(Par Sarah-Louise Guille
Le bâti ancien sacrifié sur l’autel de la performance énergétique.
Les maisons anciennes sont-elles condamnées ? L’intérêt du diagnostic de performance énergétique (DPE) fait souvent débat, mais plus particulièrement, encore, en ruralité. Ce document qui accorde une note à un logement en fonction de sa consommation énergétique et de son niveau d’émissions de gaz à effet de serre semble bien plus adapté aux bâtiments modernes (encore que…) qu’aux logis anciens. Dans un pays où un tiers des bâtiments datent d’avant 1948, cela est évidemment un véritable problème.
Au départ, l’idée semble plutôt bonne. Le DPE, qui existait déjà depuis de nombreuses années, devient plus précis, en 2021, et, grâce à un système de notes, incite les propriétaires à faire des travaux pour rendre leurs logements moins énergivores. Sur le papier, rien à dire.
Dans les faits, il en est autrement, notamment parce que le diagnostic de performance énergétique fait systématiquement la part belle aux matériaux modernes et dénigre les anciens. Ce, sans réelle objectivité.
Ineptie
L’algorithme qui va permettre de calculer la note du DPE va, par exemple, considérer de bien meilleure manière un isolant en polystyrène de 10 à 20 cm d’épaisseur qu’un mur en pierre de 80 à 100 cm. Ce, alors que
« la pierre est un bon matériau de construction parce qu’elle a une bonne inertie. De plus, elle peut être un matériau local avec un très bon bilan carbone car il faut peu de moyens pour l’extraire et la transporter », explique un architecte, à BV. Il ajoute : « Les maisons anciennes, en général, ont une bonne inertie parce que ce sont des maçonneries épaisses. »
Pourtant, le DPE, qui donne également des conseils de travaux aux propriétaires, ne manque pas d’indiquer à ceux qui ont une maison en pierres apparentes qu’il serait de bon ton de prévoir une isolation par l’extérieur en polystyrène. Pour l’architecte interrogé, c’est une hérésie :
« Les matériaux modernes ont tendance à calfeutrer l’habitat, à rendre étanche l’enveloppe du bâtiment, alors que la respiration est très importante pour la salubrité des locaux. »
L’isolation à outrance n’est pas nécessairement bonne pour la santé du bâtiment et de ses occupants, car souvent, de la moisissure peut s’installer après les travaux. Ce n’est pas le pire…
L’isolation n’est pas non plus idéale, d’un point de vue écologique. L’architecte analyse :
« Les bâtiments modernes ou anciens rénovés avec des matériaux modernes doivent être équipés de VMC [ventilation mécanique contrôlée, NDLR] ou d’un autre système de ventilation. » Résultat : « Les bâtiments deviennent plus techniques et consomment plus. »
Hérésie
Tel est pris qui croyait prendre ! Au nom de l’écologie, et afin d’éviter les déperditions énergétiques, les logements doivent être isolés, mais afin qu’ils ne le soient pas trop et ne deviennent insalubres, il faut les équiper de systèmes de ventilation artificielle, le plus souvent consommateurs d’énergie. C’est absurde, mais cela permet d’avoir une bonne note.
Le spécialiste du bâtiment conclut : « Le bien-fondé des critères peut être remis en cause. » Il se demande également si ce sont des « lobbies qui orientent les critères ». La question mérite en effet d’être posée, tout comme celle de l’utilité de ce DPE moderniste, alors qu’il suffit de regarder deux bâtiments, l’un ancien et l’autre récent, pour juger de la durabilité des matériaux de construction.
Autre reproche – et non des moindres – qu’il est possible de faire à cette norme immobilière : elle peut, à terme, détruire le patrimoine architectural français. Si, demain, toutes les maisons sont équipées de fenêtres en PVC [polychlorure de vinyle, NDLR] et d’un enduit lisse, villes et campagnes n’auront plus le moindre charme et personne ne saura plus travailler les matériaux anciens et nobles.
Notons, néanmoins, une bonne nouvelle : le Sénat a enfin compris que les « travaux de rénovation pensés pour le bâti moderne sur ces structures traditionnelles peuvent être extrêmement dommageables ». Les sénateurs ont adopté, le 20 mars dernier, une proposition de loi visant « à adapter les enjeux de la rénovation énergétique aux spécificités du bâti ancien ». Celle-ci permet d’inclure « quelques critères liés aux spécificités du bâti ancien ».
On progresse. La balle est désormais dans les mains de l’Assemblée nationale qui, il est vrai, a beaucoup à faire…
Une réponse
Exactement ! merci pour cet article ! une chose à faire serait , pour le futur , de CONSTRUIRE AUTREMENT. Quelques innovations existent, de ci de là, (reportées par les revues d’architecture) pour tenir compte des conditions bioclimatiques, donnant des bâtiments consommant très peu d’énergie, (ventilations naturelles, groupes de bâtiments pour de nouveaux hameaux conçus de manière intelligente, maisons orientées les unes par rapport aux autres, se « soutenant »—thermiquement parlant– sans gadgets ), etc etc … mais ces nouvelles manières de construire, qui rejoignent en fait, sous une forme moderne, les conceptions toute simples et intelligentes des maisons de nos aïeux, coûtent trop cher ; notamment quand il s ‘agit de construire des logements sociaux ou des immeubles neufs, ou des bâtiments administratifs, tels que piscines, écoles, bibliothèques , etc … Quand on rajoute les normes maintenant édictées sous prétexte de « neutralité carbone » , et la kyrielle de normes déjà existantes en France —voir le code de la construction et ses nombreuses aberrations —(elles se rajoutent les unes aux autres faisant le désespoir des architectes qui aimeraient plus de simplicité— il y avait il y a quelques années un collectif d’architectes essayant de faire comprendre au gouvernement (qui n’entendait rien) que c’était une sottise, déjà, d’édicter les mêmes normes pour des bâtiments à Lille et à Marseille —on arrive à des aberrations telles qu’esquissées dans l’article ci dessus, et quand il s ‘agit de « corriger » le bâti ancien, comme ILS sont maintenant en train de le faire à coup de DPE, PPPT, et autres DTG, plus stupides les uns que les autres , ça devient abyssalement inepte; ca reflète l’ineptie de cette construction européenne, pour le coup, inatteignable dans son ciel mal étoilé, et dont, personnellement, plus ça va, plus on essaie de trouver comment s’en débarrasser avant que cela nous fasse tous crever …un manque de démocratie flagrant, en plus… (révoltons-nous…) On proposerait volontiers que les subventions et aides soient réservées aux constructions nouvelles ayant un objectif de SIMPLICITÉ. Et de construction DURABLE —vraiment durable , comme le sont nos bâtiments anciens les plus remarquables. Avec les économies d’énergie en ligne de mire,( et aussi la beauté –ainsi que quelques autres paramètres pour nous enchanter et nous faciliter la vie ) qui doivent être établis dès la conception. Et notamment en supprimant les ventilations mécaniques controlées … et tous les appareils électriques compliqués , énergivores et bruyants, censés fonctionner en permanence et suppléer aux défauts d’une construction mal pensée.