aussi à exporter son charbon. Ce dernier représente 12 % de ses revenus d’exportation. Pensez-vous vraiment qu’elle va renoncer à une telle manne financière ? C’est absurde. Imaginer qu’avec quelques milliards — que nous n’avons même pas — nous allons convaincre l’Indonésie de réduire ses émissions est enfantin.
Bien sûr, en apportant des fonds et en contribuant à financer ses efforts en matière de transition énergétique, l’Indonésie en profitera et utilisera ces sommes pour mettre en œuvre certains projets. L’Indonésie pourrait, par exemple, fermer quelques vieilles centrales au charbon obsolètes tout en maintenant les plus récentes. Mais cela ne réduira ni ses émissions de CO₂ ni celles du monde.
En Afrique du Sud, la situation est similaire. Environ 85 % de l’électricité y est produite à partir du charbon, et ce dernier représente également 12 % des revenus d’exportation du pays. Ce sont des recettes considérables dont ces nations ne peuvent pas se passer.
Non seulement elles doivent continuer à exploiter ces ressources, mais les Européens n’ont pas les moyens ni l’autorité morale d’empêcher cela. Alors, que vont faire les pays de l’UE ? Distribuer des milliards pour financer quelques installations éoliennes, alors qu’eux-mêmes peinent à déployer ces technologies chez eux ? C’est stupéfiant. Ce mensonge, ce récit illusoire, se perpétue à travers le multilatéralisme.
N’y a-t-il pas une forme de pensée magique derrière ces projets ? Les pays ayant signé l’accord de Paris ne vont-ils pas au-devant de grosses difficultés ? Quel pourrait être l’impact réel de ce retrait américain, tant sur les financements que sur la lutte contre le réchauffement climatique à long terme ? Comment évaluer cette décision des États-Unis dans son ensemble ?
Thierry Breton a récemment été interrogé sur le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris et ses conséquences pour l’Union européenne. Il a répondu de manière catégorique :
« Il n’est pas question de revoir cela au niveau européen. Jamais, jamais, l’Union européenne ne sortira de l’Accord de Paris. »
Pourtant, cette affirmation pourrait être remise en question à l’avenir. Lorsque l’Union européenne réalisera que cet accord fonctionne comme une « auberge espagnole » où chacun agit à sa guise, la situation pourrait évoluer.
La France s’est vantée de présenter l’Accord de Paris comme une révolution. En réalité, il repose sur des engagements non contraignants : chaque État fixe ses propres objectifs de réduction des émissions de CO₂ et choisit librement son année de référence. Prenons l’exemple du Japon : ce pays a choisi 2003 comme année de référence, une période marquée par la catastrophe de Fukushima, avec un arrêt total des centrales nucléaires et une forte augmentation des émissions dues aux centrales à charbon. En prenant cette année comme base, le Japon peut aujourd’hui afficher une réduction artificielle de ses émissions simplement en remettant en service ses centrales nucléaires.
Ces mécanismes relèvent d’une illusion qui trompe le grand public. Pendant que certains prétendent réduire les émissions, celles-ci ont en réalité augmenté de 65 % au niveau mondial depuis la signature de l’accord de Rio en 1992. Rien ne change véritablement, car l’énergie est essentielle à la vie humaine, à l’industrie et à l’économie. Ainsi, des initiatives comme les partenariats pour une transition énergétique juste (JETP) risquent de finir dans les oubliettes de l’histoire, tout comme le protocole de Kyoto. L’énergie c’est la vie !
Samuel Furfari a publié « Energie, mensonges d’Etat: La destruction organisée de la compétitivité de l’UE » aux éditions de l’Artilleur
