(Article initialement publié dans Atlantico)
Poursuivie pour diffamation et incitation à la violence, Greenpeace a été condamnée par un jury du Dakota du Nord à verser 665 millions de dollars à Energy Transfer, l’exploitant d’un oléoduc contre lequel Greenpeace avait manifesté en 2016 et 2017. L’ONG va faire appel.
Dakota Access Pipeline en 2016-2017. Ce pipeline, conçu pour transporter du pétrole brut sur près de 1 900 kilomètres depuis les champs pétrolifères de schiste de Bakken, dans le Dakota du Nord, jusqu’à l’Illinois, a été mis en service en mai 2017, après avoir rencontré de nombreuses oppositions écologiques. Ces dernières résultaient notamment d’une opposition de la part des tribus sioux et cheyennes, qui considéraient le projet comme une menace pour leurs ressources en eau et leurs terres sacrées. Pourtant, les États-Unis possèdent le plus grand réseau de pipelines au monde, avec une longueur totale estimée à plus de 3 500 000 kilomètres pour le transport de gaz naturel, de pétrole et d’autres produits industriels ; prétendre des risques pour 0,05 % de pipeline supplémentaire est bien la preuve d’arguments hypocrites.
En septembre 2016, le ministère américain de la Justice avait reçu plus de 33 000 pétitions demandant un réexamen des permis. Les manifestations ont rassemblé des milliers de militants, des célébrités et des organisations environnementales, dont Greenpeace. Ces actions ont engendré des retards dans la construction ainsi qu’un surcoût estimé à 300 millions de dollars pour Energy Transfer. Les manifestations ont parfois dégénéré en actes de vandalisme et de violence, ce qui a aliéné les habitants des communautés environnantes. Dès son investiture en janvier 2017, Donald Trump a signé un mémorandum présidentiel visant à accélérer l’examen environnemental du projet, qu’il qualifiait de « processus d’autorisation incroyablement lourd, long et horrible ».
Energy Transfer a intenté une série de poursuites judiciaires contre Greenpeace, l’accusant de diffamation, nuisance, conspiration civile et autres délits. Ces accusations incluaient notamment le financement et l’organisation présumés des manifestations ainsi que la diffusion d’informations jugées fallacieuses concernant l’oléoduc.
Le jury a rendu son verdict au tribunal du comté de Morton, à Mandan, dans le Dakota du Nord. Greenpeace a été reconnue coupable et condamnée à verser 665 millions de dollars à Energy Transfer. Le jury a jugé que les actions de Greenpeace étaient erronées, illégales et contraires aux normes acceptées par la société. Ce jugement constitue un tournant juridique sans précédent pour les ONG environnementales, bien que Greenpeace ait annoncé son intention de faire appel.
Une telle amende pourrait contraindre Greenpeace à réduire considérablement ses campagnes. Toutefois, je ne crois pas aux menaces de faillite que l’ONG avance. Elle parviendra, grâce au soutien de très grands, grands et petits donateurs, à mobiliser les fonds nécessaires pour poursuivre ses activités, que le jury a considère nuisibles pour l’économie et la prospérité.
Ce procès pourrait établir un précédent en matière de responsabilité collective pour les actions de protestation. Il ouvre la voie à ce que des organisations soient tenues responsables non seulement de leurs propres actions, mais également de celles d’autres participants aux manifestations.
Cette victoire juridique pour Energy Transfer pourrait inciter d’autres entreprises à recourir à des poursuites similaires afin de prévenir les retards dans la mise en œuvre de projets, souvent motivés par des raisons prétextées ou fallacieuses. Avant même ce jugement historique, Greenpeace International a porté plainte en 2025 contre Energy Transfer aux Pays-Bas, où se trouve son siège social. Celui-ci coordonne 25 organisations indépendantes de Greenpeace depuis Amsterdam. Elle invoque la directive européenne anti-SLAPP pour contester les poursuites abusives engagées par l’entreprise aux États-Unis. Les poursuites stratégiques contre la participation publique (SLAPP) visent à empêcher les ONG d’abuser de leur pouvoir pour retarder ou contraindre l’abandon de projets.
L’Union européenne, toujours prompte à soutenir les ONG écologistes au détriment de l’économie, a adopté en avril 2024 la directive anti-SLAPP (2024/1069). Celle-ci établit des normes minimales pour protéger les organisations contre les poursuites abusives dans les affaires civiles et commerciales ayant des implications transfrontalières.
Si le tribunal néerlandais devait donner raison à Greenpeace, cela déclencherait une vive réaction de Donald Trump, l’administration américaine ne pouvant tolérer qu’une directive européenne ait un impact sur son territoire. Une telle décision déclencherait une querelle diplomatique sur la portée extraterritoriale des lois européennes et exacerberait les tensions dans les relations transatlantiques, déjà fragilisées par des différends commerciaux, réglementaires et la guerre en Ukraine.
Ce procès s’inscrit dans un conflit plus large concernant la souveraineté énergétique américaine et les droits des peuples autochtones (ici les Sioux de Standing Rock). Que révèle-t-il, selon vous, de la place des énergies fossiles dans la politique américaine et les tensions entre impératifs économiques et écologiques ?
Le slogan « Drill, Baby, Drill » incarne une transformation majeure dans la politique énergétique américaine. Il ne s’agit pas seulement d’une stratégie économique, mais également d’une affirmation culturelle et politique : la réhabilitation et la fierté retrouvée des énergies fossiles. Ces dernières, abondantes et bon marché, ont façonné le monde tel que nous le connaissons aujourd’hui. Sous la présidence de Donald Trump, cette rhétorique a été érigée en doctrine nationale, visant à maximiser l’exploitation des ressources pétrolières et gazières pour renforcer l’indépendance énergétique et la domination géopolitique des États-Unis. Hier encore, Trump a lancé un nouveau message intitulé « Magnifique Charbon », ouvrant ainsi un troisième volet dans sa promotion des énergies fossiles.
Il convient toutefois de souligner que Donald Trump n’a pas été à l’origine de la révolution technologique ayant permis l’extraordinaire développement du pétrole et du gaz de schiste. Cette avancée remarquable est le fruit du travail des ingénieurs et des énergéticiens, dont les innovations ont permis à Trump de promouvoir ce que j’appelle « la fierté des énergies fossiles ». Par ailleurs, Trump a nommé Chris Wright, l’un des pionniers ayant contribué à cette exceptionnelle productivité, au poste de secrétaire d’État à l’Énergie. Cette nomination reflète sa volonté de s’appuyer sur des experts pour consolider cette dynamique industrielle et énergétique. Je viens d’apprendre que la productivité des « rigs » (plateforme de forage) est encore en croissance ; vous souvenez-vous qu’en 2012-2015 les ONG écologistes prétendaient que la bulle allait éclater ?
Cette fierté marque une rupture nette avec les discours culpabilisants portés par les mouvements écologistes. Donald Trump a ouvertement dénoncé les politiques vertes comme des entraves au développement économique, qualifiant notamment des initiatives telles que le Green New Deal d’« escroquerie ». Cette approche a galvanisé une partie de l’opinion publique américaine, lassée des restrictions imposées par les militants environnementaux et leurs relais médiatiques.
Grâce à l’exploitation massive du pétrole et du gaz de schiste, les États-Unis se sont hissés au rang de premier producteur mondial de pétrole brut et de gaz naturel liquéfié (GNL). Cette stratégie leur confère une indépendance énergétique renforcée, une réduction significative des importations étrangères ainsi que des revenus conséquents grâce aux exportations massives de GNL vers l’Union européenne. Parmi ces exportations, la France occupe une place notable. Ironie du sort, elle ne peut même pas savoir, en raison de la loi Hulot de 2017, si son territoire recèle des réserves exploitables de gaz de schiste. Manuel Valls avait tenté d’ouvrir cette voie, mais s’était heurté au refus catégorique des écologistes de son gouvernement.
Évidemment, cette dynamique énergétique stimule la compétitivité industrielle américaine. Pendant ce temps, l’UE et la France presque en tête dans cette course à la perte de compétitivité énergétique — l’Allemagne restant indétrônable dans ce domaine — continuent d’aggraver leur situation avec un Green Deal destructeur.
Quel avenir un tel jugement réserve-t-il en matière énergétique et climatologique ? Faut-il penser que les militants écologistes (qui parlent désormais de « poursuites bâillons » menés contre eux) et les ONG vont cesser leur action après ce procès ?
Les ONG écologistes ont réussi à endoctriner les médias et une grande partie de la population, qui continuent naïvement de croire qu’il est possible de remplacer l’énergie nucléaire par celle des éoliennes. Cela fait maintenant trente ans que cette illusion perdure, et rien n’indique qu’un revirement soit envisageable dans l’UE. Il est peu probable que nous voyions émerger une population qui se lève pour dire « ça suffit ». Nous allons donc continuer à détruire notre UE, pourtant si prometteuse à ses débuts.
Prenons l’exemple du futur chancelier allemand. Bien que Friedrich Merz ne soit pas encore officiellement en fonction, il a déjà obtenu du Bundestag l’abandon du fameux plafond interdisant le déficit budgétaire. Pour y parvenir, il a promis aux écologistes 100 milliards d’euros pour la politique climatique. L’aberration est totale, d’autant plus que le gouvernement sortant a été renversé parce que les écologistes réclamaient 3 milliards d’euros pour leurs politiques. Cela illustre parfaitement l’impasse dans laquelle nous nous trouvons : il est évident que nous ne suivrons pas la voie des énergies abondantes et bon marché.
Les militants écologistes européens ne cesseront pas leur action ; ils continueront à imposer leur idéologie coûte que coûte. Quant aux militants américains, ils devront s’adapter à un contexte où les entreprises fossiles passent désormais à l’offensive juridique, comme le montre le procès contre Greenpeace. Mais une chose est certaine : l’idéologie n’abdique jamais, vous voyez bien malgré l’humiliation subie par l’URSS, combien de communistes il y a encore en France.
L’affaire Saúl Luciano Lliuya contre RWE illustre une dynamique juridique et idéologique profondément ancrée dans l’UE. Ce guide de montagne péruvien accuse le géant énergétique allemand de contribuer au réchauffement climatique, mettant en péril son village de Huaraz par la fonte accélérée des glaciers andins. Soutenue activement par l’ONG Germanwatch, cette affaire pourrait établir une jurisprudence européenne majeure en matière de responsabilité climatique.
À l’opposé de ce qui s’est produit aux États-Unis avec le verdict contre Greenpeace, l’UE persiste dans son illusion de pouvoir non seulement modifier le climat mondial, mais également imposer cette vision au reste du monde. Les militants écologistes y bénéficient encore d’un cadre juridique et institutionnel favorable pour cibler les grandes entreprises fossiles comme on vient de le voir par exemple avec la directive anti-SLAPP. Si RWE venait à être tenue responsable, cela ouvrirait la voie à une avalanche de procès similaires, menaçant financièrement les entreprises stratégiques européennes.
Cette divergence transatlantique est frappante : alors que les États-Unis avancent vers une défense pragmatique de leur souveraineté énergétique, un progrès de leur prospérité et mettent fin à l’impunité des ONG écologistes, l’UE s’enlise dans des batailles juridiques symboliques. Ces dernières risquent davantage d’affaiblir ses entreprises industrielles et énergétiques que d’apporter des solutions concrètes aux défis climatiques. Comment s’étonner, dès lors, que les usines ferment dans l’UE tandis que le reste du monde connaît une croissance soutenue ? L’abandon du pragmatisme économique au profit d’une idéologie écologique rigide ne peut qu’accélérer le déclin compétitif de l’UE.
Samuel Furfari a publié « Énergie, mensonges d’état. La destruction organisée de la compétitivité de l’UE » aux éditions L’Artilleur
2 réponses
» L’abandon du pragmatisme économique au profit d’une idéologie écologique rigide ne peut qu’accélérer le déclin compétitif de l’UE. »
Cette phrase est tout à fait insuffisante car nous ne sommes pas seulement en face d’une rigidité idéologique mais face à des affirmations contraires aux connaissances scientifiques et devant des controverses scientifiques dont l’existence est indéniable mais qui ne justifie pas l’abandon des produits fossiles indispensables à certaine pays pour réduire leur mortalité et améliorer la vie de leurs Citoyens. La disparition des énergies fossiles n’a pas besoin des écologistes elle est programmée sans eux!!!
Greenpeace condamné!…enfin!!!!!
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