(Par Etienne Lombard dans BV du
« Les macronistes ont non seulement voté contre leur propre texte, mais en plus, ils ont perdu » (P. Meurin, député RN).
Le moment est historique. Il est 17h29, en ce 17 juin 2025, quand la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, annonce depuis le perchoir l’adoption du projet de loi de simplification de la vie économique, qui entraîne de facto la suppression des ZFE (zones à faibles émissions). Par 275 voix contre 252, les députés viennent d’adresser une gifle magistrale à l’écologie punitive, à la Macronie et surtout à Emmanuel Macron lui-même, qui se prend en pleine face la réponse à sa sortie télévisée sur le « brainwashing », aussi arrogante que largement boudée par les Français.
« Les macronistes se sont sabordés eux-mêmes »
Avec 136 votes « pour », l’alliance des RN (120) et des ciottistes de l’UDR (16) a apporté à elle seule plus de la moitié des 261 nécessaires à l’adoption du texte. Les 44 députés LR (Droite républicaine), 34 centristes du groupe Les Démocrates, les 34 élus Horizons (Édouard Philippe), douze élus du groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires, sept députés non inscrits ont fait le complément. La déroute de la Macronie est d’autant plus violente que huit de ses députés ont décidé de voter pour le texte.
Joint par BV à sa sortie de l’Hémicycle, le député RN et principal artisan de la fronde parlementaire contre les ZFE, Pierre Meurin, n’a pas caché sa joie :
« Il y a eu quand même un sacré ascenseur émotionnel, depuis dimanche, quand les macronistes ont dit qu’ils allaient voter contre le texte. Là, nous nous sommes dit que cela allait être compliqué. »
Pour l’élu du Gard,
« les macronistes se sont sabordés eux-mêmes. Parce que non seulement ils ont voté contre leur propre texte de simplification de la vie économique, mais ils ont aussi voté pour maintenir les ZFE, qui sont un dispositif séparatiste et de ségrégation sociale absolument stupide. Et en plus, ils ont perdu. »
Pour celui qui avait tout déclenché en faisant voter, le 26 mars, en commission de l’Assemblée nationale, un amendement supprimant les ZFE, il y a une légitime fierté au soir d’un vote qui fera date.
« La victoire est d’autant plus belle. Et je pense qu’on ne mesure pas encore complètement les conséquences politiques de ce vote. »
Le cap franchi ce 17 juin est certes historique, mais il reste encore plusieurs étapes dans le sinueux chemin parlementaire anti-ZFE. D’ici environ deux semaines, la « navette « fera atterrir le texte en commission mixte paritaire, où les députés ayant voté « pour » la loi de simplification seront majoritaires et ne devraient donc guère la détricoter. Le texte reviendra ensuite pour un vote final à l’Assemblée nationale.
« Je n’exclus pas, d’ici là, un lobbying peut-être plus appuyé d’Emmanuel Macron et de quelques chefs de parti », confie Pierre Meurin, « mais sauf très grosse surprise, nous devrions avoir les mêmes rapports de force qu’aujourd’hui ».
« Oui, nous restons un grand peuple »
Restera enfin, en cas de vote positif, l’éventualité d’un recours devant le Conseil constitutionnel.
« Il n’est pas complètement certain que le Conseil constitutionnel soit saisi. Et s’il l’est, il ne sera peut-être pas saisi sur les ZFE », fait remarquer le député, même si sa saisine sur ce sujet qui fâche reste l’hypothèse la plus probable. « Dans cette perspective, j’ai déjà commencé à travailler avec des avocats pour préparer des mémoires en défense afin d’expliquer qu’il y a un lien entre la suppression des ZFE et la simplification de la vie économique. »
L’objectif étant d’éviter que « la partie du texte supprimant les ZFE puisse être considérée comme un « cavalier » [un ajout sans rapport avec le texte, NDLR], ce qui pourrait, sinon, être un prétexte à sa suppression ».
Réagissant pour BV sur ce vote historique, l’écrivain et inventeur des « Gueux », Alexandre Jardin (qui avait été l’invité de BV, le 19 avril dernier), a voulu exprimer, au-delà de sa joie, une grande fierté pour la France et les Français :
« Oui, nous restons un grand peuple. » Mais pour lui, « le combat continue, jusqu’à la suppression définitive des ZFE, mais pas seulement ».
Parce que pour lui, plusieurs combats sont liés :
« On va gagner sur l’électricité et la PPE [programmation pluriannuelle de l’énergie], parce qu’on ne veut pas que la facture d’électricité des Français double. On va les protéger. »
Une manifestation sur la PPE est déjà programmée pour le 28 juin.
« Convergence des luttes », « le combat continue » : la gauche n’a décidément plus le monopole de ces expressions qui font l’Histoire.