Alors que le Sommet de l’élevage réunit à Cournon les acteurs d’un secteur ancestral et vital pour notre souveraineté alimentaire, certains voudraient voir disparaître une partie de nos cheptels au nom du climat. Sous couvert d’une rationalité scientifique douteuse, on propose à la France d’organiser sa propre famine.
En 1742, Jean-Jacques Rousseau écrivait, dans Émile ou de l’Éducation :
« L’agriculture est le premier métier de l’homme : c’est le plus honnête, le plus utile, et par conséquent le plus noble qu’il puisse exercer. »
Un siècle plus tard, Alphonse Karr constatait avec lucidité :
« En France, on parle quelquefois de l’agriculture, mais on n’y pense jamais. »
Une majorité de nos concitoyens ignorent tout des enjeux d’un secteur aussi essentiel
L’agriculture et l’élevage habitent profondément notre imaginaire national. Il y a encore quelques générations, presque chaque famille française possédait une ferme, un lopin de terre, quelques bêtes. Cet héritage immense est aujourd’hui largement oublié. Au-delà de quelques clichés, une majorité de nos concitoyens ignorent tout des enjeux d’un secteur aussi essentiel à l’âme de la nation qu’à notre puissance économique.
Pendant que les ingénieurs de la décroissance bricolent des modèles sur Excel dans leurs bureaux parisiens, un tiers des familles françaises déclarent sauter un repas, faute de moyens. Les prix explosent, les salaires stagnent – et l’on voudrait ajouter à cet appauvrissement la raréfaction volontaire des protéines animales ? Dans une civilisation fondée depuis dix mille ans sur l’élevage, dans un pays qui a bâti sa prospérité sur l’agriculture, ce serait un suicide économique et civilisationnel que de renoncer à ce que nous savons faire mieux que personne : nourrir les Français et le monde.
En dix ans, le cheptel bovin français a chuté de près de 15 %. Le nombre d’exploitations laitières a été divisé par deux en vingt ans. Les élevages porcins et ovins suivent la même pente. Non pas parce que les Français rejettent la viande, mais parce que les éleveurs baissent les bras, étranglés par les charges, les normes et les contrôles. Dans le même temps, nos importations explosent : plus de 30 % de la volaille et 25 % du porc consommés en France viennent désormais de l’étranger – de Pologne, du Brésil ou d’Ukraine -, produits souvent dans des conditions sanitaires, environnementales et sociales que nous ne maîtrisons pas.
Ce paradoxe est absurde : nous interdisons à nos éleveurs de produire, puis nous faisons venir de l’autre bout du monde une viande moins chère et souvent de moindre qualité. C’est une double peine : économique pour nos campagnes, sanitaire pour nos consommateurs. Ce cercle vicieux est le fruit d’une technocratie qui impose ses choix à tous, tout en cédant à des idéologies décroissantes déconnectées du réel.
Rompre avec cette culpabilisation imposée par une élite urbaine
Jean-Marc Jancovici, Hugo Clément et leurs disciples se trompent lorsqu’ils prétendent que l’avenir est à la « sobriété carnée ». Comme les malthusiens des années 1960 qui prédisaient des famines mondiales pour l’an 2000, leur pseudo-science, dévoyée par une idéologie décroissante, menace aujourd’hui notre pays.
Il faut rompre avec cette culpabilisation imposée par une élite urbaine qui ne connaît ni la terre ni ceux qui la travaillent. Ce ne sont pas les paysans du Cantal ou du Bourbonnais, qui détruisent la planète, mais les industries d’Asie dont nous importons massivement les produits.
Plutôt que de « réduire » le cheptel, rendons aux éleveurs la liberté et les moyens de produire. Cessons d’imposer depuis Paris ou Bruxelles des modèles uniformes et décroissants. Laissons les agriculteurs choisir leur voie : certains viseront le haut de gamme, d’autres la production de masse. Les deux sont légitimes. Oui à la viande de qualité, mais oui, aussi, à une viande accessible à tous.
Car derrière la viande se joue une question de justice sociale. On ne peut pas prêcher la décroissance depuis un bureau parisien tout en imposant à des millions de Français modestes de se priver de protéines animales. L’idéologie de la rareté est un luxe de privilégiés.
La France doit retrouver l’esprit productiviste qui fit sa force. Cela ne signifie pas polluer ou gaspiller, mais produire en quantité et en qualité, avec fierté, responsabilité et bon sens. Il faut baisser les charges, simplifier les normes et garantir aux éleveurs un revenu motivant. C’est ainsi que nous pourrons nourrir le pays, recréer des emplois et restaurer notre souveraineté alimentaire.
Renoncer à produire, c’est renoncer à vivre. La décroissance n’est pas un projet de société : c’est une régression dangereuse. À Cournon, au cœur de la France paysanne, les éleveurs rappellent qu’ils ne sont pas le problème mais la solution.